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    Abdoulaye Mar Dièye (Pnud): «Un contrat social solide» nécessaire pour lutter contre le terrorisme

    Abdoulaye Mar Dieye, directeur du bureau régional pour l'Afrique du Pnud. Undp.org

    Pourquoi des milliers de jeunes Africains se laissent-ils séduire par des mouvements terroristes comme Boko Haram au Nigeria ou les Shebabs en Somalie ? Comment couper les filières de recrutement de ces groupes islamistes radicaux ? Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), vient de publier un rapport très documenté sur cette question. Le Sénégalais Abdoulaye Mar Dièye est le directeur du Pnud pour l’Afrique. En ligne de New York, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Pourquoi dites-vous que l’Afrique est de plus en plus vulnérable à l’extrémisme violent ?

     

    Abdoulaye Mar Dieye : Parce que nous avons vu que l’extrémisme violent est en train de saper un peu les fondamentaux de cette croissance économique, avec des effets dévastateurs au niveau du tourisme, au niveau des flux financiers, et même au niveau de la sécurité elle-même. Songer que depuis 2011, maintenant en moyenne, nous perdons, l’Afrique perd 15 à 20 personnes par jour à cause de l’extrémisme violent. Donc les projections sont très sombres. C’est pourquoi nous, en tant qu’acteurs du développement, nous avons voulu y regarder de plus près.

     

    Vous avez fait des études de terrain, notamment au Nigeria et en Somalie. Quel est le profil type des recrues de Boko Haram et des shebabs de Somalie ?

    Nous avons fait une enquête auprès de 740 personnes, y compris des acteurs actuels et des acteurs repentis, ou qui sont sortis un peu de ces mouvements. Et l’équation est très simple. C’est souvent des gens qui sont dans des situations d’extrême pauvreté, avec un niveau d’éducation extrêmement faible, y compris au niveau de l’éducation religieuse, et très souvent dans les zones frontalières, donc des zones négligées en termes de développement et de gouvernance. Mais le point de basculement, c’est souvent les questions d’injustice. C’est souvent d’ailleurs au niveau de l’Etat.

    Et c’est ce que vous appelez, « l’élément déclencheur » ? Que voulez-vous dire par là ?

    C’est le « tipping point » en anglais [« point de basculement sociologique »], l’élément déclencheur parce que cette situation malheureuse, c’est lorsque la justice atteint un certain degré, où l’absence de justice quelquefois parce quelquefois il y a des communautés qui voient qu’au nord du Nigeria, dans beaucoup de zones, que l’Etat en essayant de réagir fait une répression qui va au-delà du respect des droits de l’homme. Et souvent cela fait que les gens réagissent autrement et rejoignent un peu ces mouvements-là.

    Quel est le rôle d’internet dans le recrutement ?

    En Afrique, c’est encore très faible. Ce n’est pas ce qu’on voit par exemple au niveau des pays arabes. La pénétration de l’internet est encore très faible. Les recrutements se font dans les communautés entre amis. Près de 60 à 70% des recrues disent que c’est le copain d’à côté qui l’amène dans les mouvements. Mais le jour où l’internet sera développé dans ces communautés, cela va vraiment être quelque chose de plus que toxique, quelque chose de radioactif. Nous devons travailler dès à présent à désamorcer la bombe au niveau des communautés.

    Vous avez rencontré un certain nombre de repentis. Pourquoi acceptent-ils de se repentir ?

    Je pense que beaucoup partaient aussi pour des raisons économiques, pensant qu’ils trouvaient une alternative meilleure en rejoignant ces mouvements d’extrémisme violent. Ils ont vu que ce n’était qu’un appât et, qu’en réalité, on se servait d’eux. D’abord ils ont découvert que cette idéologie qu’on leur vendait n’était pas l’idéologie que leurs parents leur apprenaient. Ils ont découvert que ce n’était pas l’islam qu’ils ont appris de leurs parents. Deuxièmement, sur le plan purement économique, les offres alléchantes qu’on leur donnait - côté emploi, côté rémunération, côté ressources -, n’ont pas été respectées.

    Quels sont à vos yeux les principaux remèdes pour mettre fin à ce fléau ?

    Il y a plusieurs remèdes. D’abord, moi je crois, à ce que le prix Nobel Elie Wiesel [Nobel de la paix en 1986] disait que la résolution du problème de radicalisation des extrémismes violents passe par l’éducation, l’éducation classique, l’éducation religieuse, l’éducation des enfants pour donner aux enfants la pensée critique, pour que les enfants puissent critiquer, ce qu’on leur apprend à l’école ou même au niveau des écoles coraniques. Donc l’éducation est fondamentale à mon sens. Et ce qui est aussi extrêmement fondamental, c’est l’investissement massif dans l’emploi des jeunes, surtout au niveau périurbain et au niveau des périphéries, au niveau des régions qui sont vraiment négligées. Les recrutements en général, si vous regardez ce qu’on appelle « l’arc d’instabilité en Afrique », qui part du Sahel en traversant l’Afrique centrale, jusqu’à la corne de l’Afrique, c’est souvent dans les zones périphériques qu’on les retrouve. Tant qu’on n’investit pas dans le développement dans ces zones périphériques, tant qu’on n’investit pas dans l’emploi des jeunes, nous aurons toujours cette situation de risques.

    C’est ce qu’on voit aussi dans la zone des trois frontières entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso ?

    Absolument, c’est là-bas presque le centre de gravité de recrues des al-Mourabitoune, et puis les autres. C’est devenu un « no man’s land » et donc d’abord je salue l’effort des pays du G5 Sahel [Mali, Mauritanie, Tchad, Burkina Faso, Niger] pour investir massivement dans la sécurité. Mais notre rapport montre que l’investissement asymétrique dans la sécurité ne suffit pas. Il faut l’accompagner d’un investissement massif dans les questions de développement et dans les questions de gouvernance.

    Et pourquoi insistez-vous sur le poids des leaders locaux, et notamment des leaders religieux ?

    C’est très important. D’abord, les leaders religieux, et nous discutons avec eux sur la façon de donner l’éducation religieuse. Je disais tantôt qu’il faut faire cela pas de façon dogmatique, mais avec une certaine pensée critique. Apprendre à l’enfant de critiquer, critiquer dans le sens positif, l’enseignement qu’il absorbe. C’est très important parce que cela permet que demain, devant des idées idéologiques qui sont pernicieuses, que l’enfant puisse exercer son jugement critique et dire non. Donc c’est ce travail que nous faisons avec les chefs religieux. Mais c’est aussi au niveau des communautés. Il faut qu’on réinvente la gouvernance au niveau des communautés. Recréer un contrat social solide, contrat social non seulement entre les communautés parce que ça c’est très faible. On voit dans beaucoup de pays que les tensions communautaires sont dues un peu à ce manque de solidarité communautaire, ce qui s’appelle le contrat social au niveau horizontal.  Mais aussi le contrat social au niveau vertical, c’est-à-dire la confiance que les communautés, que les citoyens ont au niveau de l’Etat. Et pour cela, l’Etat doit faire son rôle régalien : investir massivement dans la gouvernance, et dans les services de base, les services sociaux au niveau des communautés.


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