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    Jean Marcou (Sciences Po): «L’Afrique est une terre d’expansion pour la Turquie»

    Dans le secteur de l'éducation, la confrérie du prédicateur Fethullah Gülen, via le groupe Yavuz-Selim, est implantée dans une quarantaine de pays en Afrique REUTERS/Charles Mostoller

    Il y a un avant et un après 15 juillet 2016 dans les relations entre la Turquie et l'Afrique. Le 15  juillet 2016, c'est la date du putsch manqué à Ankara. Le prédicateur Fethullah Gülen est accusé d'avoir fomenté le complot. Dès lors le président turc Recep Tayyip Erdogan n'a de cesse de «détricoter» l'empire mondial de Gülen. Le réseau d'écoles de la Confrérie n'échappe pas à cette traque. Dans le domaine de l'éducation, Gülen, via le groupe Yavuz-Selim, était implanté dans 120 pays dans le monde dont une quarantaine de pays sur le continent. Pourquoi cette offensive du président Erdogan? Pourquoi les Africains font-ils le jeu de la diplomatie turc? Jean Marcou est spécialiste de la Turquie et enseigne à Sciences Po Grenoble. Il répond à Jean Jacques Louarn.

    Rfi : Jean Marcou, le Sénégal est le dernier pays africain frappé par la croisade du président Erdogan avec la fermeture des sept écoles du groupe turc Yavuz Selim. Alors c’est véritablement l’internationalisation de la traque contre Gülen ?

    Jean Marcou est spécialiste de la Turquie et enseigne à Sciences Po Grenoble. sciencespo-grenoble.fr

    Jean Marcou : Oui, je crois qu’à l’heure actuelle on le voit déjà dans les relations turco-européennes, turco-américaines et donc il n’y a pas de raison finalement que cette obsession ne s’applique pas à l’Afrique. L’Afrique est un peu une terre nouvelle d’expansion de la politique étrangère de la Turquie.

    La politique étrangère de la Turquie d’Ankara vous l’évoquiez il y a au moins trois piliers : le militaire, l’associatif, les ONG. Quatre piliers, disons-nous plutôt, avec les investissements. Le militaire, je pense à la Turquie qui a inauguré le 30 septembre en Somalie sa plus importante base militaire à l’étranger ! C’est une base hautement stratégique ?

    Oui, c’est une base stratégique qui consacre la présence de la Turquie en Afrique et en particulier dans ce pays - la Somalie - où elle a été très présente depuis plusieurs années. Cela s’intègre aussi dans une stratégie de présence de la Turquie outre-mer. La question avait été beaucoup évoquée au moment de la crise qatarie pendant l’été, la Turquie a également une base au Qatar. Et elle est également présente de manière moins militaire stricto sensu, mais dans un certain nombre d’interventions de maintien de la paix à l’international.

    Revenons aux écoles Gülen. Gülen était donc jusqu’en juillet 2016 l’allié précieux de la présidence turque - l’allié du parti au pouvoir l’AKP -  et Erdogan n’impose plus Gülen, mais la Fondation Maarif. Qu’est-ce que cette fondation exactement ?

    Gülen n’était pas l’allié d’Erdogan jusqu’au mois de juillet. La brouille a véritablement éclaté en 2013 et déjà depuis 2013 il y avait des interrogations de la Turquie sur l’action du mouvement Gülen à l’étranger. Parce qu’il faut bien voir que dans la décennie précédente, disons depuis même que l’AKP a pris le pouvoir et a commencé à développer une nouvelle politique étrangère, en particulier en Afrique, le mouvement Gülen et notamment ses écoles Horizon, son association d’entrepreneurs la TUSKON, ont joué un rôle moteur, justement, d’appui au développement de la diplomatie turque en Afrique. Et actuellement on assiste véritablement au changement d’opérateur et à la répudiation définitive des acteurs du mouvement Gülen.

    On a parfois qualifié les ambassadeurs des écoles Gülen de jésuites de l’islam turc. C’était une réalité ?

    Oui, il est probable en effet qu’au-delà de l’influence turque il y avait l’influence d’un certain islam. Ceci dit, on a pu observer aussi que les écoles Gülen étaient fréquentées à la fois par des populations musulmanes, mais aussi par des populations chrétiennes, essentiellement parce qu’elles avaient une bonne réputation.

    Cet islam turc conservateur s’est, semble-t-il, greffé facilement sur l’islam africain au Sahel notamment. Pour quelle raison ?

    Il n’y a pas seulement une question religieuse. Je pense que dans un contexte où justement le système éducatif est défaillant, la venue de nouvelles écoles a permis de répondre à une attente. Sur le plan de l’influence religieuse, là, il y a plusieurs influences. Il faut bien le voir, parce que l’influence de Gülen n’est pas tout à fait l’influence de la Turquie. Et il faudra voir ce que le nouvel opérateur dont vous parliez propose en termes idéologiques.

    La Fondation Maarif.

    Voilà, la Fondation Maarif… Parce qu’à l’intérieur d’islam turc le mouvement Gülen était une certaine approche de l’islam soufi assez œcuménique pour le dialogue entre les religions. Est-ce que ce sera exactement le même islam ? C’est à voir.

    En tout cas en termes de pur enseignement, élèves et parents d’élèves – que ce soit au Sénégal, au Mali ou dans d’autres pays africains – semblent regretter effectivement l’arrêt de l’école Gülen.

    Oui, dans un contexte où il y a des besoins éducatifs très importants, cette offre des écoles Horizon était appréciée. Et j’ai pu constater que des responsables en vue envoyaient leurs enfants dans ces écoles.

    Que dire des capitales africaines, des chefs d’Etat africains - pour être clair - qui se plient à la volonté d’Erdogan qui ferme des écoles du jour au lendemain sans solution de rechange de toute évidence pour les élèves ?

    C’est un indicateur de l’influence actuelle politique et surtout économique de la Turquie sur le continent africain. Il est probable qu’un certain nombre de gouvernements souhaitent conserver de bonnes relations avec la Turquie et qu’au bout du compte c’est cette relation politique, économique, voire militaire – dont vous parliez tout à l’heure – qui prime sur l’aspect éducatif du problème.


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