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    Jacques Fame Ndongo (RDPC): «Le Cameroun est un et indivisible»

    Des manifestants pro-unité du Cameroun défilent à Douala, le 1er octobre 2017. REUTERS/Joel Kouam

    Les Etats-Unis ont jugé « inacceptables » les violences des forces de l'ordre camerounaises lors des manifestations d'indépendantistes anglophones, dimanche 1er octobre 2017. Le bilan, incertain, va de 10 à 17 tués. « Nous exhortons le gouvernement du Cameroun à respecter les droits de l'homme et la liberté d'expression, y compris l'accès à internet » et « appelons toutes les parties à ouvrir un dialogue pour une solution pacifique et durable », dit le département d'Etat américain. Dans la nuit du lundi 2 au mardi 3 octobre, une bombe artisanale a explosé à Bamenda, sans faire de victimes. Pour Jacques Fame Ndongo, ancien ministre, secrétaire à la communication du RDPC, le parti au pouvoir, le Cameroun est « un et indivisible ». « Une minorité de personnes utilisent la violence et pose même des bombes », déclare Jacques Fame Ndongo. Il répond aux questions de Jean Jacques Louarn.

    RFI : Jacques Fame Ndongo, craignez-vous un printemps anglophone ?

    Jacques Fame Ndongo : Il faut comprendre que le Cameroun n’est pas divisé en anglophones et en francophones, ni en nordistes et en sudistes. Le Cameroun est un et indivisible. Un groupuscule d’agitateurs exprime des problèmes d’ordre politique, notamment soit le fédéralisme, soit la sécession. Evidemment, cela est non négociable, ainsi que l’a souligné fort opportunément le chef de l’Etat, son Excellence Paul Biya, président national du RDPC. Donc il n’y aura aucun printemps anglophone, entre guillemets.

    Plusieurs voix s’élèvent pour dire que Paul Biya a toutes les cartes en main pour éviter un scénario à la tunisienne ou à la burkinabè. Faut-il une main tendue, faut-il effectivement un dialogue ?

    Le dialogue a commencé avec des problèmes corporatifs. Moi-même qui vous parle, je préside, depuis près d’un an, une commission technique chargée de résoudre les problèmes concernant le sous-système universitaire et scolaire anglophone, et, le sous-système universitaire et scolaire francophone. Le ministre d’Etat, ministre de la Justice, garde des Sceaux, préside également une commission ad hoc pour résoudre les problèmes relatifs, notamment au Common lawyers et aux problèmes posés par les syndicats d’avocats anglophones. Donc, en réalité, le dialogue a lieu, il a commencé depuis près d’un an. Et, bien sûr, le chef de l’Etat, son Excellence Paul Biya, pourra, s’il en a convenance, trouver une solution qui lui semble opportune. Mais nous, à notre niveau, nous savons que le dialogue a commencé, nous savons que c’est une infime minorité qui revendique des problèmes d’ordre politique et ces problèmes sont non négociables, notamment le fédéralisme et la sécession. Le Cameroun est un et indivisible. Il est hors de question que qui que ce soit vienne au Cameroun pour diviser notre cher et beau pays.

    Vous souhaitez que le président Paul Biya aille plus loin aujourd’hui dans le dialogue ?

    Je ne souhaite absolument rien. Ça dépend du président de la République. C’est lui qui a été élu ! Je m’en tiens à ses instructions et nous les avons appliquées. Ce sont nos frères et sœurs qui souffrent le plus de l’intransigeance d’une minorité d’extrémistes qui utilisent la violence, voire qui posent des bombes. Il faut bien savoir que cette minorité pose des bombes ! A posé des bombes, bien sûr!

    Je vous comprends bien… Pas question de revenir à deux Etats fédérés comme ce fut le cas entre 1961 et 72 ?

    Oui, c’est cela que le président de la République a dit. Il a dit clairement: c’est non négociable. La forme de l’Etat est non négociable. La majorité des ressortissants des deux régions Sud-Ouest et Nord-Ouest estiment que la forme de l’Etat actuelle est la meilleure.

    Vous évoquez un groupuscule. Qui sont ces jeunes, effectivement, qui, d’après vous, sont armés et vont jusqu’à poser de bombes ?

    Les services spécialisés ont des informations là-dessus. Nous savons tout simplement que ce sont des extrémistes qui veulent utiliser la violence. Or, nous sommes un pays démocratique qui abhorre la violence pour accéder au pouvoir. S’ils veulent accéder au pouvoir, ils n’ont qu’à se présenter à toutes les élections qui seront organisées et s’ils sont élus par le peuple, tant mieux pour eux !

    Mais dans cette unicité du Cameroun ne faut-il pas cependant reconnaître un particularisme anglophone ?

    Il y a une spécificité que nous reconnaissons et qui va de soi. D’ailleurs, le président de la République a créé la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme. C’est dire que nous reconnaissons l’originalité, la spécificité de chaque zone. Mais cette originalité ne doit pas induire la sécession ou la fédération. Voilà la différence. Le président de la République reconnaît bien la spécificité de chaque région. Nous reconnaissons qu’il y a une spécificité historique, linguistique, liée aux deux régions anglophones et aux huit régions d’expression française.

    De toute évidence, la réponse que vous apportez, et la réponse du gouvernement, n’est pas que sécuritaire ?

    Bien sûr. Nous avons, par exemple, un forum national de l’éducation qui sera organisé prochainement et ce forum de l’éducation doit permettre un dialogue national sur les problèmes du sous-système anglophone et du sous-système francophone.

    La présidentielle arrive à grands pas. Craignez-vous que cette période soit une période troublée, notamment en terre anglophone ?

    Non. Pas du tout. C’est une période qui ne sera pas troublée parce que, comme dans tous les pays du monde, l’ordre républicain est assuré, l’ordre constitutionnel est assuré, dans le respect, bien entendu, des droits de l’homme, des droits du citoyen, afin d’éviter des atrocités et des exactions.

    Mais nous espérons que le camp des extrémistes, qui est ultra-minoritaire, comprendra également que le plus important, ce n’est pas la violence, mais c’est de se préparer à visage ouvert. Il ne faut pas avancer masqué pour les élections qui auront lieu l’année prochaine ; municipales, législatives, sénatoriales, présidentielle et ainsi de suite. Et ces élections auront lieu dans la transparence, dans la démocratie, dans le respect des idées des uns et des autres. Nous ne voulons pas brider, nous ne voulons pas museler les opinions des uns et des autres. La seule chose que nous rejetons, c’est la violence. Nous ne sommes pas un peuple violent qui tue des innocents parce que nous sommes respectueux du vivre ensemble.


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