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    De nouveaux amis bien intransigeants

    Jean-Baptiste Placca. (Photo : Claudia Mimifir)

    Le drame de toujours de l’Afrique est que tous ses amis ont toujours voulu lui imposer d’épouser non seulement leurs propres amitiés, mais, aussi, leurs inimitiés. Mais, comme disait Mandela, jamais nous ne devons laisser personne nous dicter quels autres amis nous devons avoir, et lesquels nous ne devons pas garder.

    Xavier Besson : Que se passe-t-il donc, en Afrique, avec les établissements scolaires du réseau Fethullah Gülen ?

    Il se passe ce qui arrive, lorsque de nouveaux amis de l’Afrique se font possessifs, et de plus en plus exclusifs. Fethullah Gülen, écrivain et philosophe turc, était, durant la première décennie de ce siècle, un soutien ardent de Recep Tayyip Erdogan, avant de se mettre à le critiquer, à partir de 2010, au point de devenir, aujourd’hui, son ennemi juré, et même, l’ennemi public numéro un, depuis que son ami, devenu président, lui a imputé le putsch raté de juillet 2016, en Turquie.

    Il se trouve que la Turquie, ces dernières années, s’est beaucoup ouverte à l’Afrique, sur le plan économique. Et, de fait, l’Afrique, pour son développement, a réellement intérêt à coopérer avec des nations comme la Turquie. Les affaires prospèrent d’ailleurs assez bien entre ce pays et nombre d’Etats du continent. Et la Turquie, à l’évidence, se sentirait de plus en plus en position de force, dans ces relations…

    Il se trouve aussi que l’intellectuel turc, à travers une fondation, Beskent Egetim, a, depuis 1999, étendu à l’Afrique, un de ses projets les plus flamboyants : un réseau d’établissements scolaires dont l’enseignement est réputé de très grande qualité. Aussi, lorsque la brouille entre lui et son ami a atteint son apogée, avec le putsch avorté, le président Erdogan s’est mis à réclamer ouvertement à ses amis africains l’arrêt des activités des proches de Fethullah Gülen sur leur sol, ciblant expressément les écoles. Il le demandait ouvertement, en janvier dernier, à Madagascar. Le Mali et le Sénégal sont aujourd’hui soumis à ce que d’aucuns vivent comme un chantage psychologique.

    Mais demander la fermeture d’écoles, en Afrique, cela pourrait paraître mal inspiré…

    Justement ! Et c’est sans doute pour cela que, progressivement, le chef de l’Etat turc en est venu à proposer de prendre le contrôle de ces écoles, à travers une fondation propre à lui, la Fondation Maarif. Ce qui, en termes financiers, s’apparente à une OPA. Mais, au lieu d’une offre publique d’achat, il s’agit clairement d’un avis de confiscation. Avec tout ce que cela suppose de résistance, en face.

    Et ce type d’exigence n’est pas très respectueux des peuples africains. Car, une fois encore, il y a de la place, tellement de place, pour des écoles nouvelles, grandes et belles, surtout lorsqu’elles sont proposées par un pays émergent comme la Turquie. Sauf que l’objectif, à l’évidence, était davantage de punir Fethullah Gülen, que de faire prospérer des écoles déjà en place.

    Qu’en disent les Africains ?

    Il est des questions que le bon sens africain ne cesse de ressasser, et que le président Erdogan devrait entendre : S’il a une telle envie de prendre le contrôle d’établissements scolaires en Afrique, pourquoi donc n’en crée-t-il pas ? Et s’il a tellement envie de donner une leçon à son ex-meilleur ami, pourquoi ne doterait-il pas ses écoles à lui, de moyens autrement plus conséquents, pour surpasser ceux de Fethullah Gülen ? Le drame de toujours de l’Afrique est que tous ses amis ont toujours voulu lui imposer d’épouser non seulement leurs propres amitiés, mais, aussi, leurs inimitiés.

    Ce que l’intelligentsia africaine a longtemps reproché à la France, comme ancienne puissance coloniale, a été de dicter aux Etats africains leur conduite, y compris dans les plus anodins des domaines de souveraineté, au nom de l’aide qu’elle leur apportait. Sauf qu’à leur générosité, les nouveaux amis ne posent, en général, pas directement des conditions. Mais, dès la première occasion, ils exigent une contrepartie sibylline, y compris en recourant à une forme ou une autre de chantage psychologique, parfois pire que ce que l’on reprochait naguère à l’ancienne puissance colonisatrice.

    Peut-être vous souvenez-vous de cet échange rude entre Bill Clinton et Nelson Mandela, à Robben Island. Ce devait être avant 1994.

    Clinton : « Nous, monsieur le président, nous, les Etats-Unis, nous vous aimons beaucoup, et sommes fiers d’être vos amis. Mais certaines de vos propres amitiés nous gênent, comme celles que vous entretenez avec Cuba de Fidel Castro, ou avec la Libye du colonel Kaddafi ».

    Et Mandela, calmement, répond :

    « Nous serons toujours vos amis. Mais jamais, jamais nous ne laisserons personne nous dicter quels autres amis nous devons avoir, et lesquels nous ne devons pas garder. Surtout lorsque ces autres amis comptent parmi ceux qui étaient à nos côtés de manière indéfectible, lorsque certains de nos amis d’aujourd’hui étaient plutôt liés à ceux qui nous opprimaient ».

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