GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mardi 14 Novembre
Mercredi 15 Novembre
Jeudi 16 Novembre
Vendredi 17 Novembre
Aujourd'hui
Dimanche 19 Novembre
Lundi 20 Novembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    • COP23: la communauté internationale s'accorde pour évaluer en 2018 ses émissions de CO2
    • L'Arabie saoudite rappelle son ambassadeur à Berlin pour protester contre une déclaration allemande sur le Liban (agence)
    • Syrie/chimique: nouveau veto russe à une résolution prolongeant les enquêtes internationales

    B. Guissou (ex-ministre): Sankara tué, «la décence minimale n’était pas respectée»

    Basile Guissou, ancien ministre burkinabé des Affaires étrangères puis de l'Information. basileguissou.org

    Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara le président du Faso, était abattu à Ouagadougou. Trente ans après, cet assassinat n'est toujours pas élucidé. La procédure a été relancée devant le tribunal militaire et l'instruction est bientôt terminée. RFI est allée à la rencontre des acteurs de l'époque. Basile Guissou, qui fut notamment ministre des Affaires étrangères de 1984 à 1986 puis ministre de l'Information, a rejoint ensuite le CDP de Blaise Compaoré. Il est l'invité de RFI.

    Rfi: Il y a trente ans, le 15 octobre 1987, que faisiez-vous ?

    Basile Guissou: J’étais chez moi, sur ma terrasse. Comme tous les Ouagalais, on a entendu des coups de feu. Personne ne savait de quoi il s’agissait. Il a fallu allumer la radio et puis, entendre la musique militaire. Tout le monde a compris qu’il se passait quelque chose. Il n’y avait pas de portable à l’époque, donc chacun était dans son coin et attendait.

    Puis après, est venue la déclaration, vers 18 heures, qui disait qu’on venait de mettre fin au régime du capitaine Thomas Sankara qui était un traître de la révolution, qui s’est infiltré dans la révolution pour la tuer de l’intérieur, etc... Cela a plongé tout le monde dans une tristesse indicible. Nous étions tétanisés. Personne ne pouvait réagir.

    Et après, pas d’hommage, pas de sépulture ?

    Rien du tout. Rien, absolument rien, à part l’indignation de l’opinion qui a menacé pour qu'on refasse au moins les tombes parce que c’était un tas de terre. Vous savez, il y a une décence minimale qui n’a pas été respectée. Rien que d’y penser, vraiment encore aujourd’hui, ça me fait quelque chose. Je ne peux pas comprendre que l’on puisse haïr à ce niveau, battre un cadavre, insulter un cadavre.

    Pourtant, les deux hommes étaient censés tellement bien s’entendre au début ?

    Oh… vous savez, je n’ai pas d’appréciation particulière à faire mais je trouve cela purement indécent, c’est tout, c'est indécent.

    Vous qui avez été ministre pendant toutes ces années, avez-vous senti la tension qui montait ?

    Tout le monde a senti la tension. On ne savait pas quand ça allait se passer, comment ça allait passer mais la tension était là. Elle était visible. C’était par les non-dits plutôt que par les dits. C’était une ambiance. Ça n’allait plus. Ce n’était pas du tout comme au début de la révolution où il y avait l’enthousiasme, la camaraderie, la plaisanterie… On réalisait des choses dont j’étais fier et c’était une fierté collective. Là, non, l’enthousiasme n’était plus là.

    Quand Sankara dit « Je suis un cycliste qui est sur une pente raide. Je n’ai pas le choix. Je ne peux pas aller à gauche,  je ne peux pas aller à droite. Je suis obligé de foncer tout droit et de pédaler », c’est exactement la situation dans laquelle il se trouvait. Il se sentait pris dans un piège.

    En Conseil de ministres, à maintes reprises, il le disait. « J’empêche les gens de manger. Ils veulent manger mais il faudra me tuer avant de manger ». Voilà. Ça, il le disait.

    Vous dites « Il n’y a pas un assassin de Thomas Sankara ; il y a plusieurs assassins ». Il faut regarder vers où, selon vous ?

    On parle d’assassins et de commanditaires. Donc, ce sera forcément le procès qui permettra de dire la vérité sur ce qui s’est passé.

    Vous aviez vraiment ce sentiment que Thomas Sankara gênait trop de monde ?

    Je ne vois pas les choses de cette façon. Au contraire, je pense qu’il gênait un petit monde qui était puissant, qui avait les moyens. Il disait ce qu’il pensait, que cela plaise ou ne plaise pas. Cela ne m’étonne pas que ce type de discours puisse choquer ou encore vexer Houphouët-Boigny ou François Mitterrand. Vous lisez Mitterrand, il le dit clairement: « Jeune homme faites attention, vous titillez trop ». Vous lisez Chirac, il le dit clairement: « Ce monsieur nous emmerdait ». C’est évident. On n’a pas besoin de dessin pour ça.

    Les nouveaux accords de coopération France-Burkina, c’est moi qui les ai signés avec le ministre Christian Nucci. A chaque article, c’était des clashs parce qu’on avait l’habitude de dire que tel pays africain demande à la France d’intervenir pour l’aider à ceci, à cela…Or, nous, nous disions « Non. Nous – Burkina Faso et France – décidons, sur un pied d’égalité, de traiter dans les domaines suivants… » et on les citait. Ce sont des choses que j’ai vécues. J’ai eu à dire à Nucci « Nous ne prendrons plus des ordres à Abidjan. Si la France veut parler au Burkina, qu’elle nous parle directement. Qu’elle ne passe pas par Houphouët-Boigny ». Cela ne nous plaisait pas évidemment.

    La Françafrique, ce n’est pas moi qui l’ai fabriquée. Ce sont les intérêts français qui la défendaient. Nous, on nous présentait comme étant des anti-Français, alors que nous n’étions que des patriotes. On défendait nos intérêts aussi, ce qui est normal. Cependant, cet état d’esprit-là n’était pas la chose la mieux partagée dans les chancelleries et les cercles francophones d’Afrique.

    Comment était l’homme que vous avez côtoyé quand vous étiez notamment ministre ? Comment vous le trouviez, Thomas Sankara ?

    D’abord, un homme pressé. Extrêmement pressé, même pour manger, c’était une perte de temps.

    Je vous donne un exemple. Il me donne un appareil, un Talkie-Walkie. Il m’appelle dans son bureau et me remet le Talkie-Walkie. Il faut qu’on reste en contact… je le prends. Je sors, je descendais les escaliers et il commence à m’appeler. Je n’avais même pas allumé l’appareil. Il a donc fallu qu’un de ses militaires dise: « Monsieur le ministre… Allumez votre appareil…» J’allume et là il me dit « Mais ce n’est pas jouet, là ! » et moi qui lui réponds « Mais je n’ai même pas lu la notice. Je ne sais même pas comment l’allumer ».

    C’était comme ça. Il était un homme comme ça. Il vous donnait un travail et le temps que vous arriviez à la maison et que vous vous mettiez à table, il appelait. « T’es à quel niveau ? Dans l’introduction il faut faire ceci… il faut mettre cela ». Voilà, c’était un homme comme ça.

    Je ne sais pas s’il se savait condamné à ne pas vivre longtemps mais le sentiment que j’ai toujours eu, au contact de cet homme, c’est qu’il était en permanence pressé. Peut-être que c’est un défaut ? Peut-être que c’est une qualité ? Je ne sais pas.

    Son bilan ?

    Il s’est sacrifié pour son pays. Le bilan, c’est ça. Et je pense que son pays le lui rend bien. Aujourd’hui, il est plus populaire qu’il y a trente ans.

     

    A découvrir RFI


    Sur le même sujet

    • Sénégal / Burkina Faso

      Sénégal: Macky Sall et Christian Kaboré évoquent Thomas Sankara

      En savoir plus

    • Sankara

      Thomas Sankara: mort et renaissance d'un héros africain

      En savoir plus

    • Burkina Faso

      Thomas Sankara, un héros littéraire

      En savoir plus

    • Appels sur l'actualité

      [Vos réactions] Thomas Sankara : le mystère demeure

      En savoir plus

    1. 1
    2. 2
    3. 3
    4. ...
    5. Suivant >
    6. Dernier >
    Les émissions
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.