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    Cynthia Ohayon (ICG): «le Sahel a longtemps été délaissé»

    Par
    Cynthia Ohayon sur RFI en juillet 2017. RFI/Victor Uhl

    Depuis le début de l’année 2016, le Burkina Faso est régulièrement la cible d’attaques terroristes. En janvier 2016 et août 2017, c’est la capitale Ouagadougou qui était visée. Les groupes terroristes sont particulièrement actifs dans le nord du pays, notamment dans la province du Soum. Ces dernières semaines, la situation s’est localement dégradée avec la multiplication d’attaques contre les forces de sécurité. La semaine dernière, l'International Crisis Group (ICG) a publié un rapport sur la situation sécuritaire dans le nord du Burkina. Le texte se penche sur les caractéristiques socio-économiques de cette province du Soum, et les raisons qui expliquent localement l’essor de la violence. Cynthia Ohayon, analyste pour l'Afrique de l’ouest à l'ICG (International Crisis Group), répond aux questions d’Alexis Guilleux.

    RFI : Pourquoi peut-on dire que la crise dans le nord du Burkina Faso, n’est pas seulement et exclusivement la conséquence d’un débordement de la crise qui touche le Mali voisin ?

    Effectivement. Le rapport que nous avons publié, la semaine dernière, montre qu’il y a une instabilité qui déborde, depuis le centre du Mali où la situation sécuritaire est compliquée depuis quelques années. Mais le rapport montre aussi que l’insécurité et les attaques qui sont en augmentation dans le nord du Burkina résultent de causes sociales et locales qui sont spécifiques à la province du Soum, province qui fait partie du nord du Burkina et qui est l’épicentre de la crise.

    Quelles sont ces causes locales propres à cette province du Soum ?

    Quand on regarde un peu l’origine du groupe armé (que l’on peut appeler groupe terroriste) comme Ansarul Islam qui semble être l’acteur principal de cette insécurité, on se rend compte que dès 2009/2010, le fondateur de ce mouvement, Malam Ibrahim Dicko, a commencé en étant un prêcheur non violent. Il prêchait de village en village ou bien à la radio.

    Il est devenu extrêmement populaire et connu dans la province parce qu’il remettait en cause l’organisation sociale en vigueur, fondée sur une autorité assez forte des grandes familles maraboutiques qui détiennent le monopole de l’autorité religieuse, mais aussi sur l’autorité des chefferies coutumières. C’est donc un peu tout cet ordre social – qui est finalement un produit de l’histoire spécifique de cette province - qui est remis en cause et qui vaut à ce groupe ou qui lui a valu, en tout cas, autant de popularité dans la province.

    Au départ, il s’agit d’un discours non violent, de prêches non violents de la part de Malam Ibrahim Dicko. A quel moment cela a-t-il sombré dans la violence ?

    Effectivement, il y a un basculement qu’on a du mal à identifier précisément. Autant le discours de Malam Dicko lui a valu beaucoup de popularité, notamment parmi les classes sociales défavorisées et parmi les jeunes, dans la province, autant ce discours a beaucoup déplu aux autorités locales, aux élites locales  et aux élites maraboutiques que Malam critiquait.

    Il y a eu donc un moment où - c’est difficile de savoir pourquoi - Malam est parti au Mali où il s’est probablement connecté à certains groupes armés, certains groupes violents, dans le centre du pays, une zone très proche et voisine de cette province du Soum burkinabè. Il y a donc ce moment où il bascule et où la lutte armée, la clandestinité, le maquis deviennent finalement une solution attirante.

    Dans le rapport, vous écrivez également qu’il y a un fossé qui s’est creusé entre la population du Soum et l’Etat burkinabè.

    Historiquement, la région du Sahel a longtemps été considérée comme délaissée par le pouvoir central. Il y a peu de potentialité économique et l’État a par conséquent très peu investi dans cette région.

    Aujourd’hui, on retrouve les conséquences de ce sentiment d’abandon qu’éprouvent  les populations en ce sens qu’elles sont très peu enclines à collaborer avec les forces de sécurité. C’est un petit peu aussi la même chose au niveau des autorités ou encore de l’administration des fonctionnaires qui, très souvent, viennent d’autres provinces et sont souvent perçus, par la population, comme des corps étrangers qui cherchent davantage à s’enrichir qu’à servir la population.

    En quoi la chute du régime Compaoré, il y a trois ans, a-t-elle pu déstabiliser le fonctionnement des Services de sécurité burkinabè ?

    C’était aussi une diplomatie. Cette diplomatie Compaoré, en ayant des relations un peu particulières avec certains membres de groupes armés, permettait, du coup, de maintenir la menace hors du territoire. On peut citer par exemple certains leaders comme Iyad Ag Ghali, le Touareg malien qui dirige Ansar Dine, qui avait, à un moment, pignon sur rue à Ouagadougou ou qui pouvait du moins circuler librement.

    C’était également un système de renseignement qui était davantage basé sur des hommes. Aussi, ce sont un peu tous leurs réseaux de renseignement et d’information qui se sont effondrés. Aujourd’hui, on voit que les nouvelles autorités sont en train de faire des efforts et de mettre des choses en place, mais cela prend du temps pour reconstruire ces réseaux.

    Justement, quelles sont les réponses apportées actuellement par les autorités burkinabè, face à cette crise ?

    Je vais séparer la réponse en deux. Il y a eu un effort militaire important avec des offensives au mois d’avril et au mois de mai. Ces offensives ont suscité un certain optimisme mesuré mais on voit, depuis fin août, début septembre, que le nombre d’attaques n’a jamais été aussi élevé. Aussi, si cet effort militaire a permis une petite accalmie, cette dernière a été vraiment de courte durée.

    A côté de ça, il y a aussi une réponse non militaire qui se concentre sur un effort de développement. Il y a un plan d’urgence pour le Sahel qui a été adopté par le gouvernement mais qui semble contenir essentiellement les réalisations qui étaient, en fait, déjà prévues et que le gouvernement cherche à accélérer. Il y a, effectivement, du côté des autorités, une prise de conscience selon laquelle la réponse militaire ne suffira pas.

    Ceci étant, même si on considère que finalement les racines de l’insécurité sont sociales et sont en fait liées à une contestation, à un désordre social qui règne dans la société de la province du Soum, ce n’est ni avec plus de soldats, ni avec plus de routes ou de ponts ou bien d’écoles qu’on va pouvoir résoudre le fond du problème.


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