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    En Afrique subsaharienne, «la misère est en train de gagner du terrain»

    Dans la cité Baraka, à Dakar, au Sénégal, la solidarité est de mise. RFI/Guillaume Thibault

    Au Sénégal, on l’appelle « le prix de la kola ». C’est la petite corruption, celle qui empoisonne la vie de tous les jours. L’expression est amusante, mais elle ne fait pas du tout rire le professeur Djiby Diakhaté qui est enseignant chercheur à l’université Cheikh-Anta-Diop et qui dirige les formations doctorales et la coopération à l’Institut africain de management (IAM) de Dakar. En ligne de la capitale sénégalaise, ce spécialiste de la lutte contre la pauvreté répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI: Est-ce que la misère a augmenté ou diminué ces dernières années ?

    Djiby Diakhaté: Oui, on se rend compte évidemment que si l’on convoque la situation de l’économie rurale qui occupe la plupart des populations au niveau de nos pays, si l’on convoque donc l’économie rurale, on se rend compte aujourd’hui qu’elle est presque à genoux avec une agriculture qui se heurte à de sévères difficultés parce que dépendant pour l’essentiel de la pluviométrie que nous ne maitrisons pas du tout. Deuxième chose qui va sembler importante c’est aussi les jeunes qui sont à la recherche de l’emploi, le marché de l’emploi qui est de plus en plus aujourd’hui agressé à la limite par les jeunes, le banditisme, la délinquance notamment en milieu périurbain et urbain qui atteint des proportions de plus en plus élevés, je crois que tous ces éléments-là sont des indicateurs réels qui nous permette de dire que la misère est en train de gagner du terrain.

    On dit souvent que la pauvreté c’est quand on gagne moins de un dollar par jour, est-ce que pauvreté égale misère ?

    Lorsque la personne vit dans un dénuement matériel on parle de pauvreté, lorsque la personne est victime de stigmatisation, d’exclusion, de marginalisation, elle est dans la misère, et la misère c’est la personne qui la vit au plus profond d’elle-même parce que c’est une sorte de violence symbolique qu’elle est en train de vivre au quotidien, qui fait évidemment que cette personne n’est pas incluse dans les activités communautaires, sa parole n’est pas prise en compte au niveau du fonctionnement de sa localité, elle n’est vraiment pas quelqu’un qui compte.

    La misère, est-ce quand on ne peut plus être digne dans la pauvreté ?

    Tout à fait lorsque donc la pauvreté c’est l’exclusion, c’est comme dit le chanteur sénégalais : c’est que tu n’es plus, c’est que tu ne comptes plus, c’est que tu ne vis plus, à la limite tu vis mort. Alors vous comprenez très aisément pourquoi certains jeunes sénégalais pour aller en Espagne, pour aller en Europe en prenant ces embarcations de fortune ce que l’on appelle l’immigration clandestine, ils disent Barça ou barsakh c’est-à-dire on accède à Barcelone ou on meurt.

    Alors à vous écouter on a le sentiment qu’il y a trop de bouches à nourrir en Afrique subsaharienne et on se demande si l’émigration n’est pas la meilleure solution de survie pour des millions de personnes.

    Oui, mais en fait ce sont des bouches qui doivent être nourries par les Africains eux-mêmes. C’est ça aussi la situation, je crois que depuis plusieurs années dans les pays africains on parle beaucoup de décentralisation, de développement local, de territorialisation des politiques publiques, c’est une excellente chose en théorie, mais dans la pratique, mettre en place de véritables stratégies orientées vers un véritable développement des localités, suppose une participation des acteurs à la base non pas une sorte de clergé local qui a tendance malheureusement à prendre forme, mais d’une démocratie locale, une gouvernance locale transparente qui identifierait les opportunités de chaque localité, les ressources du sol et du sous-sol des différentes localités qui existent et essayer de voir quel partenariat avec les pays développés, quelle stratégie avec les acteurs locaux mettre en place pour développer tout cela et permettre aux acteurs de retrouver une dignité dans les localités sans avoir besoin de se déplacer vers les grandes capitales ou de prendre des embarcations de fortune. Au Sénégal il y a des bonds qui sont en train d’être fait en avant avec la politique de bourse familiale, qui accompagne l’entrepreneuriat des jeunes, avec la CMU qui est la couverture de maladie universelle sur le plan sanitaire, mais malgré ces efforts qui sont en train d’être faits la pauvreté est encore là, la misère est encore là donc il y a du travail à faire pour développer nos localités, c’est un élément important.

    Peut-on dire qu’il y a défaillance de la part des élus locaux et des autorités locales ?

    Il y a ce que j’appelle cette tendance à y installer plutôt un clergé local, c’est-à-dire qu’en réalité ces réflexes d'embourgeoisement du pouvoir ont tendance à s’installer et à se développer en milieu local. Je veux dire que dans beaucoup de milieux africains on a te tendance à mandariniser excusez-moi de parler comme ça, le pouvoir local partant du haut vers le bas, ça, c’est un problème dans nos localités.

    Voulez-vous dire que dans les élites locales il y a trop de Mandarins et pas assez de serviteurs ?

    Justement ce n’est pas pour rien qu’au Sénégal on a mis en place la CREI (la Cour de Répression) parce qu’on s’est rendu compte de l’enrichissement illicite. Alors cette CREI a été mise en place parce qu’on s’est rendu compte évidemment qu’il y a beaucoup d’enrichissement illicite au niveau de l’élite, c’est-à-dire qu’il y a une élite qui est arrivée au pouvoir en passant par les raccourcis de la politique et c’est des gens qui n’ont pas toujours le profil technique qu’il faut pour accéder à certaines portes, mais disons qu’une fois qu’on est au pouvoir, il y a une absence quasi totale de mécanisme de contrôle rigoureux objectif qui ne tient pas compte de clientèle ou de clientèle du monde politique. On doit dire qu’on a l’impression que la corruption fait partie de réflexe au quotidien, elle est tellement présente, elle est tellement massive qu’elle finit par être banalisée et elle finit par être légitimée. Ce qu’on appelle la petite corruption ou la grande corruption, au Sénégal le prix de la kola, qui est une expression bien connue au niveau de la sous-région et qui signifie quelque part que lorsque moi je dispose du pouvoir pour accéder à certains avantages, certains privilèges de ce pouvoir, il va falloir que l'autre débourse quelque chose et quelque chose qui fait partie aujourd’hui de notre quotidien et nous savons d’une certaine élite qui s’est exagérément enrichie au détriment des populations.


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