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    Reed Brody: un tribunal pour juger les crimes de Yahya Jammeh en Gambie

    L'avocat et chercheur à Human Rights Watch Reed Brody à Dakar, le 4 septembre 2015. AFP PHOTO / SEYLLOU

    Yahya Jammeh répondra-t-il un jour de ses crimes ? C'est l'objectif de l'association des victimes de l'ancien dictateur, qui a régné sur la Gambie pendant 23 ans. Ces victimes ne sont pas seules. Elles sont épaulées notamment par Reed Brody, le chercheur de Human Rights Watch qui a réussi à faire juger et condamner un autre dictateur, le Tchadien Hissène Habré. En ligne de New York, l'avocat américain répond aux questions de RFI.

    RFI: Reed Brody bonjour, quels sont les crimes les plus graves qui ont été documentés à propos du régime de Yahya Jammeh ?

    Reed Brody: Le régime de Yahya Jammeh a utilisé les assassinats, les tortures, les intimidations, les disparitions… On peut citer notamment l’assassinat en 2005 du journaliste Dayda Aïdara qui a été le patron du journal Le Point. On peut parler de torture et de l’assassinat en détention de Solo Sendeng en 2016, qui a déclenché vraiment une vague d’oppositions à Yahya Jammeh. Il y a un incident en 2005, où plus de cinquante Africains, des migrants, qui allaient vers l’Europe ont été arrêtés pour soupçons de complots et ont été assassinés. Il y a aussi des personnes qui ont été obligées de suivre un soi-disant traitement sida et qui ont dû abandonner le traitement médical.

    Et puis je crois que depuis la chute de Yahya Jammeh les anciens tortionnaires parlent et que le corps de l’opposant Solo Sendeng a été retrouvé.

    Exactement. Depuis la chute de Yahya Jammeh, en janvier, on sait beaucoup plus sur les crimes présumés. Il y a des corps, dont celui de Solo Sendeng, qui a été retrouvé. Il y a d’autres insiders, des personnes de courage qui parlent, mais il y a beaucoup de victimes qui n’osaient pas parler avant et qui maintenant viennent parler de leurs souffrances.

    Il y a les crimes de sang, est-ce qu’il n’y a pas aussi les crimes économiques ?

    Evidemment. En fait en ce moment il y a une commission d’enquête qui siège et qui organise des audiences télévisées. Les Gambiens sont cloués à leur télévision et on entend tous les jours de nouvelles révélations sur des malversations du gouvernement Yahya Jammeh. On dit que la moitié des propriétés en Gambie appartenaient à sa famille.

    Aujourd’hui, l’Association des victimes du régime de Yahya Jammeh lance une campagne internationale pour que celui-ci soit traduit en justice. Mais l’ancien président gambien est réfugié en Guinée équatoriale. Est-ce qu’il n’est pas à l’abri de toutes poursuites judiciaires ?

    Il s’est réfugié en Guinée équatoriale parce qu’il s’y sentait en sécurité. Mais nous avons montré dans l’affaire Hissène Habré que lorsque les victimes parlent avec persistance et que leur voix est écoutée, on peut même créer les conditions pour qu’un chef d’Etat africain soit jugé en Afrique avec le soutien des autres chefs d’Etat africains. Donc je pense qu’on peut arriver à un point où le coût politique pour Obiang devienne trop important et qu’il se plie à un consensus, que Yahya Jammeh soit jugé. Il ne faut pas oublier que des crimes du gouvernement de Yahya Jammeh ont été commis contre les Gambiens, mais aussi comme j’ai indiqué, contre des Ghanéens, contre des Sénégalais… Donc si on peut créer un consensus dans la sous-région, je pense que la Guinée équatoriale se plierait à ce consensus.

    Mais, Reed Brody, votre action contre Hissène Habré a réussi parce que l’ancien président tchadien s’était réfugié dans un pays qui respecte l’Etat de droit - le Sénégal - est-ce qu’on peut dire que la Guinée équatoriale respecte l’Etat de droit et que la justice y est indépendante ?

    Ah non, mais pas du tout. On n’envisage pas que Yahya Jammeh soit jugé là où il est, en Guinée équatoriale. On voudrait amener la Guinée équatoriale à l’extrader de préférence vers la Gambie. L’autre problème étant que la Gambie elle-même n’est pas aujourd’hui en mesure d’offrir à Yahya Jammeh un procès serein et équitable. Il faudrait que le pouvoir judiciaire soit réformé, que la stabilité soit acquise. Donc on a en face de nous un processus d’au moins quelques années.

    Oui, au vu de la première enquête sur les membres de l’ancien service de renseignements de Yahya Jammeh, est-ce qu’on ne s’aperçoit pas que la police et la justice gambiennes sont truffées d’anciens partisans de Yahya Jammeh ?

    Un des problèmes auxquels on fait face est qu’il n’y a pas eu de purge. Surtout dans les services de sécurité. A part les têtes, les autres effectifs restent les mêmes. Pour le pouvoir judiciaire ça commence à changer. Le président Barrow a déjà nommé de nouveaux juges. Je pense que d’ici quelques années, avec aussi l’aide de la communauté internationale, le pouvoir judiciaire va pouvoir se réformer.

    Vous dites qu‘un procès à Malabo c’est impossible, un procès un Banjul c’est très difficile. Est-ce que vous songez à un procès dans un pays tiers ?

    Il y a beaucoup de possibilités. Dans l’affaire Hissène Habré nous avons montré la possibilité de créer un tribunal régional. Les chambres africaines extraordinaires au Sénégal étant un tribunal avec le soutien de l’Union africaine. Mais on peut aussi penser à un tribunal avec la Cédéao, un tribunal sous-régional. Il y a aussi, évidemment, la possibilité d’un procès dans un pays anglophone de la région, comme le Ghana ou le Nigeria. Mais je pense que les Gambiens, les victimes et les autorités préfèrent un procès en Gambie, qui pourrait participer à la reconstruction de l’Etat de droit.

    Derrière cette campagne, Reed Brody, il y a plusieurs bailleurs de fonds, notamment une fondation présidée par l’opposant mauritanien, Mohamed Bouamatou. Vu les bonnes relations qui existaient entre les régimes de Banjul et de Nouakchott au temps de Yahya Jammeh, est-ce que vous ne craignez pas que votre campagne ne soit instrumentalisée par l’opposition mauritanienne ?

    Les ONG qui sont investies dans cette affaire, que ce soit Human Rights Watch, Trial international en Suisse, des victimes gambiennes ou les ONG gambiennes, elles agissent en toute indépendance. Je trouve intéressant que pour la première fois un bailleur africain, notamment Mohamed Bouamatou, participe à une campagne pour la justice dans un pays africain.

    Mais vous savez que le président de cette fondation pour l’égalité des chances en Afrique, Mohamed Bouamatou, est un opposant mauritanien.

    Je sais qu’il a été dépossédé par le gouvernement mauritanien, qu’il vit en exil au Maroc. Mais tout ce que nous faisons avec les victimes gambiennes n’a rien à voir avec la Mauritanie.


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