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    Expulsé de Lampedusa, un migrant tunisien témoigne

    Des migrants arrivent sur l'île de Lampedusa. REUTERS/Alessandro Bianchi/Files

    C'est l'une des première fois que le hotspot de cette île minuscule de 6 000 habitants refoule des migrants tunisiens. Un accord dans ce sens a été signé en février dernier à Rome alors que l'Italie cherche à accélérer les rapatriements et les expulsions de migrants hors de ses frontières. Othman Berrahil, un jeune tunisien chômeur, avait pris la mer avec son frère, en octobre dernier, direction l'Italie, mais ils étaient tous les deux refoulés en Tunisie au bout de quelques jours de séjour dans un centre de rétention provisoire, un hotspot à Lampedusa. Son témoignage est recueilli par Houda Ibrahim, à son retour dans son village situé au sud-ouest de la Tunisie.

    Othman Berrahil  : Ils nous ont refoulés après avoir réussi à atteindre l’Italie. Nous sommes partis à bord d’un petit bateau de pêche, et nous étions 120 personnes tous de Redeyef, dont une seule femme, mais le bateau est tombé en panne. Quelques heures après, deux bateaux d’escorte italiens sont venus, ils nous ont emmenés à Lampedusa en Italie.

    Nous étions retenus dans un centre de tri, où ils ont pris nos empreintes, ils ont laissé sortir certains parmi nous. Souvent, ils laissent partir les femmes. C’est plus facile pour elles que pour les hommes. Les filles sont rapidement relâchées, et elles ont des papiers qui leur permettent de rester. Dans ce centre, nous étions près de mille personnes, ils nous disaient tous les jours qu’ils allaient nous laisser sortir, mais sans le faire.

    RFI : Comment s’est déroulé le refoulement ?

    Un jour, ils nous ont appelés, ils nous ont informés que nous allions sortir. Mais nous avons été transportés à bord d’un avion vers Palerme, pieds et mains ligotés. À Palerme, nous avons rencontré le consul tunisien, il nous a demandé de rentrer, car à Redeyef il y a du travail, j’ai répondu que non. Il n’y a jamais de travail chez nous, personne ne voulait rentrer, j’ai dit au consul : "tuez-nous, mon frère et moi, mais nous ne voulons pas rentrer".

    Personne ne voulait rentrer, mais ils nous ont obligés. On était cinquante et nous avions les pieds et les mains ligotés et chacun de nous était entouré de deux policiers. Comme, ils nous ont forcés à rentrer, certains de nos camarades à Lampedusa ont entamé une grève de la faim.

    Que faisiez-vous en Tunisie comme travail et que comptez-vous faire maintenant ?

    Moi, je n’avais pas de travail et je prenais ce qui se présentait, au marché, dans le bâtiment. Mais il n’y a pas de travail, alors qu’on cherche juste de quoi se nourrir. Après, ils nous demandent pourquoi on brûle ! J’ai payé 6 000 dinars pour la traversée, l’équivalent d’un peu plus de 2 000 euros, et nous sommes partis de la ville de Sfakès.

    À notre retour, les policiers tunisiens nous ont volé notre argent, j’avais échangé une somme importante avant mon départ, ils nous ont également insultés.

    ■ La politique migratoire italienne endurcie

    En Italie, des premières opérations d’extradition des Tunisiens vers leur pays ont été enregistrées ces deux dernières semaines. Ces refoulements indiquent le durcissement de la politique italienne vis-à-vis de migrants surtout après l’explosion ces derniers mois de la route tunisienne par la méditerranée, avec l’arrivée d’au moins 4 000 Tunisiens, selon l’OIM.

    L'Italie veut « accélérer les expulsions et les rapatriements » de migrants hors de ses frontières. C'est ce que répètent les autorités italiennes depuis le début de l'année. En février dernier des accords ont ainsi été signé avec Tunis et Tripoli.

    Pour la Tunisie, il s'agit de rapatrier les migrants vers leur pays d'origine. Avec la Libye, de les empêcher de partir ou de les intercepter en mer. En harmonie avec cette nouvelle politique italienne et avec l'aide de l'Union européenne, des centres de tri, sont installé depuis décembre 2016, à Lampedusa et en Sicile. Deux iles italiennes qui voient l'arrivé du plus grand nombre de migrants tunisiens. Mais jusqu'à avril dernier, de l'aveu de l'Union européenne, ces centres, n'étaient pas encore prêts à recevoir des migrants.

    Depuis deux semaines, à Lampedusa, ces centres sont finalement opérationnels. Les migrants tunisiens sont désormais retenus avant d'être expulsé. Une mesure qui provoque leur colère. Ils dénoncent le refoulement du fait de la nationalité et les conditions inhumaines. l'absence de douches ou encore de places pour dormir. Résultat : depuis sept jours, une soixantaine de migrants tunisiens a entamé une grève de la faim et réclame la liberté de mouvement.


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