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    Lady Ngo Mang : «Ce ne sont pas les lois qu’on doit changer, c’est la société qui doit évoluer»

    Le hashtag #balancetonporc dénonçant le harcèlement sexuel au travail ou dans la rue est très commenté sur Twitter (photo d'illustration). Bertrand GUAY / AFP

    Le mouvement de contestation et d'indignation contre le harcèlement sexuel ne s'essouffle pas en France avec notamment la campagne sur twitter « #Balance ton porc ». À Hollywood (Etats-Unis), après l'affaire Weinstein, les révélations sont plus retentissantes les unes que les autres. En Grande-Bretagne, le ministre de la Défense a même été contraint de démissionner la semaine dernière. Les partis politiques britanniques se sont d'ailleurs mis d'accord sur la mise en place de nouvelles procédures et de moyens renforcés pour lutter contre les « abus de pouvoir ». Mais qu'en est-il en Afrique ? Lady Ngo Mang Epessé, spécialiste en droits des femmes, répond aux questions de RFI.

    RFI : Toutes ces révélations, ces campagnes sur Twitter en Occident, est-ce que cela fait bouger les choses en Afrique en ce moment ?

    Lady Ngo Mang Epessé : Pas forcément parce que c’est une question sociale qui est tapie malheureusement comme cela sous la structure sociale. Il ne faut pas forcément s’attendre à ce que ce soit maintenant que ça bouge en Afrique parce que ça a bougé en Occident.

    Quels sont les secteurs qui sont les plus touchés par le harcèlement sexuel ?

    Dans la famille, et après, ça déteint sur tout le reste. Dans la famille, parce qu’il y a le chef de famille, son épouse ou ses épouses bien évidemment, mais il y a toutes les personnes de sexe féminin qui gravitent autour. Il va y avoir les employés de maison, il va y avoir la belle famille. Il va y avoir toutes sortes de profils de femmes qui sont dans son sillage et qui, d’une manière ou d’une autre, à un moment ou à un autre, vont se retrouver confrontées à devoir ou à avoir à céder à ses avances ou à les subir. Et ensuite, les mêmes coupables se trouvent être des chefs d’entreprise, se trouvent être dans le cadre du travail. Ce sont les mêmes individus.

    Et en face, du côté des femmes, des mécanismes se mettent en place également ?

    En face, les femmes qui subissent cela dans le cadre du travail sont des personnes qui souvent ont déjà pu être confrontées à cela dans un cadre beaucoup plus restreint. Donc elles vont intérioriser une manière de réagir. Elles ont cet enjeu qui est celui de conserver son travail. Elles ont la préoccupation - que l’on peut comprendre légitime -, de ne pas se faire stigmatiser parce que tout n’est pas de dénoncer, encore faut-il pouvoir assumer, d’être celle par qui l’opprobre est arrivé sur celui qui est considéré comme étant l’instance supérieure, à savoir le patron. Donc c’est extrêmement compliqué. Si nous avions quelqu’un qui arrive dans le cadre du travail, et qui tout d’un coup, tombe dans une figuration où « quoi, mais enfin comment monsieur le patron, qu’est-ce que vous faites là, où vous mettez les mains ? », parce que cette personne-là, jamais de sa vie elle n’a été confrontée à cela, il est vrai que même spontanément, elle pourrait crier au secours, elle pourrait le dénoncer, elle pourrait le faire savoir. Or, il se trouve que ce sont des personnes qui déjà ont appris à fermer leur bouche pour toutes sortes de raisons. Donc elles ne vont pas mettre en péril quoi que ce soit à ce moment-là.

    Et là, c’est la loi du silence ?

    C’est la loi du silence. Et pour les quelques-unes qui peuvent en parler… Alors c’est extrêmement tordu parce qu’on sait comment les femmes sont dans la compétition les unes vis-à-vis des autres, « toi tu dis ça, es-tu sûre que ? ». Cela peut même générer des choses encore plus tordues, des choses très inattendues parce que, se confier à une collègue voudrait faire comprendre à la collègue qu’elle, elle n’a pas été sollicitée. « Tu penses que tu es la plus belle, la plus mignonne, t’es sûre que tu n’es pas mytho un peu ? » Il y a toute sorte de choses inattendues qui peuvent s’installer ou se superposer à une situation déjà extrêmement difficile et même dramatique.

    On entend beaucoup de témoignages en ce moment, beaucoup de femmes politiques qui s’expriment sur le sujet. En Afrique, on n’en entend pas ?

    C’est-à-dire que les femmes en politique ne sont pas extrêmement nombreuses d’une part, et d’autre part, même sans tout cela, que déjà on les a toutes soupçonnées de promotion canapé : « bien évidemment, si une telle est élue, c’est sûr que c’est parce qu’elle a fait jouer ses charmes ». Donc déjà, elles ont déjà cela sur le dos. Maintenant, si en plus il fallait qu’elles disent que ceci ou que cela, on tourne en rond.

    Dans de nombreux pays africains, cela reste très difficile de porter plainte pour harcèlement. Faut-il changer les lois ?

    Ça reste difficile, oui. Mais de changer les lois ? Ce n’est pas parce qu’on change une loi qu’on change la pratique. Ce n’est pas les lois qu’on doit changer d’abord, c’est la société qui doit évoluer, les modèles de société, et que les gens arrêtent avec la duplicité tout simplement parce que, si par ailleurs, une fois qu’on a fermé son bureau parce qu’on est monsieur le juge, monsieur le commissaire ou monsieur je ne sais pas qui, le maître d’école ou je ne sais pas quelle instance familiale, on retourne dans sa vie privée dans laquelle on pratique ces choses que l’on récuse, à ce moment-là il y a un véritable problème. Je pense que c’est la question du modèle de société qui se pose.

    Ce que permettent finalement les réseaux sociaux, c’est-à-dire d’infliger à son agresseur une sorte de honte publique, est-ce que ce n’est pas plus efficace qu’un procès ?

    Vous savez dans les Afrique traditionnelles, il se trouvait que lorsque quelqu’un avait commis un délit, on le mettait au ban de la société. C’est-à-dire que c’est parce que ça se savait, que c’était déjà très difficile pour cette personne à supporter, à vivre. La société rejoint d’une certaine manière ce qui se fait sur les réseaux sociaux. Encore faut-il pouvoir en établir la preuve.

    C’est un système qui a ses limites aussi ?

    Oh que oui, tout de même. L’anonymat derrière un clavier, c’est peut-être confortable pour une telle personne qui n’a pas envie que l’on sache qui elle est, qui n’a pas envie d’être connue, reconnue ou identifiée par son entourage immédiat, et même pas par le grand public comme ayant subi telle ou telle chose, parce qu’il y  a le facteur de la honte qu’on ne peut pas négliger. Mais simplement, on ne peut pas bâtir tout un système sur je suis derrière mon clavier et je discute, j’ai vécu, et peut-être j’en rajoute une couche ou je monte un roman alors que je n’ai rien vécu du tout. Et je crée du tort à une personne. On ne peut pas bâtir un système là-dessus non plus.


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