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    M. Lavergne (CNRS): déplacés du Darfour, «les renvoyer c’est les condamner à mort»

    Par
    Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du soudan. DR

    Il dit vouloir vider les camps de déplacés au Darfour. Cette semaine, le président du Soudan, Omar el-Béchir a une nouvelle fois estimé que le conflit dans cette région de l'ouest du pays est terminé. Selon l'ONU, plus de 300 000 personnes ont été tuées depuis 2003 et quelque 2,5 millions déplacées. Près de 15 ans après le début du conflit, les populations déplacées ont abandonné leurs villages pour trouver refuge dans des camps.. qui se sont développés au fil des années.. «Hors de ces lieux, l'insécurité reste très forte», explique Marc Lavergne. Le directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la Corne de l'Afrique et du Moyen-Orient dénonce la stratégie de Khartoum pour faire rentrer les déplacés dans leurs villages d'origine... Il répond aux questions d'Alexis Guilleux.

    RFI: Que sait-on de la situation humanitaire aujourd’hui, au Darfour ?

    Marc Lavergne: La situation humanitaire, si on entend par là les souffrances de la population, celle-ci est toujours soumise à des bombardements aériens constants sur le Djebel Marra, la montagne centrale. Et pour ce qui est de la situation dans les camps, les gens ne sont pas rentrés chez eux, depuis une dizaine d’années maintenant et on assiste ainsi à une sorte de blocage de la situation, avec une fatigue des humanitaires et une non intervention de la force commune – Union africaine et Nations unies – sur le terrain.

    Les Nations unies soulignent, de leur côté, que les populations qui sont dans ces camps ne peuvent pas rentrer chez elles à cause du manque d’infrastructures. Comment pourrait-on décrire ces infrastructures au Darfour ?

    Il faut bien voir qu’il y a un effet pervers de l’aide humanitaire dans la mesure où dans les camps, il y a une sorte de confort factice avec de l’eau à volonté, des soins médicaux, éventuellement une scolarisation et surtout la garantie d’une nourriture qui est apportée par les ONG qui restent. Tout cela a créé, encore une fois, une situation factice qui fait que le retour, dans les villages d’origine, est très difficile dans la mesure où l’eau n’est pas garantie et la capacité de cultiver la terre n’est pas garantie non plus. Depuis une quinzaine d’années maintenant que les gens sont dans des camps, il y a une sorte de perte de contact avec le milieu d’origine et les ressources d’origine.

    Cette idée que les camps sont quasiment devenus de nouvelles villes et que les populations n’auraient quasiment plus besoin de retrouver leur village d’origine, est-ce qu’on la retrouve partout au Darfour ?

    Il y a des points de vue différents, selon qu’il s’agit des femmes ou des hommes Les femmes parce qu’elles sont dispensées de la corvée d’aller chercher de l’eau, parfois à 10 kilomètres, tous les jours. Les hommes ont peut-être un regard un petit peu différent car ils ont tous, sans doute, la nostalgie du village d’origine qui est beaucoup plus accueillant, en général, que les camps qui sont situés dans des régions à peu près désertiques ou à la périphérie des grandes villes. Ceci étant, il faut voir que les camps ont entre 50 000 et 100 000 habitants et sont donc devenus de véritables villes.

    Pourquoi ces déclarations, maintenant, du président Béchir ? Il a souvent dit que la guerre était terminée, que le conflit au Darfour était terminé. Pourquoi le redire maintenant ?

    Je crois que cela vient dans la continuation de ce qui a été accordé, récemment, par l’administration américaine, à savoir la levée des sanctions qui pesaient sur le Soudan, depuis maintenant une vingtaine d’années. Et d’autre part, il y a le sentiment que la communauté internationale se désintéresse de la question du Darfour dans la mesure où elle est très occupée au Moyen Orient.

    Selon vous, il y aurait donc un lien avec la levée quasi-totale des sanctions américaines contre Khartoum ?

    D’une part, cela. D’autre part, du côté de l’Union européenne, il y a une sorte de tentative d’associer le Soudan au maintien des migrants africains sur le sol africain. On essaye de demander au Soudan de retenir les migrants de manière à ce qu’ils ne parviennent pas en Europe. Il s’agit donc là d’un échange de bons procédés qui se profile sur le dos de la population du Darfour.

    Y a-t-il eu une évolution de la relation entre Khartoum et les populations du  Darfour dans la gestion de cette crise ?

    Non, je ne crois pas, dans la mesure où une partie des populations s’est réfugiée dans la montage et est ainsi contrôlée par les mouvements rebelles qui continuent à se battre un peu le dos au mur. D’autre part, il y a ceux qui sont partis au Tchad, dans des camps. Il y en a 300 000 et ils ne veulent pas rentrer au Soudan parce qu’ils ont peur. Quant à ceux qui sont dans des camps à l’intérieur du Darfour - entre 1,5 million et 2 millions -  ils ont très peur de rentrer chez eux dans la mesure où les janjawids sont toujours opérationnels et financés par le gouvernement de Khartoum et où il y a toujours cette menace de bombardements ou de mitraillages aériens.

    Cela veut dire qu’en dehors des camps, les populations déplacées ne sont pas en sécurité ?

    Non, sinon elles accepteraient de rentrer chez elles sans qu’on ait besoin de les y forcer. Le général Omar el-Béchir a fait une tournée de propagande dans les camps, au mois de septembre dernier. Il y a eu des manifestations qui ont été réprimées. Les représentants de ces populations dans les camps avaient prévenu qu’ils n’acceptaient pas qu’il y ait cette tournée de propagande du président du Soudan qui voulait donc essayer de montrer à l’opinion internationale que les gens des camps étaient tout à fait d’accord et même enthousiastes pour rentrer chez eux. Or, ce n’est absolument pas la réalité parce que c’est une condamnation à mort, à petit feu, que de fermer ces camps et de renvoyer tous ces gens chez eux.

    Il ne faut pas oublier la présence de l’ONU - des civils et des militaires - qui, même s’ils ne sont pas très opérationnels sur le terrain, sont quand même des témoins qui empêchent l’armée soudanaise et le gouvernement soudanais de mener à bien la poursuite des crimes qu’ils ont entrepris depuis 2003.

    Et selon vous, quelles sont les intentions du régime de Khartoum vis-à-vis des populations darfouries, aujourd’hui ?

    Je crois que l’idée du général Omar el-Béchir - et du régime en général - de fermer les camps, c’est d’obliger les gens à repartir chez eux où rien ne les attend et où il n’y a eu absolument aucun effort de fait en termes d’infrastructures. L’idée, c’est de laisser les gens retourner chez eux et de les laisser mourir, je dirais, loin des regards de la communauté internationale.


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