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    Daniel Jouanneau: «Mugabe ne supportait plus que Mnangagwa veuille lui succéder»

    Daniel Jouanneau, ancien ambassadeur de France au Pakistan. RFI

    Au Zimbabwe, toute la crise actuelle vient du limogeage d’Emmerson Mnangagwa par Robert Mugabe. Mais quel est le poids politique d’Emmerson Mnangagwa depuis l’indépendance ? Et depuis quand connaît-il le vieux Mugabe ? En 1980, au moment de l’indépendance, le diplomate français Daniel Jouanneau était consul général à Salisbury, la future Harare. A l’époque, c’est lui qui a ouvert l’ambassade de France dans la nouvelle République du Zimbabwe. En 1983, il a publié aux Presses universitaires de France (PUF), « Le Zimbabwe » dans la collection Que sais-je? Aujourd’hui, il se confie au micro de Christophe Boisbouvier.

    Vous avez connu Robert Mugabe à l’époque où il luttait contre les Blancs de Rhodésie, quel homme était-il ?

    Non, je l’ai connu juste avant l’indépendance et c’était un mois et demi avant les élections qui l’ont porté au pouvoir.

    Quel homme était-il ?

    Très intelligent, on a eu l’impression qu’il avait un peu oublié sa formation marxiste et que par réalisme il allait conserver intact le patrimoine minier industriel et agricole de la Rhodésie. On a eu cette illusion on a cru à un miracle au Zimbabwe en avril 1980, on a cru vraiment que ce pays allait enfin devenir indépendant, que les Noirs allaient enfin accéder au pouvoir, mais, que l’essentiel, les Blancs importants économiquement allaient rester.

    Mais il avait quand même passé 10 ans de prison, est-ce qu’il n’avait pas une revanche à prendre sur les Blancs de Rhodésie, ça ne se sentait pas ?

    Ça s’est senti plus tard, cette revanche effectivement. Au cours de ces dix ans, son petit garçon qui vit avec sa femme ghanéenne meurt et Ian Smith lui interdit d’aller aux obsèques. Donc on a toujours dit que c’était le début du racisme anti-Blanc de Mugabe, mais au début il a voulu que les Blancs restent.

    Vous reconnaissez, monsieur l’ambassadeur ce qu’on écoute ?

    Oui, c’est Bob Marley au stade Rufaro.

    Nous sommes le 17 avril 1980, dans le grand stade de Salisbury, la future Harare, c’est le jour de l’indépendance du Zimbabwe.

    Je me souviens très bien de cette folle soirée, au stade, il y avait une foule considérable et complètement hystérique et puis la foule a commencé à envahir la pelouse où devait avoir lieu à minuit le changement de drapeau et le vent a tourné et les gaz lacrymogènes que la police utilisait pour disperser la foule se sont dirigés vers les personnalités étrangères. Donc vous aviez plusieurs rangées de chefs d’état et de gouvernement, Madame Gandhi, le prince Charles, tout le monde avait les yeux qui piquaient.

    Et alors c’est à ce moment-là que Bob Marley entonne la chanson qu’il vient de composer pour les circonstances : Zimbabwe, vous vous souvenez ?

    Absolument.

    Un moment d’émotion, j’imagine ?

    Oui de très grande émotion puisque toute l’Afrique était devenue indépendante, mais l’Afrique du Sud et la Rhodésie étaient restées à la traine.

    Au côté de Robert Mugabe, il y a déjà Emmerson Mnangagwa, quelle était sa place dans la toute jeune République du Zimbabwe ?

    Elle était stratégique, Emmerson Mnangagwa a été un des premiers compagnons de route de Robert Mugabe. Quand Mnangagwa a 17 ans, Mugabe l’envoie en Chine pour former le noyau de l’armée de la ZANU-PF, la ZANLA. Mnangagwa revient en Rhodésie, participe à l’organisation d’un sabotage de voie ferrée et au meurtre d’un fermier blanc. Il est arrêté, condamné à mort, gracié parce qu’il est mineur. Il se retrouve en prison avec Mugabe, ils vont passer 5 ans en prison ensemble.

    Ce sont des compagnons de prison alors ?

    Ce sont d’abord des compagnons de lutte, et en prison Mugabe prépare un DES de droit public, il suit des cours par correspondance et il enseigne à Mnangagwa. C’était vraiment le père et le fils, je les ai souvent vus ensemble et c’est cette impression qui se dégageait de leur cohabitation.

    Et alors pourquoi ce surnom, « le crocodile » pour Emmerson Mnangagwa ?

    Parce que c’est l’homme des services secrets et c’est un homme secret et donc il est en plongée, on ne voit que les yeux.

    Dès les années 80 ?

    Oui, il était chargé par Mugabe de reprendre en main les services rhodésiens qui étaient entièrement constitués de Blancs et dirigés par des Blancs.

    J’imagine que les Français, les Britanniques ont dû considérer Mugabe et Mnangagwa comme des prosoviétiques, donc des ennemis ?

    Alors, il y a eu un moment d’accoutumance.

    Et après ?

    Après, les relations de travail entre la France et le Zimbabwe ont été bonnes, Mnangagwa était vraiment prêt à travailler avec nous dans un état d’esprit très positif.

    Il n’était pas dogmatique ?

    Non, réaliste, pragmatique, très patriote.

    Alors il y a la lumière, puis il y a les ombres, en janvier 1983 Robert Mugabe est accusé d’avoir fait massacrer 20 000 opposants de la communauté Ndébélé dans le Matabeleland, pourquoi une telle cruauté ?

    Ce sont les vielles, très anciennes histoire entre Shona et Ndebele, au début, voulant rassurer la communauté internationale, Mugabe a montré son désir de concorde national en prenant Nkomo comme numéro deux vice-président de la république. Et puis finalement il a voulu le pouvoir pour lui tout seul. Donc sous je ne sais quel prétexte, il a engagé contre les Ndébélés une pression atroce et la responsabilité d’Emmerson Mnangagwa, elle reste à établir, il y a effectivement une zone d’ombre.

    Alors justement à l’époque, Emmerson Mnangagwa est ministre de la Sécurité d’état, donc apriori il est impliqué non ?

    Moi j’avais quitté le Zimbabwe, je ne peux pas vous en dire davantage.

    À la tête de la répression il y a la cinquième brigade qui a été formée en Corée du Nord, de quoi s’agit-il ?

    Ils ont formé en Corée du Nord effectivement cette unité, cette fameuse cinquième brigade qui est à l’avant-garde de la répression contre les Ndébélés.

    Alors vous dites qu’entre Mugabe et Mnangagwa il y a une relation de père à fils, pourquoi répudie le fils ?

    Oui ce n’est pas une relation entre frères comme on dit dans un mouvement de guérilla, mais une relation filiale et Mnangagwa avait un très grand respect pour Mugabe au début. Mugabe le considérait comme son bras droit puis comme son dauphin et il l’a mis en piste pour le succéder, c’est ça tout le début de l’histoire. Puis ça a dérapé et à ce moment-là, ça a été le divorce.

    Oui mais pourquoi justement le père répudie le fils ?

    Parce que le père veut rester, Mugabe a toujours dit : « Seul Dieu peut me faire partir.» donc Mugabe ne supporte plus que celui qu’il avait choisi comme dauphin veuille lui succéder et il le limoge de sa fonction de vice-président. Mais beaucoup plus grave, il l’exclut du parti et donc cette exclusion de la ZANU-PF le parti historique, cette exclusion elle est inacceptable pour les militants du parti qui sont pour beaucoup d’anciens combattants, et puis toute l’armée. Et Mnangagwa, c’est un adversaire redoutable parce qu’il est à l’intersection du parti de l’armée et des services et il a donc une position stratégique.

    Oui c’est-à-dire que Mugabe n’a jamais eu le pouvoir tout seul.

    Mugabe n’a jamais eu le pouvoir tout seul, contrairement à ce qu’on a pu dire.

    Et Grace Mugabe l’a appris à ses dépens.

    Oui parce qu’elle n’a pas fait la guerre. Mnangagwa et Mugabe, sont des héros de la libération nationale. Et elle, elle arrive dans le paysage tardivement. Et il faut toujours avoir une lecture ethnique aussi. Comme Mugabe, Mnangagwa appartient à l’ethnie très nettement majoritaire : Les Shonas, puisque la carte ethnique du Zimbabwe est une des plus simples d’Afrique avec une grande ethnie qui représente 80% de la population : Les Shonas, et les Ndébélés qui représentent 20%. Mais à l’intérieur des Shonas, il y a plusieurs sous-ethnies. Et Mugabe appartient à une ethnie minoritaire : les Zezurus, face à l’ethnie majoritaire, les Karengas, à laquelle appartient Mnangagwa. Celle-ci n’a jamais présidé le Zimbabwe. Il y donc aussi cet aspect-là qui est important.

    Alors beaucoup saluent ce qui arrive depuis quelques jours comme l’avènement peut-être d’une démocratie au Zimbabwe, mais apparemment Mnangagwa a quand même un passé assez complexe.

    Oui vous avez raison, c’est pour ça que même si Mnangagwa devient président du Zimbabwe, ça sera certainement un président qui voudra être un président fort. Les choses ne changeront pas du jour au lendemain.

    Donc le parti d’opposition MDC se réjouit peut-être un peu vite ?

    Non parce que, si Mnangagwa revient au Zimbabwe, il retrouvera son poste de vice-président, il organisera des élections présidentielles, il se présentera et il sera élu probablement. Et Tsvangirai et le MDC pensent, j’imagine que, même si Mnangagwa risque d’être un président à poigne, il respectera quand même un certain nombre de libertés et il se pliera au jeu démocratique. Donc ça n’est pas une mauvaise lecture des évènements, me semble-t-il.


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