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    M-C Zinsou (Fondation Zinsou): «sauvegarder le patrimoine culturel africain»

    Marie-Cécile Zinsou, présidente de la Fondation Zinsou entourée des membres de sa fondation. fondationzinsou.org

    Rendre à l'Afrique les œuvres d'art qui lui ont été spoliées. Le président Emmanuel Macron a rouvert le dossier lors de son discours de Ouagadougou, mardi dernier. D'ici 5 ans, dit-il, toutes les œuvres qui reviennent de droit au continent africain lui seront restituées. Cette annonce n'est certes pas suffisante : il faudrait changer la loi française pour que les pièces puissent quitter le territoire. Mais Marie-Cécile Zinsou est néanmoins très optimiste. Elle dirige la Fondation Zinsou, au Bénin, qui sauvegarde et promeut le patrimoine culturel africain. Pour elle, cette promesse du président français est un tournant majeur. Elle est l'invitée de RFI.

    RFI: le président Emmanuel Macron a annoncé, lors de son discours à Ouagadougou, que d’ici cinq ans – donc d’ici probablement la fin de son quinquennat – toutes les œuvres d’art qui appartiennent à l’Afrique et qui dorment dans des collections françaises - que ce soit dans des musées ou chez des particuliers - seront restituées au continent africain. Quelle est votre première réaction, après cette annonce ?

    Marie-Cécile Zinsou: Je pense que cette annonce est historique parce que c’est le président de la République qui le dit publiquement, qui le dit dans son premier grand discours africain et qui le dit à la face du monde. Ce n’est pas un propos rapporté. Cela vient vraiment de lui. On était clair sur le fait qu’il questionnait la colonisation et qu’il avait déjà dit qu’il considérait que c’était un crime contre l’humanité. Il l’a répété hier que c’était un crime incontestable. Du coup, dire aujourd’hui – à partir de ce crime incontestable – que des collections ont été volées en Afrique et qu’elles vont être rapportées parce qu’on peut questionner ce patrimoine dans les collections françaises, cela change la donne.

    Pourquoi c’est important ? Parce qu’aujourd’hui une grande partie du patrimoine des différents pays africains se trouve dans des musées, à Paris ou dans la province française, ce qui est formidable pour les parisiens et les Français mais ce qui est un tout petit peu gênant quand on veut expliquer, à la jeune génération, ce qui s’est passé en Afrique et quelle est notre histoire.

    Sans musée et sans patrimoine, c’est toujours beaucoup plus compliqué d’avoir accès à son histoire et c’est vrai que notre histoire a tendance à disparaître et donc, aujourd’hui, avec cette déclaration, le président nous ouvre des possibles et des avenirs qui sont nettement plus intéressants que le passé qu’on a pu avoir en commun.

    Quand on a fait la demande de restitution, en juillet 2016, on nous a répondu, en décembre 2016, « Non, merci ». C’est bien, mais c’est un peu court.

    C’est tout ce que l’on vous avait répondu ?

    On nous a répondu « Non, merci. Ces objets sont depuis plus de cent ans dans les collections nationales françaises, donc on ne peut plus les sortir. C’est terminé. Au revoir ». Donc, en gros, « passez votre chemin ». Là, on revient au respect, on revient à une façon de regarder l’Afrique les yeux dans les yeux et pas avec un regard supérieur qui descend sur l’Afrique.

    Cette réponse qu’on vous avait faite et qui était de dire « cela fait plus de cent ans que ces œuvres font partie des collections françaises », c’est un écueil auquel le président Emmanuel Macron va se retrouver confronté, c’est-à-dire qu’au-delà de cette annone, il ne suffit pas de claquer des doigts, de le vouloir pour que les œuvres sortent des musées et retournent dans leurs collections originelles, en Afrique. Quels vont être les écueils, justement, que va rencontrer le président Macron pour faire sortir ces œuvres et pour les rendre au continent ?

    Evidemment, entre la déclaration de Ouagadougou - mardi - et aujourd’hui, les œuvres ne sont pas en caisse et ne sont pas en train de retourner vers l’Afrique. C’est évident. Il y a cette question de l’inaliénabilité du patrimoine français et, par conséquent, le patrimoine qui est devenu français ne peut plus sortir normalement des collections nationales. Il faut donc imaginer une loi d’exception pour dire que, devant la situation très complexe qu’était la colonisation, on peut la questionner et une partie des objets peuvent être, du coup, sortis du patrimoine français.

    Ce n’est évidemment pas quelque chose qui va se faire en un instant. Je pense que c’est pour cela que le président Macron a précisé qu’il pouvait y avoir des retours temporaires ou permanents. Je pense en effet que l’usage du mot « temporaire » n’était pas de dire qu’on va tout envoyer et tout récupérer. C’était plutôt de dire que pour l’instant, on va pouvoir faire des prêts et c’est comme cela qu’on va pouvoir aller très vite. Je pense que le prêt temporaire c’est pour pouvoir permettre, entre-temps, de légiférer et de faire une loi d’exception pour les objets de la colonisation.

    Evidemment, le président Macron ne peut pas décider seul mais il se trouve qu’il peut proposer de légiférer sur le sujet. Objectivement, il a une majorité politique. On peut donc tout à fait envisager d’avoir une loi d’exception sur les questions de patrimoine et de colonisation.

    On oppose souvent, au retour des œuvres en Afrique, une question qui est celle de la conservation. Un argument qui est de dire que la plupart des établissements africains n’ont pas les moyens de conserver les œuvres d’art telles qu’elles devraient être conservées pour ne pas être dégradées par éventuellement le temps, par les conditions de conservation. Quelle est votre position sur cet argument ?

    C’est très simple. La condescendance et le mépris ne font pas partie des choses qui m’intéressent dans la vie. Par conséquent, les gens qui pensent qu’on conserve mal notre patrimoine et ce genre de choses, j’ai envie de leur répondre « Passez votre chemi. Ce n’est pas notre problème. Vous n’avez pas à nous dire, en Afrique, comment on fait les choses ».

    De la même manière que le Bénin ne se permet absolument pas de donner des conseils aux conservateurs de musées français pour leur indiquer ce qu’ils doivent faire dans leurs jobs, eh bien pareillement, les conservateurs français ou les journalistes culturels français n’ont pas à nous dire comment on va entretenir nos collections. Il faut juste accepter que ce patrimoine revienne là d’où il vient, là où il a été spolié, volé. On va l’entretenir et on va se gérer. Il n’y a aucun problème. On est grands, en fait. On n’a plus besoin de recevoir des conseils. On ne dépend pas de la France.

    C’est une question de politique culturelle mise en place au niveau des Etats et qui n’a plus aucune leçon à recevoir de la France ni des conservateurs français ?

    Bien sûr que non. Nous sommes un Etat souverain et c’est comme cela depuis 1960. Il se trouve que l’indépendance, nous l’avons eue et aujourd'hui, il n’est pas question de prendre des conseils de qui que ce soit sur ce genre de questions.

    L’avenir, idéalement, ce sont des politiques culturelles partagées entre le Bénin – puisque vous êtes spécialiste du sujet – et les pays d’Afrique en général et la France, pour des prêts de collection entre les musées des différents Etats et la France, comme cela se fait aujourd’hui beaucoup ?

    Oui. Je pense qu’en fait, il faut juste arrêter de visualiser l’Afrique comme un continent mineur dans lequel on a pu avoir des positions fortes. Il faut juste nous considérer comme les Etats-Unis ou l’Asie… comme n’importe quel autre continent qui a le droit d’avoir des coopérations muséales avec la France mais surtout - de prime abord -  qui peut récupérer son patrimoine qui a été volé.


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