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    Angola: João Lourenço mène «une politique de rupture» selon Didier Péclard

    João Lourenço, le président de l'Angola. AMPE ROGERIO / AFP

    Seulement trois mois que João Lourenço a pris les commandes de l’Angola, et déjà il fait place nette au détriment du clan de l’ex-président Dos Santos. Mais est-ce un signe d’ouverture démocratique ? Pas sûr ! Le chercheur suisse Didier Péclard dirige un master en études africaines à l’université de Genève et a publié, chez Karthala, « Les incertitudes de la nation en Angola ». En ligne de Genève, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Avec João Lourenço, est-ce le changement ou la continuité ?

    Didier Péclard : Je dois dire qu’on est tous un petit peu surpris de la rapidité avec laquelle João Lourenço, dès sa prise de pouvoir, s’est attaqué aux intérêts du clan Dos Santos. Il était présenté comme le candidat de la continuité. Or, pour l’instant, c’est plutôt une politique de rupture qu’il a mise en œuvre.

    La décision la plus symbolique, c’est le limogeage d’Isabel Dos Santos de la présidence de la compagnie pétrolière, Sonangol. Est-ce vraiment une surprise ?

    Oui et non. C’est-à-dire qu’on savait João Lourenço pas très en bons termes avec Isabel Dos Santos, mais on pensait que José Eduardo dos Santos, le père d’Isabel, avait suffisamment « bétonné », si vous me passez l’expression, le pouvoir autour d’elle pour qu’elle soit protégée. Donc effectivement, la décision de la limoger et de la remplacer, qui plus est par une personne qu’elle-même avait limogée quelques mois plus tôt, est vraiment une indication que João Lourenço a décidé de reprendre les rênes du secteur pétrolier. Ce qui veut dire certainement qu’il a des appuis au sein du MPLA [Mouvement populaire de libération de l'Angola]. Il était d’ailleurs plutôt le candidat du MPLA, imposé par le MPLA José Eduardo dos Santos, qui avait d’autres vues pour sa propre succession. Donc João Lourenço doit se sentir les coudées assez franches pour pouvoir comme ça s’attaquer directement au clan Dos Santos.

    Et quels sont les autres secteurs de l’économie angolaise où le nouveau président chasse le clan Dos Santos ?

    Alors il a commencé en fait par Endiama, la grande compagnie qui gère le secteur des diamants. C’est là qu’il a commencé par remplacer tout le conseil d’administration d’Endiama et, ensuite, seulement il s’est attaqué au secteur du pétrole. Maintenant, la grande question, c’est de savoir s’il s’agit là d’une réorganisation à l’intérieur du parti pour que des personnes qui avaient été exclues de la gestion de la rente pétrolière puissent y accéder, donc une espèce de jeu de chaises musicales que Dos Santos avait orchestré jusque-là et que João Lourenço voudrait orchestrer à sa place. Ou si on voit là les prémices d’un véritable changement dans la gouvernance de l’économie angolaise. Mais là, c’est encore un petit peu tôt pour le dire bien sûr.

    Avant de quitter la présidence, José Eduardo dos Santos avait placé des hommes à lui à la tête de l’armée et de la police pour plusieurs années. Qu’en est-il aujourd’hui ?

    En fait, João Lourenço a fait ce que les pouvoirs présidentiels dont il a hérité lui permettaient de faire, à savoir d’annuler les décrets que José Eduardo dos Santos avait signés peu de temps avant les élections, ce qui n’était pas écrit d’avance.

    Oui, mais José Eduardo dos Santos reste le président du MPLA jusqu’à l’année prochaine ?

    Voilà, c’est une des questions qui se pose maintenant. Il commence à y avoir des voix qui se font entendre pour dire que José Eduardo dos Santos devrait abandonner la présidence et en fait la remettre à João Lourenço, qui est actuellement le vice-président du parti. Certainement que les discussions sont très fortes à l’intérieur de l’appareil du parti par rapport à cela.

    « Il faut éviter les chasses aux sorcières », a lancé un député pro-Dos Santos, est-ce à dire que le clan de l’ancien président fait de la résistance ?

    Certainement, oui. Et il faut y voir que pour l’instant, João Lourenço s’est attaqué à des intérêts très importants, très symboliques : la Sonangol, l’Endiama, etc. Mais il reste par exemple José Filomeno Dos Santos, le fils aîné de l’ancien président, qui reste encore à la tête du fonds souverain. Certainement que la résistance s’organise à l’intérieur du parti aussi pour préserver les intérêts, non seulement du clan Dos Santos, mais de tous ceux qu’il représente.

    Et ces limogeages dans le clan Dos Santos, est-ce que ce ne sont pas aussi des appels du pied du côté du FMI [Fonds monétaire international] et de la Banque mondiale, où l’épouse de João Lourenço a travaillé de nombreuses années ?

    Effectivement. On sait que les relations avec le FMI notamment étaient assez mauvaises. C’est tout à fait possible aussi que cela s’inscrive dans cette logique-là. On verra si cela ouvre d’autres portes au FMI et à la Banque mondiale pour l’Angola.

    Et l’opposition dans tout cela, est-ce que les derniers évènements ouvrent un espace à l’Unita [Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola, principal parti de l'opposition] par exemple ?

    L’opposition se trouve dans une situation très compliquée, c’est-à-dire qu’au moment des élections, dans l’immédiat après élection, l’Unita et la Casa-CE ont eu une position très offensive. Et dès le moment où cette plainte a été déboutée par le tribunal constitutionnel, on va dire qu’ils « se sont couchés » très rapidement, si vous me permettez l’expression. C’est-à-dire que, aussi bien Isaias Samakuva [leader du parti Unita] que [Abel] Chivukuvuku de la Casa-CE ont dit que finalement, ils enverraient leurs députés à l’Assemblée nationale et ils joueraient le jeu de la démocratie. Et l’attitude en plus de João Lourenço depuis sa prise de pouvoir fait que, finalement, l’opposition ne sait pas trop contre quoi s’opposer maintenant. Elle sort très affaiblie en fait de ce scrutin.

    Malgré tous ces changements, vous semblez dire que le MPLA veut garder le contrôle du pays ?

    Clairement. Je crois que João Lourenço est le candidat qui a été imposé par le comité central ou par le bureau politique plus exactement à José Eduardo dos Santos qui, semble-t-il, aurait préféré lui une succession dynastique avec son fils, Filomeno Dos Santos. Et pour le MPLA, l’enjeu c’est de s’assurer de conserver le pouvoir dans les prochaines élections, comme l’a fait le Frelimo [Front de libération du Mozambique], comme le fait l’ANC [Congrès national africain en Afrique du Sud] depuis la fin de l’Apartheid. On est dans la même logique d’anciens mouvements de libération nationale qui, en quelque sorte, ont gagné l’indépendance, qui ont réussi à imposer leur vision et leur récit de l’histoire nationale, en se présentant comme les seuls légitimes des pays concernés.

    C’est comme Emmerson Mnangagwa que veut garder le pouvoir pour la Zanu-PF [Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique] au Zimbabwe ?

    Exactement. On est dans la même logique de partis qui ont certainement senti le vent tourner, des partis qui voient bien qu’ils doivent donner des gages de réforme ou de changement s’ils veulent garder le pouvoir.


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