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    A la Une: Johnny est mort

    Johnny Hallyday en 1987 sur la scène du Palais omnisports de Paris-Bercy. AFP/Patrick Kovarik

    La nouvelle est tombée cette nuit à 2 h 44. Un flash de l’Agence France Presse. Johnny est mort… Aussitôt, branle-bas de combat dans les rédactions des quotidiens. On a ouvert les frigos, comme on dit dans le métier, sorti les nécros, pour commencer à alimenter les sites internet,   et les premières éditions spéciales, décroché les téléphones, réveillé les reporters, les chroniqueurs, les éditorialistes… Tant pis pour Jean d’Ormesson qui fait, ou du moins qui devait faire la Une ce matin. En tout cas, ça l’aurait fait rire, d’être supplanté par Johnny… Johnny est mort, et rien d’autre ne compte ce matin pour la planète journalistique hexagonale.

    Car, « Johnny c’est “la plus grande rock-star que la France ait jamais connue”, s’exclame Le Parisien. Le Parisien qui revient au tout début… “C’était le 18 avril 1960. Un jeune homme, maladivement timide, fait sa première apparition à la télé. L’émission s’appelle ‘l’Ecole des vedettes’ et propose à des artistes confirmés de parrainer des jeunes chanteurs. Ce jour-là, Line Renaud présente un certain Johnny Hallyday. ‘Son père est américain, sa mère française’, dit sa marraine en regardant l’intéressé qui baisse la tête et peine à répondre aux questions. ‘Il répond par oui ou par non. C’est Monsieur Oui-Non’, se moque la chanteuse. Mais soudain, le minot se met à jouer Laisse les filles et se métamorphose : charismatique, sexy, désinhibé. 57 ans plus tard, poursuit Le Parisien, Johnny aura fait plus de 3 000 concerts dans le monde entier, dont, à Paris, 266 Olympia, 144 Palais des Sports, 101 Bercy, 78 Zéniths, 9 Stades de France, 7 Parcs des Princes… Au total, il se sera produit dans une quarantaine de pays.

    Imparable !

    Feu Johnny”, lance pour sa part Libération qui retient deux choses du chanteur, sa voix et son apparence… La voix de Johnny d’abord. “Dans la famille des dinosaures français du rock, on pourra toujours préférer le caractère intello cinéphile d’Eddy Mitchell ou la mèche du crooner de proximité Dick Rivers. Il est cependant un paramètre où Johnny enterre tout le monde, un territoire qu’il a conquis seul avec son drapeau belge à franges et tête-de-mort : la poussée vocale. Imparable, s’exclame Libération. Des médiums aigus au crissement métallique, un moteur qui s’emballe à l’entrée d’une dernière ligne droite, une voix de baryton martin propre à accrocher la tonalité du ténor et la vigueur de la soprano dans un saut de cabri déglingué.

    Une voix identifiable entre toutes, donc, et, poursuit Libé, le déhanché qui allait avec… “Boots vissées au sol, port de bras soulignant la musculature des deltoïdes, hyperextension des jambes et surtout, ouverture des hanches d’une amplitude déraisonnée, invitant au déploiement testiculaire et aux fentes latérales 100 % cojones de toro. C’est minimal, s’esbaudit Libération, subliminal, phéromonal. Voici en quelques traits le logo corporel du ‘waack n’ wouuul’ dont Johnny a la paternité.

    “L’envie d’avoir envie”… de lui

    Certes, reconnait Le Figaro, “il n’était pas un musicien extraordinaire. Un prosateur, moins encore. Il n’était pas un beau parleur ni un phare de la pensée. Et pourtant, jamais ses ‘idées courtes’ n’ont paru ridicules (…). Son génie fut d’inspirer aux plus grands ‘l’envie d’avoir envie’… de lui. De Duras à Godard, de Sagan à Rondeau, pourquoi a-t-il autant fasciné les intellectuels ? Sans doute parce qu’il avait ce qu’ils n’ont jamais eu : cette faculté quasi surnaturelle d’instaurer avec son public une communication qui se passe de mots.

    Et Le Figaro de poursuivre : “on embarquait pour ses shows comme pour la Foire du Trône. Décors babyloniens, fumigènes, lasers et hélicos. Et pourtant, dans sa démesure, il n’a jamais donné le sentiment d’en faire trop. Quand le titan déchaînait son ouragan électrique, la foule, derrière le crissement des guitares et le vrombissement des amplis, entendait l’écho d’une générosité folle, cet amour du public dont il a tant reçu parce qu’il lui a tout donné   et notamment ce qu’il lui restait de vie. (…) Johnny, c’était son public. Son public, c’était la France, conclut Le Figaro. (…) Dans le miroir brisé que lui tendait la star, toute une nation reconnaissait son histoire. En Johnny, la France se retrouvait, avec ses bons et ses mauvais côtés, ses enthousiasmes et ses déprimes, ses chutes et ses rédemptions. C’est cette France querelleuse et généreuse, folle et raisonnable, désespérée et magnifique, qui fredonne tristement : ‘On a tous en nous quelque chose de Johnny’.”

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