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    Me Tchoungang (Ahmed Abba): «Nous sommes heureux pour la famille de la presse»

    Me Charles Tchoungang, avocat principal d'Ahmed Abba. Yaoundé, le 25 février 2014. AFP PHOTO

    La liberté pour Ahmed Abba, le correspondant camerounais de RFI en langue haoussa. Après deux ans et demi de prison, le tribunal militaire de Yaoundé ne l'a condamné ce 21 décembre qu'à deux ans de prison pour non dénonciation de terroristes. Il est donc libérable dans les heures qui viennent. Charles Tchoungang a été bâtonnier du Cameroun de 2006 à 2009. En 2015, il a aussi publié De l'impossible justice au Cameroun, aux éditions du Schabel. Depuis deux ans et demi, il est l'avocat principal d'Ahmed Abba. En ligne de Yaoundé, Me Tchoungang répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Maître Tchoungang, quand la cour a annoncé qu’Ahmed était libérable, comment avez-vous réagi ?

    Maître Charles Tchoungang : D’abord, ça a été un soulagement, soulagement pour monsieur Ahmed Abba, qui, depuis plus deux ans, croupit comme un innocent qui ne savait pas comment faire porter sa parole. Et puis un soulagement pour tous ceux qui ont œuvré durant toutes ces années pour que sa parole soit portée.

    Depuis l’arrestation d’Ahmed Abba le 30 juillet 2015 à Maroua, je crois que beaucoup de chemin a été parcouru, d’autant que les 4 premiers mois de sa détention, il était au secret, il était victime de sévices…

    Absolument, monsieur Ahmed Abba a été interpellé à Maroua et transféré immédiatement à Yaoundé. Et puis il a disparu des fiches, il n’était dans aucune fiche. Nous avons fait le tour de l’ensemble des centres de détention de Yaoundé, nous avons fait le tour des commissariats et des gendarmeries de Yaoundé, nous avons interpellé tous les chefs des services de sécurité du Cameroun et nous avions toujours la même réponse : « il n’est pas chez nous », et il a fallu que nous interpellions le président de la République pour qu’il commette son conseiller spécial qui nous a entendus et a prescrit à tous les centres d’unité de détention que, si monsieur Ahmed Abba se trouvait dans leurs locaux, il fallait qu’ils le libèrent ou le traduisent dans un circuit officiel afin qu’il soit jugé s’il y avait des preuves de collusion avec Boko Haram contre lui. C’est ainsi donc que, 3 mois plus tard, on a découvert que monsieur Ahmed était à la DGRE [Direction générale de la recherche extérieure - NDLR], puis que ce service l’a transféré – il était dans des conditions pitoyables - à la gendarmerie où il a été pour la première fois entendu et visité par moi. Et puis je l’ai rencontré dans un état inacceptable, dans un État de droit. Il avait fait l’objet de torture et puis il était tout heureux de rencontrer enfin quelqu’un, lui qui avait vécu tout ce temps dans des cellules obscures, où on lui mettait des cagoules pour qu’il ne connaisse pas ceux qui le torturaient.

    C’était en avril dernier lors du procès en première instance, le procureur militaire a requis la peine de mort contre Ahmed Abba pour complicité de terrorisme. Comment avez-vous réagi à ce moment-là ? Est-ce que vous avez eu peur pour Ahmed ?

    Oui, j’ai vu la violence et la virulence par laquelle ce commissaire a pris ses réquisitions, il y avait une sorte de haine dans ses propos. Ce commissaire avait l’air d’être en mission, il voulait absolument que Ahmed y passât. Après, nous nous sommes repris, et puis nous avons porté la réplique et je pense que les éléments que nous avons fournis, malgré la difficulté d’exercer notre métier devant ce tribunal militaire, ont permis à ce que ce tribunal requalifie les faits et que finalement, en lui reconnaissant de larges circonstances atténuantes, le condamne à 10 ans d’emprisonnement, mais ce qui n’a pas beaucoup plu. Nous-mêmes, nous étions stupéfaits compte tenu du fait que le dossier était complètement vide.

    Finalement ce jeudi 21 décembre, la cour d’appel a abandonné la charge de blanchiment de produit du terrorisme pour ne retenir que celle de non-dénonciation. A quel moment avez-vous compris que les débats en appel tournaient en faveur de votre client ?

    Nous nous en sommes rendu compte lorsque la cour a compris qu’on se trouvait devant un dossier monté de toutes pièces. Et puis les hauts magistrats de la cour ont perçu que ce jeune était là par la cupidité de quelques individus en mal de sensation et en mal de reconnaissance vis-à-vis de leurs supérieurs.

    Et finalement donc en appel, n’a été retenue que la charge de non-dénonciation de terrorisme. Cette charge de non-dénonciation, est-ce qu’on ne l’a retrouve pas dans beaucoup de zones de guerre où les journalistes travaillent ?

    Absolument, en fait ce délit de non-dénonciation, qui est un délit qu’on retrouve effectivement dans tous les pays en guerre où les gens exercent leurs métiers, a été créé pour obliger les journalistes à dévoiler leurs sources. Je veux dire qu’y compris au Cameroun, la loi de 1990, qui régit la liberté de la presse dans ce pays, prévoit la protection des sources du journaliste. C’est pour cela que je ne considère pas que cette infraction soit une infraction infâmante à l’encontre de monsieur Ahmed Abba. En fait c’est la preuve de son professionnalisme.

    La mobilisation au Cameroun et à l’étranger, est-ce que ça a compté dans cette issue de ce 21 décembre ?

    Absolument, d’abord le réseau qui a été construit au Cameroun lui a permis de tenir moralement, et puis le soutien qui a été créé par Reporters sans frontières a été également d’un soutien moral important. Et puis le prix qui lui a été accordé aux États-Unis [par le Committee to protect journalists - NDLR] est également d’un grand réconfort. Donc lorsque la décision a été rendue, il est tombé dans les bras de Yves Rocle, et moi je les ai vus tous les deux pleurer, et je me suis dit finalement peut-être que c’est ça, la liberté.

    Yves Rocle, le directeur Afrique de RFI, qui en effet a assisté à toutes les audiences depuis le début du procès en première instance…

    Tout à fait, il a été pour lui d’un très grand soutien.

    Et justement, cette présence permanente de la direction de RFI auprès d’un journaliste camerounais, comment cela a-t-il été vécu par les Camerounais, notamment les journalistes de votre pays ?

    Ça a été vécu à trois niveaux. D’abord au niveau de la presse camerounaise, ça a été quelque chose de remarquable, ils ont vu comment un employeur défend son collaborateur, après avoir vérifié que son collaborateur n’a fait que son métier, et ça a été extrêmement apprécié par l’ensemble des journalistes, et ensuite pas l’ensemble des patrons de presse. Ensuite au niveau des officiels, au départ c’était très mal vécu, on considérait que le soutien de RFI constituait une sorte de pression interventionniste dans le cadre de l’indépendance du Cameroun. Au fur et à mesure que les preuves étaient dévoilées, on a vu de plus en plus de membres du gouvernement, des collaborateurs du chef de l’État, le président de la République lui-même, et notamment le ministre de la Communication Issa Tchiroma, qui ont baissé la garde et ont considéré qu’effectivement c’était une excellente chose que de voir une grande chaine comme RFI, qui aurait pu abandonner Ahmed Abba, qui n’avait pas nécessairement un statut très fort dans le cadre du personnel de cette grande maison, c’était une excellente chose de voir RFI le défendre de manière aussi forte. Et enfin, pour nous ses conseils, nous étions extrêmement réconfortés de voir que RFI a toujours été à nos côtés, a soutenu ses conseils, et, lorsque la première décision est intervenue en première instance, nous avons pensé, compte tenu de la gravité de la motivation retenue par le tribunal militaire, que RFI se retirerait de ce dossier. Eh bien non. Nous avons apprécié le fait que RFI continue à nous soutenir. Aujourd’hui nous sommes heureux pour RFI, nous sommes heureux pour la famille de la presse en général.

    Et pendant ces deux ans et demi où vous l’avez côtoyé très souvent et protégé, comment avez-vous trouvé Ahmed Abba ?

    Nous l’avons trouvé de très bonne compagnie, au début c’était extrêmement dur parce qu’au début de sa détention, il était enchainé comme les détenus de Guantanamo, ça a été notre premier combat de faire en sorte qu’on le libère de ses chaines. Après, ses conditions de détention ont été améliorées. Et il avait l’air de quelqu’un en fait qui était convaincu de son innocence et qui peinait, parce qu’il savait qu’un jour il serait libre, et ce n’est qu’hier que je l’ai vu s’effondrer pour la première fois. Je l’ai vu pleurer comme un gamin, parce que, quand il s’est rendu compte qu’en fin de compte on avait reconnu son innocence, il allait retrouver la liberté.


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