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    RDC: «L'impunité est devenue un mode de gouvernement» selon Jean Bofane

    L'écrivain kino-congolais Jean Bofane. RFI

    L'écrivain congolais Jean Bofane, connu pour ses deux derniers polars sur la République démocratique du Congo, est l'invité du jour. Ces deux livres sont des quasi-manuels de science politique sur une crise congolaise que même les chercheurs ont parfois du mal à expliquer, et sont particulièrement acclamés : Mathématiques congolaises et Congo Inc, Le testament de Bismarck. Que pense-t-il de la situation de son pays ? Il répond aux questions de Sonia Rolley.

    RFI : Vos livres sont des polars qui semblent bizarrement coïncider avec la situation d’aujourd’hui, avec des manifestations manipulées ou non par des politiques, manipulées ou non par la présidence.

    Jean Bofane : En fait, je ne le fais pas vraiment exprès. Et quand il s’agit du Congo, oui évidemment il y a une histoire… Ça a l’air policier. Mais en fait, tous les codes du Congo sont bouleversés depuis une vingtaine d’années. Ça a l’air policier parce qu’il y a des meurtres, des intrigues. Evidemment ça a l’air d’histoires policières, mais en fait c’est la nouvelle politique congolaise.

    A travers vos livres, quels sont les points saillants que vous voyez dans cette nouvelle politique congolaise ?

    L’impunité est devenue un mode de vie, un mode de gouvernement. L’impunité a été tellement totale déjà au temps de Mobutu : quand un ministre volait, il ne se passait rien ; un homme du gouvernement s’accaparait du bien de quelqu’un, il ne se passait rien. Après il y a eu toute cette guerre à l’Est, il y a eu toutes ces intrigues à Kinshasa, tous ces morts, tous ces prisonniers pseudo-politiques. Tous les repères sont brouillés au Congo. Un dossier judiciaire ne ressemble pas à un autre dossier judiciaire. On a l’impression de lire une bande dessinée. On tue les gens facilement, on filme même quand on les tue. Normalement, la mort c’est quelque chose d’assez secret, on exécutait les gens à l’aube, quand il n’y a personne, pendant que tout le monde dort. Mais là, on fait cela devant un objectif de smartphone. Et tout est comme ça, tout est faux. On n’est plus dans la réalité.

    La politique congolaise aujourd’hui, un bon ou un mauvais polar ?

    Un mauvais polar. Les dialogues sont merdiques franchement. L’intrigue ne vaut rien. Mais bon, c’est un bouquin qui se vend. Il y a des Congolais qui se bercent d’illusions en pensant que moi, je vais revendiquer quelque chose que ce soit dans la rue, que ce soit dans l’hémicycle du Parlement, et que je vais l’obtenir. Non, ça ne se passera jamais ! Et les élections qu’on attend, ça ne se passera jamais ! Je ne vois pas pourquoi, des élections pour quoi faire ? Ça ne l’arrange pas, il y a quand même pas mal de monde derrière lui. Il y a un président à côté, au Rwanda ; il y en a un autre en Ouganda ; il y a les multinationales surtout. Il ne faut pas bouger ! C’est cela qui est terrible. Et ça arrive que des mauvais bouquins se vendent.

    Quand vous parlez de la population, vous la décrivez, notamment celle de Kinshasa. On pense à Mathématiques congolaises. Vous la décrivez comme à la fois une population qui peut être achetée par des politiques pour se mettre à manifester, et à la fois comme une population qui est imprévisible et qui puis, d’un seul coup, explosait, mais souvent sur des contraintes sociales ?

    C’est l’énergie du désespoir qui fait que les gens sont dans la rue. Tu vas te faire tirer dessus de toute façon. Vous avez un pays où le général de la police vous dit « vous allez sortir. Regardez les photos de vos enfants, regardez la photo de votre famille avant de sortir parce que vous allez mourir ». Où vous avez entendu cela ? Dans quel pays ça se passe ? Où ? La mort est devenue quelque chose de courant. Je ne comprends pas.

    Pourquoi est-ce que vous choisissez le support policier pour raconter cette histoire qui est quasiment la même que celle qu’on vit aujourd’hui, plutôt que de faire un essai ou un pamphlet pour raconter la même chose ?

    Mais non, vous êtes dans le journalisme, vous savez. Moi, je vous regarde faire et je me dis « mon dieu, c’est le tonneau des Danaïdes votre travail ». Moi, je préfère prendre deux ans, trois ans, concocter quelque chose, et c’est pour cela que j’ai choisi le roman.

    On a l’impression qu’il n’y a pas d’espoir non plus dans vos romans, vis-à-vis de toute la classe politique, que ce soit la majorité, comme l’opposition. Vous décrivez même tous les politiciens comme étant corrompus, tous, d’une manière ou d’une autre. Il n’y en a aucun qui, de votre point de vue, mérite d’être sauvé, d’un point de vue littéraire ?

    [rires] Quand vous avez un Parlement comme le Parlement du Congo, vous avez un Parlement qui est peuplé d’opposants et de gens du pouvoir. Mais les opposants en question touchent je ne sais pas combien de milliers de dollars par mois. Quand un soldat touche 100 [84,29 euros], 200 dollars et un ouvrier touche 100 dollars, 50 dollars, 150 dollars. Et un député se permet de toucher des milliers de dollars et il se dit représentant du peuple. Mais on se moque de qui ? C’est la corruption organisée. Ça s’arrête là.

    Vous arrivez à rentrer au Congo avec l’expression sur ces différents points de vue ?

    [rires] Ah non, la dernière fois que j’y étais, j’y étais tranquille, l’âme en paix. Cette fois-ci, je ne sais pas. Patrice Nganang du Cameroun [écrivain et activiste camerounais, arrêté le 6 décembre à Douala pour «outrage à corps constitué », épinglé pour l’ensemble de son « œuvre» anti-Biya - NDLR], est aujourd'hui incarcéré au Cameroun. C’est pour cela que depuis que je sais que Patrice a été arrêté, quand vous demandez si je vais rentrer au Congo, Patrice était au Cameroun. C’est un monsieur qui met les pieds dans le plat, qui donne des coups de pied dans la fourmilière, il n’arrête pas. Moi, j’essaie de faire la même chose. Je ne sais pas si on va tenir.

    Mathématiques congolaises (Actes Sud-2008) et Congo Inc. Le testament de Bismarck (Actes Sud-2014).


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