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    Myriam Cottias (CNRS): «il y a 40 millions d'esclaves» dans le monde

    Myriam Cottias. Karthala

    A l’heure du bilan 2017, des images reviennent dans toutes les têtes. Ce sont celles d’un marché aux esclaves en Libye. Myriam Cottias est chercheuse au CNRS, où elle dirige le Centre international de recherches sur les esclavages et les post-esclavages. Elle dirige aussi la collection Esclavages chez la maison d’édition Karthala, qui vient de publier Une histoire de l’esclavage en Afrique, du Canadien Paul Lovejoy. Elle répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    Christophe Boisbouvier : Avant de voir les images de CNN, beaucoup pensaient que l’esclavage c’était terminé. Et vous ?

    Myriam Cottias : non, non, on le sait très bien, l’esclavage n’est nullement éradiqué, actuellement il y a 40 millions de personnes qui sont considérées comme esclaves. On a beaucoup parlé des femmes yézidies [du nord de l’Irak] à un moment donné, qui elles aussi sont vendues. Elles sont vendues aux enchères. Vendues et revendues, violées régulièrement. Ce sont des cas d’esclavage que l’on connait, ce ne sont pas les seuls. Esclave, ça veut dire qu’il y a une personne qui exerce son droit de propriété sur une autre personne. Ça veut dire qu’on n’a plus d’identité, que les mariages, les unions sont contrôlés. On inclue aussi dans l’esclavage les mariages forcés, le travail forcé des enfants, on y inclue également les enfants soldats. Autant vous dire qu’il n’y a jamais eu autant d’esclavage dans le monde qu’actuellement.

    ►(Re)lire : l'esclavage moderne, un fléau qui touche plus de 40 millions de personnes

    Une Histoire de l'esclavage en Afrique, de Paul Lovejoy. Editions Karthala

    Ce qu’on apprend, Myriam Cottias, en lisant le dernier ouvrage du chercheur canadien Paul Lovejoy, Une histoire de l’esclavage en Afrique, dont vous avez supervisé la traduction et l’édition chez Karthala, c’est que, dans leur très grande majorité, ces quatre derniers siècles, les victimes de la traite transsaharienne étaient des femmes…

    Oui, des femmes effectivement qui pour certaines servaient de main d’œuvre, mais également qui étaient dans les harems, et qui  avaient des positions de servantes. Elles étaient une véritable force de travail. Lovejoy montre que l’esclavage est un mode de production. Il montre comment, en fait, la main d’œuvre africaine va être pillée : que ce soit dans la traite transsaharienne avec les femmes, ou dans la traite transatlantique qui se développe avec la production du sucre, du cacao et du coton.

    On parle beaucoup des malheureux qui sont embarqués dans les bateaux, on parle peut-être moins de ceux qui meurent en route, avant d’être embarqués. Selon Lovejoy, entre 1500 et 1830, quelques vingt millions d’Africains sont capturés pour être envoyés aux Amériques, mais quelques huit millions d’entre eux meurent sur les routes africaines, avant d’arriver aux bateaux. Est-ce que l’on a des chiffres pour la traite transsaharienne ?

    Pour la traite transsaharienne, les fourchettes d’estimation se situent entre huit et douze millions de personnes sur douze siècles. C’est quelque chose d’important qui renvoie à des débats qui ont eu lieu dans les années 2005, en France. A l’époque, on a eu tendance à mettre à égalité la traite transsaharienne, la traite intra-africaine et la traite européenne, en disant que finalement les chiffres étaient à peu près les mêmes. Il est important de dire que, si on arrive à des fourchettes qui sont à peu près égales, la traite transsaharienne comme pour la traite intra-africaine se sont étendues sur douze siècles. La traite européenne, elle, s’est concentrée sur trois siècles et demi. Vous voyez donc que ce n’est quand même pas la même chose en termes de massification du phénomène.

    Ce qui est important dans ce livre de Lovejoy, c’est qu’on y apprend que, dès le XVIe siècle, il y a un débat sur la question de savoir qui peut être esclave et qui peut ne pas l’être. Ce débat est notamment animé par un savant de Tombouctou, le docteur Ahmed Baba, qui estime que tout le monde ne peut pas être esclave.

    Oui, le débat se fait alors autour de la foi. La ligne de partage étant : être musulman ou ne pas être musulman. C’est-à-dire que les personnes qui sont musulmanes ne peuvent pas théoriquement être mises en esclavage, tandis qu’il y a une sorte de justification, de légitimité dans le fait de réduire à l’esclavage des personnes qui sont des incroyants. Tout en sachant, et il faut le dire également,  que des personnes qui étaient musulmanes ont été aussi réduites en esclavage.

    Et dans son traité de 1614, ce docteur de Tombouctou, Ahmed Baba, condamne les états haoussa de Katsina et de Kano, qui se font la guerre entre eux et qui se soumettent mutuellement, qui se réduisent mutuellement en esclavage.

    Oui, et cela soulève une autre question, qui a même des débordements contemporains, puisqu’il y a toujours ce débat sur le fait que les Africains ont vendu leurs frères. Mais on peut opposer à cela le fait que les dignitaires Songhaï, par exemple, qui, à l’époque, vendent des esclaves aux Européens, ne vendent pas leurs frères : ils vendent des étrangers, ils vendent des prises de guerre, ils vendent un butin de guerre. Ces étrangers, ils ne les considèrent pas comme des personnes égales à eux-mêmes. Donc cet argument tombe et doit permettre de repenser l’histoire de l’esclavage au sein de de l’Afrique. Ce que disent Paul Lovejoy et un chercheur comme Ibrahima Thioub, de l’université Cheikh Anta Diop au Sénégal, c’est qu’il est nécessaire de reprendre l’histoire de l’esclavage, pour déconstruire tous les pouvoirs qui sont à l’œuvre en Afrique et pour montrer comment il y a eu des reproductions de pouvoir entre les personnes qui participaient au système esclavagiste, jusqu’au XIXe siècle, et les personnes qui sont dans l’exercice du pouvoir actuellement en Afrique.

    Voulez-vous dire qu’il reste encore, dans les sociétés africaines d’aujourd’hui, des traces des relations entre les sociétés esclavagistes et les sociétés mises en esclavage il y a 200 ans ?

    Oui, au niveau du continent, pour moi c’est évident, mais aussi à l’intérieur des sociétés. Prenons le cas du Sénégal, parce que là je m’appuie sur les travaux du Professeur Thioub. Au Sénégal, il y a encore cet héritage, ce souvenir des relations esclavagistes. Il y a encore des maîtres d’esclaves qui pensent que, de toute façon, les esclaves ne peuvent être qu’esclaves, parce que leur statut d’infériorité circule par le sang. Ils ont un sang esclave. Donc, vous voyez bien que, si on est dans des configurations sociales de cette façon-là, il est difficile de penser l’égalité.

    Les marrons de la mer, de Georges B. Mauvois. éditions Karthala

    Autre ouvrage, justement sur la résistance des esclaves, vous l’avez aussi publié chez Karthala, Les marrons de la mer, de Georges Mauvoy. De qui s’agit-il ?

    Georges Mauvoy est un historien de la Martinique. Il s’est intéressé aux esclaves de la Martinique qui vont quitter par la mer cette colonie française pour s’évader vers les colonies anglaises, qui, à cette époque, ont aboli l’esclavage. A cette période, entre 1833 et 1848, un certain nombre d’esclaves, « d’esclavisés » je dirais, vont s’évader vers ces colonies anglaises pour chercher la liberté. On retrouve toujours ce désir de liberté en allant au-delà de la mer. Pour ceux qui connaissent la Caraïbe, entre la Martinique et les îles anglaises, il y a le canal de la Dominique d’un côté, et de l’autre Sainte-Lucie, au sud. Ces obstacles sont dangereux, mais ces personnes veulent vraiment la liberté et prennent tous les risques pour arriver sur ces terres.

    ►(Re)lire : Esclavages, traites et combattants de la liberté

    Et puis, toujours à propos de l’esclavage, nous voici maintenant dans l’Océan indien. Vous avez publié, également chez Karthala, un ouvrage de Sandra Carmignani, Mémoires de l’esclavage et créolité. Le sous-titre est énigmatique : le patrimoine du Morne à l’île Maurice.

    Sandra Carmignani, Mémoires de l'esclavage et créolité. éditions Karthala

    Sandra Carmignani présente le Morne, qui est une montagne de l’île Maurice où des esclaves se sont réfugiés et sur laquelle ils se sont sacrifiés à la suite d’un malentendu. Lorsque les compagnies anglaises sont venus leur annoncer l’abolition de l’esclavage, ils ont pensé qu’on allait les remettre en esclavage - puisque là, on parle d’esclaves marrons qui se sont réfugiés dans les montagnes de l’île Maurice. Et donc ils ont sauté dans le vide et se sont sacrifiés. Ce Morne, cette montagne de l’île Maurice, pendant très longtemps on ne s’en est pas préoccupé. Mais avec l’élaboration de la mémoire de l’esclavage, tout à coup, elle est devenue quelque chose qui permet de repenser un certain panafricanisme et de rendre hommage aux « esclavisés » de l’île Maurice.


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