GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Lundi 15 Octobre
Mardi 16 Octobre
Mercredi 17 Octobre
Jeudi 18 Octobre
Aujourd'hui
Samedi 20 Octobre
Dimanche 21 Octobre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.

    Jeffrey Hawkins: «J'ai constaté un fort recul de l'influence américaine à travers le monde»

    Jeffrey Hawkins à la bibliothèque américaine de Paris. RFI

    « Pourquoi est-ce que toutes ces personnes issues de pays de merde viennent aux Etats-Unis ? », a demandé le président Trump, ce 11 janvier, à propos des ressortissants des pays africains, d'Haïti et du Salvador. Voilà un an que Donald Trump est à la Maison blanche et beaucoup s’interrogent sur la nouvelle politique africaine des Etats-Unis. Un ex-diplomate américain témoigne. Jusqu’au mois d’août dernier, Jeffrey Hawkins était l’ambassadeur des Etats-Unis en Centrafrique. Aujourd’hui, il dirige la Bibliothèque américaine de Paris, un établissement privé créé il y a presque cent ans, en 1920. Pourquoi a-t-il quitté le corps diplomatique ? Jeffrey Hawkins répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    Voilà un an que Donald Trump est à la Maison Blanche. Qu’est-ce qui a changé dans la politique américaine en Afrique ?

    Jeffrey Hawkins : Il faut voir d’abord globalement ce qui a changé dans la politique américaine. Je viens de faire un exercice qui est assez intéressant. L’administration Trump au mois de décembre a émis sa stratégie globale, ou ce qu’on appelle en anglais, « the National security strategy ». Et aujourd’hui, j’ai comparé juste la table des matières de cette stratégie avec la stratégie de l’administration Obama de 2015. Donc en deux années, on va d’une stratégie Obama qui est très variée, qui parle de l’anti-terrorisme, de la sécurité, mais aussi des valeurs américaines, de la démocratie, du besoin de combattre le changement climatique et autres, à une stratégie du président Trump totalement concentrée sur la défense de l’Amérique, la défense des frontières, la défense des marchés américains, et un engagement qui est basé totalement sur une approche « America first ». Donc en Afrique, tandis qu’à l’époque Obama, donc dans la première année de mon séjour à Bangui, on était très concentrés sur un engagement sur l’énergie, ce qu’on appelait « Power Africa » ; on avait un fort engagement humanitaire surtout en Centrafrique où on en avait bien besoin ; on avait un engagement sur la jeunesse africaine, on voyait par exemple le président Obama chaque année inviter des centaines de jeunes Africains à Washington - il les a rencontrés personnellement- ; on avait un business forum avec l’Afrique. Donc on voulait vraiment nouer un dialogue avec les hommes d’affaires africains… Maintenant, ça, pas trop ! Et si l’administration Trump parle de l’Afrique, et il en parle très peu, c’est beaucoup plus dans une optique sécuritaire, Boko Haram etc. Donc c’est une priorité sur la sécurité.

    Jusqu’en août 2017, vous étiez l’ambassadeur des Etats-Unis à Bangui, mais depuis vous avez quitté le corps diplomatique. Pourquoi ?

    J’ai quitté, premièrement, parce que je me trouvais en profond désaccord avec la politique de l’administration Trump et aussi avec l’approche du président personnellement. Et j’avais du mal à me retrouver dans ce nouveau monde, donc dans une approche que je viens de vous décrire. Et il y avait un nouveau secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, qui voulait « réformer » le département d’Etat, mais la réforme que j’ai vécue moi, personnellement comme diplomate américain, était de ne pas nommer des diplomates à des postes, c’était de couper les budgets, et il a proposé une coupe de 30% que le Congrès américain républicain n’a pas acceptée. Je me trouvais dans un département d’Etat qui n’avait pas de voix à Washington, donc le président était côtoyé par des généraux et il écoutait beaucoup le département de la Défense, et pas du tout le département d’Etat. Dans ces conditions-là, j’ai estimé que je pourrais peut-être chercher mon bonheur ailleurs.

    Et y-a-t-il beaucoup d’autres diplomates américains qui ont changé de métier depuis six mois ?

    Enormément, et pour ceux qui sont peut-être un peu haut placés, vraiment c’est difficile. Et pour moi, être le représentant personnel du président Trump, c’était difficile.

    Et il n’y a toujours pas à l’heure actuelle de sous-secrétaire d’Etat aux Affaires africaines ?

    Oui, c’est très problématique. Pendant très longtemps, on n’avait même pas un sous-secrétaire d’Etat par intérim. Maintenant, on en a un, on a rappelé un diplomate très expérimenté qui s’appelle Donald Yamamoto qui est très bien. Mais il n’a pas le poids nécessaire, n’étant pas formellement nommé au poste qu’un vrai sous-secrétaire aurait.

    Quand vous écrivez dans une tribune au journal Le Monde que le leadership américain est menacé dans le monde. Est-ce que vous n’êtes pas un peu trop alarmiste ?

    C’est l’histoire qui va nous le dire. Mais je peux dire que j’ai constaté qu’un fort recul de la présence américaine, de l’influence américaine à travers le monde, que ce soit en Europe où l’Alliance transatlantique existe, mais où le soutien de Washington est peut-être moins fort que par le passé, ou que ce soit dans d’autres pays, certainement en Afrique. Juste pour prendre le cas de la Centrafrique, quand j’étais ambassadeur sous Obama, on avait un très fort engagement, même à un point qui m’étonnait, parce que je me suis dit : ‘tiens c’est un petit pays, c’est un pays qui est confronté à d’énormes problèmes ; Washington va être trop occupé avec la Chine, la France etc. On ne va pas s’occuper de nous’. Mais contrairement à ce que j’aurais pensé, cette administration-là était vraiment engagée. Tandis qu’après le départ du président Obama, on attendait très peu de Washington.

    Vous dites que les militaires ont pris le pas sur les diplomates à Washington et que, d’une façon générale, Donald Trump se désintéresse du continent africain. Mais en septembre 2017, à New York, il a déjeuné avec neuf chefs d’Etat africains et il s’est dit profondément préoccupé par la montée de la violence dans plusieurs pays, et notamment au Congo-Kinshasa et dans cette Centrafrique que vous connaissez bien ?

    Oui, justement et je viens de relire ces remarques très brèves d’ailleurs. Et si je ne me trompe pas, c’était le déjeuner où il a fait mention de l’Etat de « Nambia » qui n’existe pas.

    Oui, il a confondu la Zambie et la Namibie...

    Je plaisante. Le fait qu’un jour à New York, qui n’est même pas en Afrique, le président consente à voir quelques chefs d’Etat africains, c’est très bien. Mais pour moi, ses propos étaient plus ou moins vides de contenu. Et en tout cas, on n’a pas une vraie politique américaine vis-à-vis du continent africain.

    Il n’y a pas de sous-secrétaire d’Etat aux Affaires africaines, mais il y a une ambassadrice à l’ONU, Nikki Haley, qui est allée à Kinshasa en octobre 2017. Elle y a rencontré Joseph Kabila. Et quelques jours plus tard, les autorités congolaises ont promis que la présidentielle se tiendrait avant la fin 2018. Ce n’est pas une simple coïncidence, non ?

    Moi, je ne pourrais pas faire de commentaires là-dessus. Mais ce qui est certain, c’est que la priorité sur les droits de l’homme, sur la gouvernance, la démocratie, c’était beaucoup plus une priorité dans l’administration précédente que celle-ci.

    Dans l’administration Obama ?

    Oui.

    En Centrafrique, quand vous étiez en poste, les Etats-Unis étaient pour le maintien de l’embargo sur les armes. Mais aujourd’hui, votre pays accepte que les Russes livrent des armes à l’armée centrafricaine. Cela vous inquiète ou pas ?

    Pour moi, non. Il nous semblait logique, si on allait former justement une armée nationale pour prendre le relais aux Nations unies, que cette armée soit armée. Donc le président, le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères de Centrafrique et autres ont plaidé très longuement pour cela…

    Avec succès.

    Avec succès, et pour moi, c’est tout à fait normal.

    La Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en Centrafrique (Minusca) coûte quelque un milliard de dollars par an, et pourtant les massacres continuent en Centrafrique. Est-ce qu’il ne faut pas la supprimer ?

    Absolument pas. Pour moi, la Minusca est absolument essentielle. Pour moi, la Minusca est très bien dirigée. Parfait Onanga-Anyanga est un représentant spécial remarquable. Et c’est un diplomate gabonais qui est vraiment exceptionnel. Le général Balla Keïta, qui est commandant des forces, est aussi un général sénégalais qui a beaucoup de talent et beaucoup d’énergie. Mais on leur a confié une tâche qui est quasi impossible. Ce n’est pas pour autant qu’on ne devrait pas tenter d’accomplir cette tâche. Il y a des problèmes avec des contingents. Il y en a qui sont beaucoup plus performants que d’autres. Mais que voulez-vous qu’ils fassent avec 12 000 hommes dans un pays qui a la même taille que la France et la Belgique ensemble ? C’est impossible, un pays qui est totalement divisé, un pays où l’Etat n’existe pas et on pourrait même dire que l’Etat n’a véritablement jamais existé. C’est une très grosse tâche. Et s’il y a des violences, c’est regrettable, mais ce n’est pas pour autant qu’on doit supprimer la Minusca parce que, sans les Nations unies, il n’y aura rien en Centrafrique.

    Tout le monde a été surpris par la décision de l’administration américaine d’interdire l’entrée des Etats-Unis aux ressortissants tchadiens pour manque de lutte contre le terrorisme, alors que le Tchad abrite le siège de la force Barkhane. Comment expliquez-vous cela ?

    Je n’ai pas d’explication (rires). J’ai été aussi étonné et mystifié par cette décision que tout le monde. Je ne sais pas. Peut-être que l’administration Trump avait accès à des informations que moi, en tant que citoyen lambda, n’a pas. Mais pour moi, cette décision, je ne la comprends pas. J’avoue que j’étais moi-même étonné par cette décision.

    Le refus des Etats-Unis de Donald Trump de participer au financement du G5-Sahel, vous le comprenez ?

    Non, pas du tout. Encore une fois, je pense que ces questions sécuritaires et autres sont extrêmement importantes, un engagement américain est nécessaire.


    Sur le même sujet

    • Etats-Unis / Trump

      Etats-Unis: pour Trump, Haïti et le Salvador sont «des pays de merde»

      En savoir plus

    • Etats-Unis / Donald Trump

      Etats-Unis: premier examen médical de Donald Trump sur fond d'inquiétudes

      En savoir plus

    • Revue de presse des Amériques

      A la Une: quel avenir pour les «Dreamers»?

      En savoir plus

    1. 1
    2. 2
    3. 3
    4. ...
    5. Suivant >
    6. Dernier >
    Les émissions
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.