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    En RCA, 50% de la population a besoin d’assistance humanitaire selon le CICR

    Peter Maurer, président du Comité International de la Croix-Rouge, s'alarme de la situation en Centrafrique où il était en mission. RFI

    « La situation en République centrafricaine se détériore. Le comportement des belligérants doit changer ». Un cri d’alarme lancé par le CICR dont le président, Peter Maurer, a terminé mardi soir une visite de quatre jours en Centrafrique. Il a rencontré le président Faustin Archange Touadéra, des membres du gouvernement, des travailleurs humanitaires ainsi que plusieurs représentants de groupes armés. Peter Maurer s’est aussi rendu à Kaga Bandoro dans le nord et à Bambari dans le centre du pays. Il est l'invité de RFI.

    RFI : De ces quatre jours de visite quelle est l’image que vous allez garder ?

    Peter Maurer : Peut-être, c’est à Kaga-Bandoro, une conversation que j’ai eue avec une femme autour d’une distribution d’eau. Elle a commencé une petite affaire, à vendre les légumes dans son très petit jardin. Elle encourage les autres femmes, elle les organise, elle est une leader. Et donc, elle contredit tous les préjugés envers des victimes passives, qui attendent l’aide. Ce n’est pas du tout l’image que je retiens de Centrafrique et cette femme est un symbole pour moi. Cela m’a beaucoup impressionné.

    Loin de s’améliorer, les conditions humanitaires se détériorent en Centrafrique ?

    Oui, malheureusement. Déjà, l’année 2017, on l’a vu dans le nombre de déplacements, dans les attaques contre les humanitaires, contre les hôpitaux… Plus de 20% de la population est déplacée. Plus de 50% de la population a besoin d’assistance humanitaire. Donc, la situation est loin d’être stable. On vient de voir une recrudescence de violence dans le nord-ouest, région qu’on croyait plus stable, dernièrement.

    Vous n’êtes pas allé à Paoua ?

    Non, je ne suis pas allé à Paoua, parce que mes collègues sont allés à Paoua quelques jours avant et ils ont été témoins, bien sûr, des tensions en ville, des déplacements, des combats qui ont lieu. Donc, une situation qui demande une réponse humanitaire immédiate et rapide.

    Vous vous êtes rendu à Bambari et à Kaga-Bandoro. Bambari, une ville qui va plutôt mieux. Kaga-Bandoro, une ville emblématique de la crise ?

    A première vue, ce sont des nuances qu’on perçoit entre Bambari et Kaga-Bandoro. Bambari m’a frappé par la pauvreté. J’ai été à Kaga-Bandoro, il y a quatre ans, en 2014, on n’avait pas des signes aussi clairs de combats, tels que je les ai vus maintenant. Et la deuxième chose qui m’a beaucoup frappé, c’est ce conflit dont tous les Centrafricains vous disent, à la première réponse spontanée, que ce n’est pas un conflit religieux. Je vois à Kaga-Bandoro que maintenant les communautés vivent séparément. Ces communautés, que j’ai encore vues vivre ensemble en 2014, sont séparées par une zone neutre contrôlée par la Minusca. Le sectarisme, le facteur religieux du conflit, s’inscrit de plus en plus aussi dans la réalité. Donc le bilan, c’est que les structures étatiques - l’Etat, en tant que tel - ne fonctionnent pas encore comme il le faut. Je pense qu’il n’y a pas de consensus politique sur l’avenir de la Centrafrique. Ce sont des dimensions du problème auxquelles on ne peut pas répondre.

    En même temps, cette crise ne se résoudra pas par les humanitaires ?

    Certainement pas. Le mieux de ce que l’on peut faire, en tant qu’humanitaire, c’est contribuer à la stabilisation des sociétés. On peut essayer de renouer les contacts autour des lignes de front. Mais les responsabilités politiques - de trouver des solutions politiques -, la situation actuelle donnent, bien sûr, quelques perspectives, mais je pense qu’on est encore passablement loin d’une accalmie, qui pourrait aussi, donner une certaine perspective de plus de durabilité de résolution de ce conflit.

    Quel a été votre message au président Touadéra ?

    Mon message était d’appréciation sur ce qu’on a pu faire, de pistes d’accroître notre coopération, mais en même temps aussi, de responsabilité qu’on voit auprès des pouvoirs politiques centrafricains.

    Est-ce que la protection des populations civiles est bien la priorité ?

    C’est, bien sûr, la priorité. Mais le président n’est pas le seul interlocuteur par rapport à la protection des populations civiles. Comme vous le savez bien, le CICR est en contact avec tous les groupes armés principaux. On peut toujours faire plus dans l’assistance. Mais l’assistance ne suffit pas. Il faut que les comportements changent. Et les comportements des belligérants doivent changer. La protection des populations civiles, la sécurité des travailleurs humanitaires, l’intégrité, les infrastructures de santé hospitalières, tout cela sont des messages importants dont j’ai fait part à tous les interlocuteurs que j’ai vus, des différentes lignes de front, pendant ces quelques jours.

    Est-ce que vous avez l’impression que la Minusca en fait suffisamment ?

    Elle fait ce qu’elle peut. Et vu la situation précaire sécuritaire, il est clair que de notre perspective, en tant qu’humanitaires, il faut certainement réfléchir sérieusement. Comment la communauté internationale peut faire davantage pour renforcer les structures sécuritaires ? Comment la négociation politique peut produire plus de sécurité pour les populations qui en souffrent énormément ?


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