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    RDC: Les casques bleus de la Monusco sous pression

    Une section des forces spéciales guatémaltèques écoute attentivement les consignes du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en RDC et chef de la Monusco. MONUSCO/Abel Kavanagh

    Au Congo Kinshasa, les casques bleus de la Monusco sont sous pression depuis que le président Kabila leur a reproché, vendredi dernier, de n’avoir jamais réussi, depuis près de vingt ans, à éradiquer un groupe armé. Vrai ? Faux ? RFI ouvre le débat ce matin avec les deux protagonistes. Du côté des casques bleus, le Français Jean-Pierre Lacroix, le secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix. Et du côté du pouvoir congolais, Léonard She Okitundu, le Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères. Tous deux sont à Addis Abeba où ils viennent d’assister au 30e sommet de l’UA. Ils répondent aux questions sur place de Christophe Boisbouvier.

    Jean-Pierre Lacroix

    RFI : Au Congo-Kinshasa, vous avez été attaqué assez brutalement par le président Kabila vendredi dernier, le 26 janvier : depuis vingt ans, la Monuc [Mission des Nations unies en République démocratique du Congo] et la Monusco [Mission de l'Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo] aujourd’hui n’ont jamais éradiqué aucun groupe armé dans l’est de mon pays.

    Jean-Pierre Lacroix : La Monusco est là pour soutenir le peuple congolais pour arriver à une paix durable. Est-ce que la Monusco n’a enregistré aucun succès depuis vingt ans contre les groupes armés ? Je rappelle que le M23 avait été très largement affaibli et mis hors de course grâce à l’action de la Monusco, et notamment de sa brigade d’intervention rapide. Est-ce que tous les groupes armés ont subi le même sort ? Non, c’est clair. Il y a aujourd’hui une recrudescence d’activités de la part de certains groupes, des Maï-Maï, de ceux qu’on appelle les ADF dans le Nord-Kivu. Qu’est-ce qui faut faire ? Trois choses. D’abord mettre la Monusco mieux en œuvre de répondre à ce nouvel environnement sécuritaire beaucoup plus difficile. Et nous y travaillons avec la mise en œuvre de notre revue stratégique pour faire que la Monusco soit plus réactive, plus forte, plus flexible. D’autre part, le travail que nous avons, c’est un travail qui est un travail en coopération avec les forces armées de la République démocratique du Congo. C’est notre mandat qui veut cela. Donc il est important que cette coopération se poursuive, soit étroite. Troisième chose, il est clair que la problématique des groupes armés dans cette région est aussi une problématique régionale. Donc le rôle des pays de la région ne doit pas être sous-estimé.

    Il y a eu le mois dernier, le 7 décembre, une terrible attaque contre les casques bleus. Quinze morts au Nord-Kivu. Est-ce que les agresseurs ont été identifiés ? Et est-ce qu’un jour, ils seront sanctionnés ou est-ce qu’ils pourront recommencer dans un mois, dans deux mois ?

    Non, il ne faut pas qu’ils puissent recommencer et il faut qu’ils soient appréhendés et jugés. Et la Monusco y travaille. C’est un objectif qui est très clair. Maintenant, il faut tirer toutes les leçons de ce qui s’est passé à Semuliki. Nous avons en ce moment un travail d’enquête en étroite liaison avec le pays qui a subi ces pertes, la Tanzanie.

    Ce sont les ADF-Nalu ?

    Il y a des signes qui le suggèrent, mais nous attendons les résultats de l’investigation en cours.

    En tout cas, ces agresseurs sont de mieux en mieux équipés, de plus en plus audacieux. Est-ce que vous n’êtes pas démunis face à eux ?

    Il faut rappeler que, dans un passé récent, la Monusco a eu des succès. La ville de Uvira, qui avait été attaquée par le groupe Maï-Maï Yakutumba, a été sauvée grâce à la Monusco. Mais la leçon de cet incident tragique de Semuliki nous montre que nous devons être mieux entraînés et mieux préparés, mieux équipés sans doute, et mieux coordonnés sans doute aussi, de manière à nous adapter à un contexte qui est devenu beaucoup plus dangereux pour nos soldats de la paix.

    Léonard She Okitundu

    RFI : Les casques bleus des Nations unies n’ont jamais éradiqué aucun groupe armé dans l’est du pays, a déclaré le président Kabila vendredi. C’est grâce notamment aux casques bleus que les rebelles du M23 ont été défaits, répond aujourd’hui le chef de ces casques bleus, le Français Jean-Pierre Lacroix. Que lui dites-vous ?

    Léonard She Okitundu : Non, citer un seul exemple d’une intervention en collaboration avec l’armée congolaise ne suffit pas à justifier la nécessité de la prorogation de la mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo. Dans l’ensemble, il faut dire en tout cas, il y a lieu de relativiser la nécessité de ce fort déploiement qui est l’unique au monde : 20 000 personnes. Ce que nous demandons, c’est que cette force est pléthorique et qu’il faut la rationaliser non seulement en matière du nombre, mais en même temps aussi d’efficacité. Il faudrait que cette force soit déployée aux endroits où elles sont nécessaires. C’est pour cela que nous avons requis le redimensionnement de cette force. Et en même temps, il y a un autre élément important qu’il faut rappeler, c’est que, et les forces des Nations unies et l’armée congolaise, tout comme la Brigade d’intervention de la SADC [Communauté de développement d'Afrique australe], aujourd’hui disposent de moyens conventionnels pour lutter contre les groupes armés, alors que nous sommes ici face à une guerre asymétrique. Ce que nous demandons aussi en matière d’efficacité, c’est de renforcer et la Monusco et les forces armées congolaises, mais en même temps aussi la Brigade d’intervention pour les doter de moyens qui sont efficaces par rapport à la lutte asymétrique. Mais actuellement, je crois que la Monusco aujourd’hui se contente d’observer. Et nous voulons que ce mandat soit actif, et non pas passif comme actuellement. C’est pour cela que nous demandons qu’il faille maintenant que cette force soit réduite et que si elle reste, on la dote de moyens efficaces pour lutter contre la guerre asymétrique en collaboration avec les forces de l’armée congolaise.


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