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    Le salut par l’éducation

    Jean-Baptiste Placca. (Photo : Claudia Mimifir)

    Les jeunes gens qui ont fait de bonnes études sont moins influençables et rêvent forcément de destins plus cléments que l’immense foule des demi-lettrés qui peuplent les camps de base jihadistes dans le désert…

    Magali Lagrange : A la différence d’un de ses prédécesseurs, qui passait toujours en coup de vent dans les capitales africaines et survolait de manière superficielle les problèmes de l’Afrique, Emmanuel Macron semble prendre le temps de s’arrêter et d’approfondir les questions auxquelles il s’intéresse. Comme hier, à Dakar, où il était question d’éducation, de l’éducation des jeunes filles, surtout. Comment comprendre son choix de prendre part à cette troisième conférence du « Partenariat mondial pour l’éducation » ?

    Ce choix n’est, en effet, pas anodin. Certes, comme il l’a concédé, il y a quelques semaines, lors des vœux au corps diplomatique, l’intérêt pour cette conférence n’est pas dénué d’arrière-pensée. Mais d’une arrière-pensée assumée, et d’autant plus saine qu’elle est clairement exprimée. Concrètement, Emmanuel Macron est convaincu que si la jeunesse africaine fait de bonnes études et reçoit une bonne éducation, elle sera moins encline à aller grossir les rangs des migrants, qui posent clairement problème à son pays.

    Ce raisonnement a le mérite d’une certaine cohérence. En d’autres termes : « Je soutiens ce qui se fera pour que vous vous sentiez bien dans votre peau, dans votre vie, dans votre pays, afin que vous n’éprouviez plus le besoin de venir en nombre dans le mien ». Certes, une partie insignifiante de la multitude de jeunes gens qui bravent le Sahara et la Méditerranée, pour aller aux portes de l’Europe a fait des études. Mais le plus grand nombre de ceux qui partent est constitué de personnes qui ne sont pas bardées de diplômes et n’ont, en général, pas un métier qui fasse vivre décemment chez eux. Nombre d’entre eux partent, d’ailleurs, de plus en plus pour les études.

    D’aucuns s’étonnent, néanmoins, que tant de chefs d’Etat africains se soient déplacés pour une telle conférence. Un peu comme un énième sommet autour du président de la République française…

    En réalité, ils ont fait le déplacement, surtout pour épauler Macky Sall, le chef de l’Etat sénégalais. Il y a, depuis peu, comme une diplomatie des grandes conférences. Qui veut que les voisins et les amis aillent donner du poids aux réunions qu’accueille l’un ou l’autre d’entre d’eux. Et puis, dans l’absolu, il n’y a rien de choquant à ce que quelques dirigeants africains se retrouvent autour du chef de l’Etat sénégalais (et de son homologue français), pour parler d’éducation.

    Au demeurant, lorsque l’on parle d’éducation, où que ce soit en Afrique, le reste du continent ferait mieux de ne pas feindre l’indifférence. Car au fond, ce sommet de Dakar était bien plus important, bien plus utile que ne l’était le dernier sommet de l’Union Africaine, dont les seules résolutions – qui ne visent qu’à accepter des pratiques qui auraient dû avoir vu le jour il y a cinquante-cinq ans – sont saluées comme une avancée historique.

    Dans cette Afrique qui donne si souvent l’impression d’être exténuée, tout repose sur l’éducation. Une éducation pensée et soutenue. Toute l’Afrique devrait donc accourir, lorsque l’on parle de financement de l’éducation. Car dans ce que vivent les jeunes nations africaines, le meilleur, comme le pire pourrait aisément s’expliquer par l’éducation, ou par l’absence d’éducation. Et l’éducation, ici, c’est le savoir que l’on acquiert à l’école, mais aussi la façon de se tenir en société que l’on y apprend, en même temps qu’à la maison. L’éducation n’est pas que pour décrocher des diplômes et trouver du travail…

    Que faut-il comprendre ? Que doit-on en déduire ?

    Un de mes neveux, sujet d’élite qui voyage sur les cinq continents pour son travail, me confiait, il y a peu, à quel point, au Vietnam, les gens, à tous les niveaux, étaient corrects. Après plusieurs voyages dans ce pays, il a fini par conclure que c’était l’éducation, la bonne éducation à l’école, quel que soit le niveau auquel les uns ou les autres ont arrêté les études. Car, explique-t-il, on sent bien que tout le monde, dans ce pays, est allé à l’école. Les uns, un peu moins que les autres, soit. Mais tous y ont acquis une bonne éducation, qui se ressent dans la façon dont ils font leur travail, dans la manière dont ils abordent les gens, bref, dans leurs rapports aux autres. Le grand patron de la première compagnie d’assurances, comme le cireur de chaussures posté sur le trottoir, le ministre comme le planton qui vous accueille à l’entrée de l’immeuble ministériel. Tous ont de la tenue : ils respectent les autres ; ils se respectent ; et on les respecte.

    Tout est donc fonction de l’éducation ?

    Absolument ! Et la bonne santé démocratique est fonction du niveau d’éducation des populations et de leur capacité à comprendre les enjeux. La conscience professionnelle a trait à l’éducation. La paix et la guerre aussi relèvent de l’éducation. Car les jeunes gens qui ont fait de bonnes études sont forcément moins influençables et rêvent de destins plus cléments que l’immense foule des demi-lettrés qui peuplent les camps de base jihadistes dans le désert.

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