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    B.Hydara (Gambie): «Nous pouvons traduire Jammeh en justice et gagner le procès»

    Yahya Jammeh, alors président de la Gambie, ici lors d'une réunion avec une délégation de chefs d'Etat africains, en médiation sur la crise post-électorale gambienne, à Banjul, décembre 2016. REUTERS/Stringer

    Un an après la chute de Yahya Jammeh, les victimes s'impatientent. Depuis janvier 2017, l'ancien dictateur gambien coule des jours tranquilles en Guinée équatoriale et son successeur, Adama Barrow, n'a pas l'air très pressé de le faire juger. Il donne deux ans à la nouvelle commission Vérité et Réconciliation pour décider si oui ou non la justice gambienne doit lancer des poursuites contre lui. Baba Hydara est le fils de notre confrère Deyda Hydara, qui a été assassiné à Banjul en décembre 2004. Aujourd'hui, il co-dirige le journal de son père, The Point. En ligne de Banjul, il répond à RFI.

    RFI: Baba Hydara, vous souhaitez un procès Yahya Jammeh, mais est-ce que le régime d’Adama Barrow souhaite la même chose ?

    Baba Hydara: Pour le gouvernement, c’est toujours un peu compliqué, parce qu’ils ne sont pas très clairs. La dernière information qu’on a eue du président lui-même, qui a dit dans une interview que si les membres de la Commission Vérité et Réconciliation demandent son extradition, alors la Gambie va faire les procédures nécessaires pour cela. Pour nous, victimes, on ne veut même pas attendre cette commission. Parce qu'on sait qu’il est lié à tellement de crimes, que même sans cette commission, nous pensons qu’on peut l’amener en justice et gagner contre lui.

    On pense à l’assassinat de votre père, le grand journaliste et correspondant de l’Agence France Presse Deyda Hydara, en décembre 2004. A quels autres crimes pensez-vous ?

    Je pense au crime récent, celui de Solo Sandeng, responsable de la jeunesse dans le principal parti d’opposition gambienne, assassiné en avril 2016 par la NIA, aujourd'hui SAS, les services secrets gambiens. Ils l’ont torturé jusqu’à la mort. Je pense à Haruna Jammeh, son propre cousin, qui a aussi été assassiné en 2005. D’après ce qu’on a entendu de sa fille Aïcha, c’est à cause d’un désaccord qu’ils ont eu, parce que c’est lui qui était chargé de Kanilaï Farms, le négoce qu’il avait commencé dans l’agriculture et l’élevage dans sa ville natale de Kanilaï

    Plusieurs dizaines de migrants ghanéens qui passaient par la Gambie ont aussi été assassinés.

    Ce qui s’est passé avec ces pauvres Ghanéens est vraiment horrible. Parce que c’est des gens qui sont venus pour voir s’ils pouvaient voyager en Europe, parce qu’il y avait des trafiquants en Gambie aussi. Alors, ils passaient par la Gambie pour trouver un trafiquant pour les aider à aller en Libye et de Libye, ils partaient en Europe. Et là, les soldats de Jammeh ont cru qu’ils étaient venus pour faire un coup d’Etat. Ils ont eu une commande de State House, la présidence, qui a dit de tous les tuer, en 2005.

    Vous craignez que le président Barrow abandonne le projet d’un procès Yahya Jammeh, afin d’éviter toute confrontation avec ses derniers partisans. Peut-être parce que, tout simplement, il a peur d’un contrecoup de la part des militaires qui sont restés nostalgiques de Yahya Jammeh ?

    Je ne crois pas qu’il y aura un nouveau coup. Premièrement, parce qu’il y a toujours les soldats de la mission Ecomic, qui, vraiment, font leur boulot très, très bien. Les 500 soldats de la Cédéao sont toujours là et contrôlent les postes stratégiques dans les frontières, comme parfois à l’aéroport. Avec cela, je crois que ce serait un peu difficile pour ses sympathisants d’essayer quoi que ce soit. Et pour les autres sympathisants, maintenant, ce qu’ils essaient faire, c’est se rallier à Adama Barrow pour l’aider aux prochaines élections.

    C’est-à-dire qu’un certain nombre de partisans de l’ancien régime essaient de se rallier au nouveau régime ?

    Ils infiltrent le camp Barrow.

    Il y a un mois sur RFI et France 24, le président Obiang Nguema de Guinée équatoriale, qui a accordé l’hospitalité à Yahya Jammeh, a laissé entendre qu’une extradition était possible. Il y a deux semaines, il a changé d’avis : pas question d’extrader l’ancien président. Quelle est votre réaction ?

    Nous sommes vraiment surpris qu’il change d’avis aussi subitement. Il a fait, comme les Anglais disent, un « U-Turn ». Mais on a entendu aussi des informations disant qu’Alpha Condé, le président de la République de Guinée, est allée en Guinée équatoriale et il a vu le président Obiang. Nous, ce que nous pensons de tout cela, c’est que Alpha Condé l’a persuadé de changer d’avis.

    A la télévision nationale équato-guinéenne, le président Obiang Nguema a déclaré : « Je félicite mon homologue Alpha Condé qui m’a suggéré qu’il n’accepterait aucune demande d’extradition de Yahya Jammeh. Moi non plus, je ne l’accepterai pas ».

    Ce qui montre que, depuis le commencement, Alpha Condé continue toujours de protéger Yaya Jammeh.

    Et alors, l’argument des deux chefs d’Etat de Guinée Conakry et de Guinée équatoriale, est de dire : « Il faut protéger Yahya Jammeh, car c’est une garantie pour que les autres chefs d’Etat qui doivent quitter le pouvoir n’aient pas peur des harcèlements qu’ils pourraient subir après leur départ du pouvoir ».

    Comment nous, victimes, pas seulement en Gambie, mais un peu partout en Afrique, allons accepter cela en sachant ce que ces dirigeants ont fait ? Je ne sais pas pour Obiang, je ne sais pas pour Condé. Mais Yahya Jammeh, j’en suis sûr et certain, parce que mon père est une des personnes assassinées par Yahya Jammeh. Tout le monde le sait. Maintenant, nous sommes à 1 000 victimes enregistrées et on attend plus encore. Cela va nous montrer quelle sorte de régime était celui de Yahya Jammeh. De ce fait, comment peut-on accepter d’accorder l’immunité après qu’ils aient fait tout ce mal ? C’est vraiment impossible d’accepter cela.


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