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    Yves Coppens: «D'abord, l'humanité s'est répandue sur le continent africain»

    Yves Coppens le 19 mai 2015 à Paris. AFP/Patrick Kovarik

    Il a 84 ans, mais il a parcouru des millions d'années à travers ses multiples recherches. Yves Coppens est l'un des plus grands paléontologues français, connu pour avoir découvert le squelette de Lucy, en Ethiopie, dans les années 1970. Il répond aux questions d'Anne Cantener.

    RFI : Je ne veux pas minimiser l’ampleur de votre travail en le résumant à une seule découverte mais, quand même, votre nom reste évidemment attaché à celui de Lucy, découverte en Éthiopie. A l’époque, c’est le plus vieil ancêtre de l’homme, 3 200 000 ans. Qu’avez-vous ressenti ce jour-là ?

    Eh bien ce jour-là - je vais vous décevoir - cela a été une découverte et une émotion successives. Je m’explique. Je travaillais en Éthiopie déjà depuis 1967 et, par rapport à Lucy, on a d’abord trouvé quelques ossements de pré-humains, comme cela a été le cas l’année précédente, et donc, sur notre cahier de bord, nous avons marqué AL 288. C’était la 288ème localité où on trouvait des restes fossiles et nous avons mis « restes d’hominidés », au pluriel.

    Ensuite, nous avons trouvé d’autres ossements et on s’est dit que c’était encore mieux qu’on ne le pensait et puis, on a trouvé un morceau du bassin et là, on s’est dit  « Mais c’est une fille, c’est une fille ! » et c’est devenu « Restes d’une hominidée ». Vous voyez donc que, le succès Lucy, l’épanouissement dans nos esprits, s’est fait véritablement petit à petit et ça a été une émotion progressive, successive et d’autant plus importante.

    Progressive et successive. C’est aussi comme ça que l’on comprend, petit à petit, toute l’histoire de ces « pré-humains », comme vous les appelez. Lucy a longtemps été surnommée la mère de l’humanité. En fait, ce serait plutôt une cousine, une tante ou une grand-tante parce que, contrairement à ce que l’on pense parfois, l’évolution ne s’est pas faite de manière simple avec une seule lignée. Vous préférez parler d’évolution en bouquet. Qu’est- ce que cela signifie ?

    Cela signifie que, lorsqu’on trouve trois fossiles répartis sur un temps très long, on aligne ces points et puis cela fait une belle ligne droite, une belle filiation toute droite. Mais, lorsque l’on trouve un petit peu plus de restes, on s’aperçoit que c’est plus compliqué. Au lieu d’avoir des points, on a ce qu’on appelle des nuages. On a des groupes de points. Quand vous avez une espèce dans un endroit puis que cette espèce est séparée en plusieurs populations, il y a, petit à petit, une dérive génétique. La dérive génétique fait des rameaux et nous avons alors un joli bouquet au lieu d’avoir un seul rameau, en quelque sorte.

    A l’époque, lorsque vous avez découvert Lucy, cela a contribué à l’élaboration de la théorie East Side Story. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

    À cette époque-là (c’était entre 1960 et 1980), beaucoup de restes de pré-humains avaient été découverts dans l’Est de l’Afrique. Comme nos ancêtres sont à la fois les ancêtres communs des chimpanzés et des humains, et comme les chimpanzés, aujourd’hui, sont dans la forêt et que les humains, on les voyait apparaitre dans un paysage beaucoup plus découvert, eh bien il se trouvait que la Rift Valley était une bonne séparation entre une forêt qui gardait, encore aujourd’hui, les chimpanzés descendants des pré-chimpanzés et puis, de l’autre côté, les pré-humains tels qu’on les connaissait dans ces années 1960 et 1970. Et en fait, comme des découvertes ont été faites ensuite au Tchad…

    Au Tchad, c’est la découverte de Toumaï, notamment en 2001, dont on a pu estimer que son crâne datait de 7 millions d’années, peut-être même plus…

    On parle toujours de Toumaï mais ce n’est pas bien, il faut aussi parler d’Abel. Abel, c’est un fossile de 3 500 000 ans trouvé au Tchad, dès 1994, et qui justement annule, non pas ma Story - l’histoire que j’avais élaborée est bonne - mais elle n’est pas qu’à l’Est. Elle est aussi au Centre et cela veut dire simplement que le berceau de l’humanité est un berceau tropical tout autour de la forêt. Notre humanité commence d’abord par l’Afrique tropicale, se répand ensuite sur l’ensemble du continent africain et puis sur le reste du monde.

    Pour revenir peut-être à ce qui se passe aujourd’hui, avez-vous une idée des recherches qui sont en cours sur le continent africain ? Est-ce qu’on peut espérer y découvrir encore ?

    Il reste quelques millions d’années à parcourir pour connaitre ces fameux ancêtres communs, ces ancêtres communs des chimpanzés et des humains qui doivent exister parce que les chimpanzés sont vraiment très proches de nous. Je voudrais bien connaitre ces ancêtres communs, ces grands-pères, grand-mères que l’on partage et qui doivent se situer dans ces années-là, autour de 10, 12 millions d’années, quelque part dans la forêt, quelque part dans les tropiques de l’Afrique, toujours de l’Afrique.


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