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    Un mémorial numérique pour «redonner une identité» aux Africains de la Grande Guerre

    Des soldats africains se battant pour la Triple-Entente. AFP/ STR / Historial de Péronne

    Redonner une identité à chacun des quelque dizaines de milliers d’Africains morts pour la France il y a cent ans, c’est le défi que relèvent plusieurs internautes en France. Qui étaient ces « tirailleurs sénégalais » ? D’où venaient-ils ? Patrick Castera est économiste à Air France. Cent ans après la guerre de 14-18, il est l’un des bâtisseurs de ce mémorial numérique. En ligne de la région parisienne, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Cent ans après, qu’est-ce qu’il reste à savoir sur les dizaines de milliers de tirailleurs sénégalais qui sont morts pendant la guerre de 14 ?

    Patrick Castera : Je dirais beaucoup de choses puisque finalement, on ne sait pas grand-chose d’eux. Moi, j’ai regardé ce sujet-là par le petit bout de la lorgnette au travers des fiches qui sont disponibles sur le site de Mémoire des hommes. Et cela permet de voir d’où ils venaient, quand ils sont morts, quelque fois un petit peu comment ils sont morts et encore, on n’a pas grand-chose comme information sur ces fiches. C’est assez compliqué d’accès.

    A l’époque, chaque fois qu’un soldat était tué, il avait le droit à une fiche dans laquelle étaient indiqués son nom, sa date de naissance et sa date de mort. On n’en sait pas plus pour un certain nombre d’entre eux ?

    C’est même pire que ça. Pour bon nombre d’entre eux, on n’en sait encore moins puisqu’on a une date de naissance approximative, on a un lieu de naissance souvent très approximatif, et en ce qui concerne la date de décès, quelquefois c’est vers une certaine date puisque malheureusement beaucoup d’entre eux ont purement et simplement disparu.

    Et vous ce que vous essayez de faire avec beaucoup d’autres internautes volontaires, c’est de redonner une identité à tous ces malheureux ?

    Oui, on peut le dire comme ça. Il faudrait pour avoir plus d’information, avoir accès à une autre donnée qui est la fiche matricule à laquelle on a accès pour les soldats français, de France métropolitaine. Malheureusement pour les soldats d’Outre-mer, c’est très limité comme accès. On n’a pas grand-chose.

    Pourquoi cela bloque ?

    Honnêtement, je n’en sais rien. Peut-être tout simplement parce que l’information n’est pas disponible, n’a pas été numérisée. C’est très compliqué.

    C’est-à-dire que cela se trouve dans des armoires au ministère de la Défense ?

    Peut-être. Je n’ai pas été vérifié aux archives militaires à Vincennes où peut-être qu’il y aurait un certain nombre de choses à faire. Je me suis dit que j’irai peut-être après compléter tout cela.

    Alors je crois que vous avez épluché des centaines et des milliers de registres officiels sur lesquels les noms des tirailleurs sénégalais sont écrits de façon très approximative, c’est ça ?

    C’est souvent très approximatif. Ce sont des transcriptions. On a souvent écrit comme prénom, ce qui aujourd’hui serait un nom. Puisque je me suis intéressé aux soldats venant du Burkina, il y a un nom qui est très courant là-bas qui est Ouédraogo. J’ai trouvé plus d’une trentaine de formes différentes de Ouédraogo. Cela peut-être des Ouidraogo, des Ouadraogo, avec toutes les variantes qu’on peut imaginer, avec des H au milieu.

    Voulez-vous dire que la majorité des soldats africains originaires du Burkina, qui sont morts au combat, s’appelle Ouédraogo sur les fiches que vous avez retrouvées ?

    Non, pas du tout. Il y a toute sorte de noms. Les Ouédraogo, ce sont des Mossi, donc la région centrale du pays. Par contre, dans la région de Bobo-Dioulasso, vous avez d’autres origines ethniques qui sont avec des noms que l’on retrouve aussi en Côte d’Ivoire : des Ouattara par exemple.

    Et au Mali ?

    Au Mali, on trouve aussi pas mal de Traoré. Les Traoré, on les trouve sur les fiches avec un nom un peu bizarre puisque ce sont souvent des Taraoré, cela illustre assez bien toute la difficulté de recoupement, ne serait-ce que pour les noms de lieux qui ont subi les mêmes déformations que les noms de personnes. Ce sont des transcriptions qui ont été faites à l’époque, peut-être par des administratifs de l’armée française qui n’étaient pas forcément bien au courant de ce qui pouvait se passer dans les territoires africains.

    Grâce à vous, on apprend qu’un certain nombre d’entre eux sont morts en Orient ?

    Oui, les soldats coloniaux ont été utilisés sur le front d’Orient parce que la guerre a été très sanglante là-bas aussi. Ce sont des pays qui sont aujourd’hui en Macédoine, en Grèce aussi. On connait très mal ce front d’Orient où on se battait contre les Bulgares entre autres. Des soldats coloniaux ont été envoyés là-bas en nombre relativement important. On en trouve régulièrement.

    Puis on apprend aussi grâce à vous que beaucoup de ces tirailleurs sénégalais sont morts avant même de combattre parce que leur bateau a été torpillé par un sous-marin allemand .

    Oui. Notamment sur le naufrage du Sequana [torpillé le 8 juin 1917, faisant 207 morts dont 198 tirailleurs sénégalais] qui était un navire qui faisait le trajet entre l’Amérique du Sud et l’Europe, et qui faisait une escalade à Dakar où il chargeait des soldats. Et parmi ces soldats, il y avait presque 200 soldats qui étaient sur ce bateau qui a été torpillé au large de l’Ile d’Yeu. Et comme ces soldats, n’avaient probablement jamais vu la mer et ne savaient pas nager, un bon nombre d’entre eux malheureusement sont morts. Il y a eu des survivants, mais plus parmi les personnes qui étaient des civils, qui étaient transportés également sur le même bateau.

    Y avait-il des espions allemands à Dakar qui informaient Berlin des mouvements de bateau ?

    C’est quelque chose qui se dit, mais honnêtement, je n’en ai pas connaissance. Et je ne suis pas du tout historien. Je suis, comme tous les gens qui participent à cette indexation, nous sommes des amateurs, oui, on peut le dire.

    Oui, mais au final, est-ce qu’on ne peut pas espérer grâce à vous connaître l’identité de la totalité des tirailleurs sénégalais qui sont morts au combat ?

    L’identité de la totalité, je pense que l’objectif est très difficile à atteindre. En tout cas qu’on les connaisse un petit peu mieux, qu’on sache d’où ils venaient, qu’on sache qui ils étaient. Ce serait déjà pas mal.

    Alors tirailleurs sénégalais, le mot est impropre puisque chacun sait qu’ils ont été recrutés dans toute l’Afrique de l’Ouest, et encore au-delà. Et on peut écouter d’ailleurs sur RFI les émissions de Valérie Nivelon. On peut également consulter sur le site de RFI les quatre web-docs consacrés par Valérie Nivelon au député franco-sénégalais, Blaise Diagne, qui a beaucoup concouru à ce recrutement. Est-ce qu’à travers vos recherches vous avez identifié des territoires d’Afrique de l’Ouest où les recrutements ont été encore plus forts qu’ailleurs ?

    C’est difficile. J’ai l’impression que le Mali a beaucoup donné. Pour moi, au Mali, il y aurait eu 0,4% de la population qui aurait été tuée pendant la guerre de 14, ce qui est relativement important. Quand je regarde le Burkina, je tombe sur 0,1. Si je fais des comparaisons avec le Nord de la France, on a 3,5 à 4% de tués par rapport à la population. Donc on n’est pas du tout dans les mêmes proportions de tués.

    Est-ce qu’à travers vos recherches, vous avez rencontré des destins d’hommes, des destins de soldats ?

    Quand on parcourt ces fiches, on rejoint le destin d’un homme. Mais au travers de peu d’informations, on voit bien qu’il venait souvent d’un village qui était loin de tout. Il faut imaginer ce que pouvait être un village dans ces années-là.

    Et est-ce qu’on peut isoler un village ou un territoire ?

    On pourrait. Il y a des endroits où on voit bien que ça a beaucoup donné, si je puis dire. Moi, j’ai des liens particuliers avec le Burkina. Donc j’ai essayé de retrouver s’il y avait des ressortissants du village de mon épouse, pour être précis. Je crois en avoir identifié un. Mais c’est très compliqué d’être absolument certain. Après, on peut regarder plus par région. Je suis frappé de voir qu’au Burkina, la région de Dédougou semble avoir fourni plus de soldats que d’autres, et je ne vois pas de raison objective à cela.

    Cela tient peut-être à une rencontre entre Blaise Diagne et l’autorité locale de Dédougou ?

    Ce qui est possible, c’est qu’à l’époque, les voies de communication faisaient qu’il était plus facile d’aller à tel ou tel endroit, plutôt qu’à un autre. On voit bien que les villages les plus reculés ont de fait été épargnés puisqu’ils étaient difficiles d’accès.

    Alors vous, vous vous intéressez au Burkina Faso parce que votre épouse est originaire de ce pays, mais pas seulement.

    Non, je suis allé au Burkina avant de connaître mon épouse. Et ce que je voulais dire aujourd’hui, c’est avoir une pensée en tout cas pour Idrissa Ouédraogo, qui est un cinéaste immense, qui nous a quittés dimanche. Je ne voulais pas parler du Burkina sans dire juste un petit mot.


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