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    Nucléaire Danger Immédiat: «Un accident grave pourrait intervenir en France»

    Couverture du livre «Nucléaire Danger Immédiat», paru chez Flammarion Enquête. Flammarion

    Un livre-choc. Deux journalistes révèlent les failles du système nucléaire français, documents exclusifs à l’appui. Problèmes de sécurité à répétition, de conception des infrastructures, centrales à bout de souffle… Le nucléaire est loin d’être sûr en France. Le constat des auteurs, Thierry Gadault et Hugues Demeude, est sans appel. Nucléaire, Danger Immédiat (chez Flammarion) est le résultat de sept ans d’enquête.

    RFI : Est-ce qu’on se dirige vers un accident nucléaire grave en France ?

    Thierry Gadault : On se dirige vers une situation où un accident nucléaire grave pourrait effectivement intervenir.

    Déjà, le parc nucléaire en exploitation arrive à ses 40 ans. Près de 48 réacteurs vont atteindre cet âge d’ici 2028. La limite fixée lors de la construction est bien de 40 ans. Cette durée de vie a été fixée lors de la fabrication, lors la construction par Framatome [L’ancêtre d’Areva, NDLR].

    Aller au-delà, c’est déjà entrer dans une zone inconnue. On ne sait pas comment se comporteront les aciers. Comment ils vieilliront ? Comment ils pourront soutenir la pression, les températures extrêmement élevées qui règnent dans la cuve nucléaire ?

    Les installations ont énormément vieilli… Il se trouve que les cuves ont déjà des défauts de fabrication. Une partie des équipements qui servent au circuit primaire qui amène l’eau dans les cuves, par exemple, sont des équipements corrodés. Les installations vieillissent plus vite. On s’expose à un risque si on poursuit leur utilisation.

    Enfin, le complexe nucléaire est en faillite, à l’instar d’Areva qui l’a été. Désormais, c’est EDF qui est dans une situation quasi-faillite avec une dette qui est monstrueuse : c’est 61 milliards d’euros.

    Ils n’ont plus les moyens de construire de nouvelle capacité de production pour remplacer les réacteurs vieillissant et pour pouvoir maintenir l’électricité et le chauffage dans les foyers qui se chauffent à l’électricité. Ils sont donc obligés de maintenir en exploitation le parc actuel.

    C’est un livre à charge. Vous avez un conseil, pour ceux qui résident près du nouvel EPR de Flamanville, vous leur dites de « déménager fissa » et de « construire un abri ». Est-ce que vous n’allez pas un peu loin ?  

    C’est de l’humour, c’est à prendre au deuxième degré ! Bien que quand on voit dans quelle condition la cuve de l’EPR de Flamanville a été fabriquée… Elle a un défaut majeur de fabrication. Malgré ça elle est autorisée. On peut effectivement craindre que cette centrale connaisse un incident grave au cours des prochaines années.

    Cette centrale est quand même considérée comme un fleuron industriel français. Ce ne sera donc pas le cas ?

    Sur le papier, c’était un réacteur beaucoup plus sécurisé que les réacteurs aujourd’hui en exploitation. Malheureusement, EDF et Areva ont installé une cuve  là où se fait la réaction nucléaire  avec un défaut majeur. L’ASN [L’autorité de sûreté nucléaire, NDLR] a finalement autorisé, en septembre dernier, son utilisation. En clair, on sait que l’acier de la cuve est fragilisé par un excès de carbone, que les propriétés mécaniques de la cuve sont atteintes… et on ne peut rien exclure.

    « 66% de la population française vit à moins de 75 km d’un réacteur »

    Vous imaginez  justement un scénario catastrophe dans votre ouvrage. Il s’agit d’un accident nucléaire… Que se passerait-il lors d’un accident nucléaire ? Quelle serait sa portée ?

    En cas d’accident, la pression interne dans un bâtiment réacteur ferait que le bâtiment exploserait certainement de la même façon que les bâtiments de Fukushima ont explosé. En cas d’accident très grave, on aura une zone dans laquelle les retombées radioactives seront extrêmement importantes. Et comme on le rappelle, 66% de la population française vit à moins de 75 km d’un réacteur. Nous sommes tous concernés.

    L’État parle désormais de sortie du nucléaire, mais chaque hiver il y a ces pics de consommation liés à l’utilisation du chauffage électrique. On a l’impression qu’on ne pourra pas s’en priver, du nucléaire, pour l’instant…

    C’est le principal problème du mix électrique en France et du modèle de consommation électrique en France. Si on veut sortir du nucléaire, la première chose à mettre en œuvre et qui aurait dû être mise en œuvre depuis au moins 10 ans, c’est un très grand plan de rénovation énergétique pour pouvoir diminuer la facture des foyers qui se chauffent à l’électricité.

    Il y a près de 40% des logements qui se chauffent à l’électricité qui provoquent une pointe extrêmement élevée durant l’hiver.

    A chaque fois qu’on perd un degré, on augmente la consommation de 2 400 mégawatts, ce qui représente plus de 2 « tranches » nucléaires [2 réacteurs, NDLR]. On se rend bien compte que si on veut arrêter de dépendre du nucléaire il faut briser ce pic. Il faut l’éroder.

    C’est l’urgence absolue aujourd’hui. On va voir si le gouvernement va enfin mettre en place ce grand plan… Pour le moment, il promet des choses, mais qui ne sont pas suffisantes par rapport aux enjeux. C’est sur ce critère-là qu’on pourra juger de la politique énergétique du gouvernement en place et de Monsieur Nicolas Hulot.

    Vous décrivez la fabrication de pièces essentielles, et vous décrivez aussi des négligences. En annexe de l’ouvrage, on voit des documents qui émanent de Framatome, l’ancêtre d’Areva. Expliquez-nous quelles sont les fragilités de ces cuves et de ces tuyauteries qui ont été mal fabriquées…

    Les cuves, c’est un problème qui a été reconnu au cours de l’exploitation des centrales nucléaires. Il y a ce qu’on appelle des microfissures. Des fissures dans la cuve, dans l’acier, qui ont été provoquées par l’opération de soudure du revêtement inox qui est à l’intérieur.

    Par contre, ce qu’on ne savait pas et ce que nous avons découvert, c’est qu’au cours de la construction du parc nucléaire, EDF a accepté des pièces qui équipent le circuit d’eau primaire et qui équipent les cuves. En l’occurrence la tubulure qui est la pièce qui assure la connexion entre le circuit d’eau primaire et la cuve. Ce sont des pièces qui sont irrégulières, qui ont été mal fabriquées par Framatome.

    En toute connaissance de cause, EDF a accepté de les installer sur le parc nucléaire. Et là, c’est quand même extrêmement grave. On a des pièces qui ont un excès de chrome, qui ont des fissures, qui ont un excès de ferrite.

    EDF a fait une étude, un rapport en 2012 retraçant un peu ces différents problèmes avec des pièces essentielles du bâtiment réacteur qui risquent de lâcher parce qu’elles atteignent les limites de sûreté.

    L’autorité de sûreté nucléaire (ASN), le gendarme du nucléaire joue-t-il suffisamment son rôle en France ?

    L’ASN joue un rôle ambigu. À la fois sur certains dossiers il est extrêmement tatillon. On a pu le voir à propos de la digue du canal qui surplombe Tricastin. L’autorité a imposé à EDF un arrêt d’urgence des quatre réacteurs pour obliger l’électricien à faire des travaux.

    Dans d’autres cas, on a l’impression d’une forme de laxisme. C’est le cas de l’EPR et puis c’est le cas de l’exploitation régulière du parc actuel. Comment se fait-il qu’EDF continue à utiliser des pièces essentielles des circuits d’eau primaire alors que ces pièces sont irrégulières et ne sont pas conformes ?

    Vous écrivez EDF comme un « État dans l’État », vous parlez aussi d’un « mensonge d’État » à propos du nucléaire. Est-ce qu’il y a une complicité des experts et du personnel politique avec l’électricien ?

    Ce qu’il faut comprendre c’est que la question nucléaire du nucléaire civil a été confisquée en France. Elle a été confisquée par une technocratie, sortie de Polytechnique. C’est le corps des Mines, c’est le corps des Ponts et Chaussées qui ont convaincu le pouvoir politique dans les années 1950/1960. Ça faisait partie de la grandeur de la France que de basculer dans l’atome civil.

    Cette génération est restée en place.  Les hommes politiques passent en fonction des élections, mais en fait, le vrai pouvoir, c’est cette technostructure, totalement pro-nucléaire. Beaucoup sont persuadés de pouvoir tout contrôler, de tout savoir, de pouvoir faire face à toutes les situations… y compris les pires.

    Même chez les jeunes ingénieurs ?

    Chez les jeunes, c’est en train de changer parce qu’il y a cette prise de conscience que les énergies renouvelables sont bien meilleures que l’énergie nucléaire. Il y a une prise de conscience évidemment économique.

    Tout le monde se rend compte aujourd’hui que les renouvelables sont devenus moins chers que le nucléaire y compris le nucléaire en exploitation en France. On a un État qui est globalement un état nucléaire, à la fois politique et à la fois administratif, technico-administratif. C’est ce qui fait qu’EDF aujourd’hui est le véritable ministre de l’Énergie en France.

    Est-ce vous croyez à la transition énergétique, à savoir réduire la part nucléaire à 50% au profit du renouvelable en 2025 ?

    En 2025, ça paraît très compliqué. Aucun outil nécessaire pour appliquer ces lois-là n’a été mis en œuvre. Encore une fois, pour sortir du nucléaire il faut d’abord et avant tout mettre en œuvre un grand plan de rénovation énergétique. Puis, un grand plan d’économie d’énergie qui permettrait d’abaisser la consommation électrique en hiver.

    Recueilli par William de Lesseux.

    • Thierry Gadault, Hugues Demeude, Nucléaire : Danger Immédiat… Et ça se passera près de chez vous, Flammarion Enquêtes, 2018


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