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    Joshua Osih: «Depuis 1960, on n'a jamais eu de changement de régime» au Cameroun

    Joshua Osih, le nouveau candidat du SDF. Joshua Osih/Wikimedia/CC

    John Fru Ndi, c’est fini. Au Cameroun, le n° 1 de l’opposition passe la main. Vendredi dernier, son parti, le Social Democratic Front (SDF) a désigné un quadra, le député bilingue Joshua Osih, pour défendre ses couleurs à la présidentielle d’octobre prochain. Quelles sont les ambitions de cet opérateur économique originaire du sud-ouest anglophone ? En duplex de Douala, le député du SDF répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    A 49 ans, qu’est-ce qui vous pousse à présenter votre candidature ?

    Joshua Osih : C’est un long travail. J’ai commencé il y a près de 26 ans, 27 ans. Il était nécessaire que notre parti présente une candidature jeune et une candidature audacieuse, une candidature qui a la capacité de fédérer pour amener une transition politique au Cameroun. Vous savez que depuis 1960, depuis l’indépendance de notre pays, on n’a jamais eu de changement de régime, on n’a jamais eu de transition politique. Donc il est important d’oser, de bousculer un peu la tradition dans le pays. S’il n’y a pas une transition démocratique à la fin de l’année, le pays risque de basculer dans une violence irréversible.

    Depuis 1992, le Chairman John Fru Ndi a échoué à trois reprises. Qu’est-ce qui vous fait penser que vous ferez mieux que lui ?

    En 1992, il a gagné l’élection présidentielle. Donc on essaie au moins de faire aussi bien que lui. En 1992, on nous a arraché notre victoire et je pense qu’aujourd’hui, nous travaillons sur ces scénarios-là pour tout faire pour que cela n’arrive pas une deuxième fois. Je pense que les Camerounais ont compris que c’est la dernière chance qu’on a pour sauvegarder notre unité nationale et la paix qui nous est si chère.

    Que répondez-vous à ceux qui disent que le SDF est un parti régionaliste qui ne pèse pas face à un parti national comme le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) au pouvoir ?

    Vous avez vu le congrès du SDF, il y avait des délégués de toutes les dix régions. Celui qui a été élu comme porte-drapeau du SDF ne vient pas de la région du nord-ouest. Cela démontre à merveille que ce parti est un parti national.

    Vous n’êtes pas du Nord-Ouest, mais vous êtes de la région limitrophe, le Sud-Ouest, l’autre région anglophone. Est-ce que vous ne risquez pas d’être cantonné à cette région justement ?

    Mon père est originaire du Sud-Ouest. Je suis député du Wouri, c’est dans le littoral ; je vis à Douala depuis 1988. Je pense qu’aujourd’hui, la jeunesse camerounaise n’est pas une jeunesse qui s’attache à des régions ou qui s’attache à des tribus. Il est vrai que dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest, à cause de la tradition de la politique anglo-saxonne, il est beaucoup plus facile d’implanter un parti d’opposition comme le SDF que dans le reste du pays. Mais ce ne sont pas les délégués du Nord-Ouest ou du Sud-Ouest qui m’ont élu, ce sont les délégués de toutes les dix régions.

    Vos adversaires affirment que, comme votre mère est Suisse, vous avez eu un passeport helvétique et que la double nationalité est interdite au Cameroun…

    Je suis Camerounais. C’est une insulte qu’on fait à mon pays de croire qu’un député de la Nation aurait un autre passeport. Je suis Camerounais, j’ai un passeport camerounais. Le fait que ma mère est Suisse ne fait pas de moi un Suisse parce que j’ai encore le droit de choisir la nationalité qui est la mienne. J’ai fait mon choix et le choix c’est le Cameroun. J’ai décidé d’être Camerounais, de rester Camerounais, j’aime profondément ce pays, j’y vis depuis toujours. Le simple fait que je vis au Cameroun, au lieu de vivre dans le pays d’origine de ma mère… Ma mère vit au Cameroun depuis 1966, cela fait donc plus de 50 ans. Donc le simple fait de vivre ici devrait déjà être indicatif à tous ceux qui veulent trouver des échappatoires, des micro-problèmes pour essayer de m’empêcher de représenter le peuple camerounais. J’ai un certificat de nationalité depuis toujours. J’ai été élu deux fois sur la base de cette nationalité-là. Cela a été vérifié par 180 députés. Donc je n’ai absolument aucun problème là-dessus. Maintenant les Camerounais ne sont pas dupes. Puis ils auront le pouvoir de choisir celui qu’ils veulent. En tout cas, cela m’a permis de comprendre aussi que ma candidature fait problème au niveau du régime. Et je pense que nous nous réjouissons aujourd’hui que le régime ait besoin de distiller ce genre d’information parce que cela nous démontre qu’ils sont paniqués et qu’ils ont peur de ma candidature. C’est pour cela qu’ils doivent trouver des échappatoires pour essayer de me bloquer.

    Vous êtes aussi un opérateur économique de Douala. Que répondez-vous aux députés du parti au pouvoir RDPC qui disent qu’on ne peut pas être à la fois, comme vous, un dénonciateur de ce que vous appelleriez « l’apartheid » au Cameroun et un homme d’affaires qui conclut des marchés publics avec l’Etat camerounais et la présidence camerounaise ?

    Ce sont des affirmations mensongères. Jamais de toute ma vie et de toute la vie des entreprises, nous n’avons émargé de la dépense publique. Nous n’avons jamais souscrit un marché public. Je n’ai jamais été payé par l’Etat du Cameroun pour les activités commerciales que j’entreprends. Donc ce sont des affirmations en dessous de la ceinture tout simplement pour essayer, parce qu’on ne trouve pas d’autres moyens politiques, de stopper la dynamique que nous avons créée. J’invite mes adversaires politiques à venir me retrouver sur le terrain politique au lieu de trouver des échappatoires en dessous de la ceinture. Je n’ai jamais participé à un marché public quel qu’il soit.

    Le congrès du SDF, qui vous a élu la semaine dernière à Bamenda, s’est tenu sous la menace des indépendantistes anglophones qui vous accusent de collaborer à des élections perdues d’avance, et donc qui vous accusent de trahir leur cause.

    Nous ne faisons pas partie de cette cause-là. Nous reconnaissons le fait que les Anglophones au Cameroun sont marginalisés par ce régime. Nous reconnaissons que les Anglophones ont réussi à s’organiser pour démontrer la marginalisation et que les Anglophones ont un problème avec le contentieux historique de ce pays. Nous reconnaissons le fait qu’il faut trouver une solution et nous ne sommes pas dans l’agenda des sécessionnistes. Nous n’avons pas comme ambition de scinder ce pays, mais plutôt de le réunifier à travers cette élection. Et nous pensons que la meilleure chance passe nécessairement par l’élection présidentielle où nous pourrons revisiter la forme de l’Etat et la nature de l’Etat. Ces indépendantistes auraient plutôt intérêt à ce qu’il y ait un leadership à Yaoundé avec qui ils peuvent discuter, avec qui on peut régler une partie de leurs problèmes pour pouvoir reconstruire la Nation qui est la nôtre.

    Vous voulez dire qu’il y a un problème de leadership aujourd’hui ?

    Il y a un grave problème de leadership au Cameroun. Le Cameroun n’est pratiquement plus dirigé. C’est pour cela que ça vole en éclats de partout, dans le Nord, à l’Est, au Sud-Ouest, au Nord-Ouest. Si vous avez un conflit aussi grave que celui qu’on a aujourd’hui entre des séparatistes, qui sont des extrémistes du côté anglophone, et le régime de Yaoundé, qui est aussi sur une position extrémiste, par rapport à tous ceux comme moi qui pensent qu’on doit bâtir la Nation camerounaise, il faut qu’il y ait des modérés qui arrivent au pouvoir pour pouvoir réconcilier tous ces bords.

    Mais quand vous parlez de « revisiter la forme de l’Etat », à quoi pensez-vous ?

    Nous pensons que la seule proposition qui peut être intéressante aujourd’hui, c’est le fédéralisme. Nous sommes dans la décentralisation depuis presque trente ans, cela ne marche pas. Le seul moment où il y a eu des avancées politiques dans les libertés et autres, c’est quand nous étions une fédération. Nous proposons une République fédérale.

    Le jour de votre congrès à Bamenda, les indépendantistes ont appelé les habitants à observer une journée ville morte qui a été suivie. N’est-ce pas la preuve que le SDF perd du terrain face aux indépendantistes ?

    Nous avons tenu un congrès ordinaire, et par la suite un congrès extraordinaire sur trois jours à Bamenda, qui ont nécessité une quinzaine de jours de préparation. D’autres partis politiques, notamment celui au pouvoir, ont voulu tenir juste un meeting de trente minutes et toute la ville était à feu et à sang. Je pense plutôt que ce que nous avons fait est une démonstration que nous sommes proches des populations. Vous savez aujourd’hui, il ne faut pas confondre entre le respect des mots d’ordre et la peur. Il y a plutôt une psychose dans la population aujourd’hui parce que l’armée n’arrive pas à se protéger elle-même vu le nombre de victimes qu’elle a. Donc ce que j’ai constaté, c’est que les populations avaient peur et c’était par simple peur qu’il y avait quelques boutiques fermées et c’est surtout autour du lieu ou du site de la maison du parti et du palais des congrès de Bamenda que les boutiques étaient fermées. Mais dans le reste de la ville, les boutiques étaient ouvertes.

    Vous n’êtes pas le seul candidat de l’opposition. Il y en a beaucoup d’autres et notamment Maurice Kamto du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et Akere Muna de la Plateforme pour une nouvelle République. Est-ce que dans une élection à un seul tour, vous n’êtes pas en train de disperser les voix de l’opposition ?

    En 1992, il y avait plusieurs candidats aussi. Et le candidat du SDF qui était soutenu par plusieurs autres partis politiques à l’époque était passé. Donc il y aura toujours plusieurs candidats.

    Maître Akere Muna dit que vous êtes son ami et que vous êtes son « petit frère », sous-entendu : c’est lui votre aîné…

    Ça fait 60 ans que les aînés dirigent ce pays et il est temps maintenant que ceux qui travaillent et paient des impôts, la jeunesse de ce pays, et qui peuvent porter des projets d’avenir, que ceux-là gouvernent ce pays. Il a raison de rappeler à vos auditeurs que je suis son petit frère. Et j’espère qu’il le pensera vraiment quand il faudra prendre la décision de soutenir ma candidature. Maintenant, je le dis, nous n’en avons pas parlé. On a encore du temps devant nous, on pourra en parler. Et ce qui est important, c’est que j’aimerais bien que, si on en parle, il se rappelle que je suis le petit frère. Il s’agit d’un changement générationnel et que ce changement générationnel est aussi important que la transition démocratique qu’on essaie de causer.


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