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    Au Mali, «il est urgent de s'attaquer à la corruption des élites», estime Moussa Mara

    Moussa Mara en 2014, alors qu'il était Premier ministre du Mali. AFP/Fabien Offner

    Depuis sa visite explosive à Kidal, le 17 mai 2014, c'est l'un des hommes politiques maliens les plus controversés. Aujourd'hui, Moussa Mara s'explique. A l’époque, en 2014-2015, il était Premier ministre. Aujourd'hui, à l'âge de 43 ans, il prépare la présidentielle du 29 juillet prochain et publie aux Éditions universitaires européennes « Le Mali entre vents et marées 2015-2017 ». De passage à Paris, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    Nouvelles violences au Mali : quatre casques bleus tués dans la région de Mopti le 28 février, six militaires et un garde forestier tués dans la zone de Ségou le 27 février. Comment mettre fin à cette guerre interminable ?

    Moussa Mara : Cette guerre interminable est la suite d’une situation avec un accord de paix qui n’est pas suffisamment ou pas du tout mis en œuvre sur certains de ses aspects importants. Tant que notamment le désarmement des groupes armés et les réformes institutionnelles et de gouvernance ne sont pas mis en œuvre, il va être très difficile de mettre fin à cette tuerie quotidienne qu’il faut déplorer.

    Il faut appliquer les Accords d’Alger [2015] ou il faut les réviser ?

    Il faut appliquer les Accords d’Alger. Les Accords d’Alger aujourd’hui ne sont pas appliqués à, je vais dire, 15%.

    A qui la faute ?

    La faute au gouvernement malien puisque les réformes doivent être conduites par le gouvernement, sous l’égide du gouvernement. Ces réformes ne sont pas conduites. Et quand il y a une tentative, comme cela a été le cas au mois de septembre dernier avec le vote du Code de collectivités locales, cette tentative marque clairement une régression, car le Code de collectivités locales met les régions encore plus sous tutelle de l’Etat. Donc on s’éloigne même de l’accord de paix en voulant l’appliquer.

    L’armée malienne est accusée elle aussi de commettre des crimes depuis le 21 février. On est sans nouvelles de sept civils peuls, enlevés par l’armée dans la région de Ségou. N’est-on pas en train d’entrer dans le terrible cycle attaques-représailles ?

    Absolument. Les exactions de nos forces armées et de sécurité nous éloignent de la confiance des populations qui est indispensable à tout progrès, et notamment à la lutte contre le terrorisme. Et l’impunité ne doit plus avoir droit de citer dans notre pays. Le gouvernement a dit clairement qu’il va diligenter des enquêtes. Il est souhaitable que ces enquêtes soient menées jusqu’au bout, que des sanctions soient prises et soient portées à la connaissance et de la communauté nationale et communauté internationale.

    « Le Mali entre vents et marées-2015-2017 », c’est le titre de votre dernier ouvrage paru aux éditions universitaires européennes. C’est un recueil de tribunes que vous avez publié dans la presse malienne et africaine ces trois dernières années. Et dans l’une d’entre elles, intitulée « Lutte contre la corruption, agissons », vous écrivez « plus que le conflit au Nord, plus que l’insécurité, la corruption est le problème principal du Mali »…

    C’est absolument exact. Aujourd’hui, il est beaucoup plus urgent de s’attaquer profondément à la corruption, et notamment la corruption des élites. Il n’est pas concevable que, pour un pays comme le Mali qui est aidé, un pays où une bonne partie de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, il y ait une toute petite minorité qui continue à s’enrichir et au vu et au su de tout le monde.

    A la fin de l’année 2012, au moment où tout le nord de votre pays était occupé par des forces rebelles, vous avez publié cette tribune : « Et si le Mali y allait seul ou presque » [à la reconquête du Nord]. Mais vu l’état de votre armée à l’époque, est-ce que ce n’était pas totalement utopique, est-ce qu’on ne peut pas dire que Moussa Mara est un doux rêveur ?

    C’était en plein 2012, comme vous l’avez dit effectivement. Il y a beaucoup de réalités de nos forces armées et de sécurité qu’on méconnaissait véritablement. Donc il est clair que certaines de nos positions de l’époque peuvent paraître un peu surréalistes aujourd’hui. Mais le plus important à mon avis, c’est qu’est-ce qu’on peut faire aujourd’hui en 2018 pour arriver à une réconciliation réelle, une décentralisation effective avec moins de pression sur le centre et la capitale Bamako, plus de possibilités aux régions et aux provinces de pouvoir se prendre en charge pour pouvoir régler les problèmes des Maliens partout où ils se trouvent.

    Vous n’êtes pas seulement un expert-comptable et un essayiste, vous êtes aussi un homme politique. Vous avez été le maire de la commune IV de Bamako, vous avez été candidat à la présidentielle de 2013, vous êtes arrivé 11e sur 24. Puis vous avez été Premier ministre en 2014. Et le 17 mai de cette année-là, votre passage à Kidal a provoqué un très grave conflit armé, au moins 56 morts dans les rangs de l’armée et de l’administration maliennes. Est-ce que vous n’avez pas commis ce jour-là une grave faute politique ?

    Je ne le pense pas parce que d’abord la visite à Kidal était une visite sous la direction et selon les instructions du chef de l’Etat. Ensuite, c’est une visite qui a été organisée pour nous assurer que les préfets, les directeurs régionaux qui étaient à Kidal au service des Kidalois qui sont des Maliens comme les Sikassois et les Kaysiens, que ces services étaient effectivement rendus et que ces agents bénéficiaient de tous les moyens pour faire ce qu’ils doivent faire au service des Kidalois. Donc une mission qui à l’origine était destinée à améliorer le sort des Kidalois. Nous n’avions aucune intention de provocation. Ce sont les groupes armés présents à Kidal qui se sont attaqués à notre délégation, tuant des civils et tuant des serviteurs de l’Etat.

    Les députés maliens, dans un rapport rendu public deux ans et demi plus tard, en décembre 2016, disent que plusieurs autorités maliennes, françaises, onusiennes vous avaient prévenu du caractère très dangereux de votre visite à Kidal…

    Cette visite a été préparée, comme je l’ai dit, avec l’ensemble des responsables de l’Etat, notamment les forces armées et de sécurité, sous l’égide du chef de l’Etat.

    Mais quatre ans après, vous ne regrettez pas ?

    Je regrette et je déplore les pertes en vie humaine. Je pense qu’il faut présenter les condoléances aux familles, et faire en sorte que les ayants droit aient ce qu’ils méritent. Mais quand il s’agit de servir l’Etat, il faut être prêt à le faire au risque de sa vie. Et je pense que c’est ce que j’ai fait.

    Ne craignez-vous pas qu’on dise : Moussa Mara est un va-t-en-guerre ?

    Moussa Mara n’est surtout pas un va-t-en-guerre. Je n’ai jamais posé dans ma carrière une ambition de guerre, c’est sûr. Aller dans une visite, en tant que chef du gouvernement, pour servir les populations, c’est cet acte qui a été posé.

    Que répondez-vous à ceux qui disent : vous êtes de ceux qui exaltent un fort nationalisme bambara qui empêche peut-être la réconciliation malienne ?

    J’ai dit tout à l’heure que ce qui est souhaitable dans notre pays, c’est qu’il y ait une forte décentralisation pour que la grande diversité malienne, pour que tous les Maliens puissent vivre en harmonie là où ils veulent. Et c’est tout le contraire de ce qui vient d’être dit. Moi je suis d’une famille qui est métissée à plusieurs titres : ma mère aujourd’hui est mariée à un tamasheq du Nord. Quelqu’un qui est de cette extraction-là, on ne peut pas le soupçonner d’être ethniciste ou de militer pour la prédominance d’un groupe sur un autre.

    Dans une tribune intitulée « Pourquoi le Niger s’en sort mieux que le Mali », les chercheurs français Yvan Guichaoua et Mathieu Pellerin écrivent « Au Niger la construction étatique post-indépendance ne s’est pas appuyée sur un socle ethnique exclusif, comme au Mali où un fort nationalisme bambara continue d’imprégner la vie politique. Aujourd’hui les identités ethniques apparaissent nettement moins polarisées au Niger qu’au Mali ». Qu’en pensez-vous ?

    Je ne partage pas du tout cette analyse. Notre pays, jusqu’à récemment et encore aujourd’hui, est un pays où on ne regarde presque jamais l’ethnie de quelqu’un avant de le désigner à un poste de responsabilité et où les élections ne sont pas ethnicisées non plus, aujourd’hui encore dans le recrutement de la fonction publique. Le Mali n’est pas un Mali ethnique ou divisé ethniquement. Il est clair que la langue bambara par exemple est une langue qui est une langue dominante, comme c’est le cas du Wolof au Sénégal ou d’autres langues. Mais les Maliens se marient entre eux, les Maliens commercent entre eux depuis des siècles et des siècles, et c’est encore le cas aujourd’hui.

    Maintenant, c’est cet avantage que nous devons mettre en avant pour lui donner un cadre institutionnel approprié. On ne peut pas gérer Kidal, la région de Kidal, de la même manière qu’on gère la région de Ségou ou de Kayes. On ne peut pas avoir une relation entre une administration à Kidal, à Mopti ou à Sikasso de la même manière. Les gens ont des conceptions philosophiques des fois différentes. Donc c’est parce que justement l’Etat postcolonial, à partir des indépendances, a voulu gommer les identités et a voulu être un Etat unitaire fort, sans aucune possibilité aux identités de s’affirmer, que nous avons des rebellions récurrentes.

    Il faut qu’on fasse en sorte que, dans une région déterminée, Kidal, Tombouctou ou Gao, 80 à 90% des services, les populations puissent l’avoir à partir de leur région, ne soient pas obligées de venir à Bamako pour se soigner, ne soient pas obligées de venir à Bamako pour s’éduquer et se former. Aujourd’hui, Bamako est la ville en Afrique dont le taux de progression est le plus élevé, ce n‘est pas pour rien ! Il faut qu’on fasse en sorte que le Tamasheq, l’Arabe, le Senoufo puisse croire en des lendemains meilleurs sur son espace de vie avec des autorités qu’ils désignent et qui ont le pouvoir et les moyens nécessaires de pouvoir satisfaire les populations sur l’espace où ils vivent.

    Le problème du Mali est beaucoup plus un problème d’Etat qu’un problème de société. Et c’est ce qu’il faut réformer profondément dans le cadre des prochaines échéances qui s’annoncent, une vraie décentralisation.

    Les prochaines échéances, la présidentielle, c’est le 29 juillet. Vous serez candidat ?

    Je milite pour un vrai changement au sein d’un groupe qui doit désigner un candidat pendant le mois de mars. Je peux être ce candidat comme quelqu’un d’autre peut être ce candidat. Mais ce qui est le plus important, c’est ce vrai changement, le rajeunissement du leadership dans un pays où 80% de la population n’a pas 35 ans et où aujourd’hui l’essentiel de la classe politique a plus de 65 ans. Il faut rajeunir et renouveler. Que cette candidature soit portée par moi ou par une autre personne, c’est le changement qui sera le plus important.

    Dans le groupe auquel vous appartenez, il y a l’ancien Premier ministre Cheick Modibo Diarra, qui a été ingénieur à la NASA [de 1989 à 2002, il a piloté le vol vers Mars de la sonde Pathfinder]. Est-ce que vous pourriez faire une alliance plus large encore ?

    Oui, l’alliance contient des anciens ministres et quelques responsables qui sont neufs dans la politique malienne, qui viennent de l’extérieur comme Hamadoun Touré qui a été secrétaire général de l'IUT [Union internationale des télécommunications], Modibo Koné qui a travaillé à la BOAD [Banque ouest-africaine de développement]. Il y a aussi quelques profils aussi atypiques comme l’homme d’affaires Aliou Boubacar Diallo. C’est ce groupe aujourd’hui qui porte le changement.

    Donc pas d’alliance avant le premier tour avec Soumaïla Cissé, l’homme qui avait mis Ibrahim Boubacar Keïta, IBK, en ballottage ?

    Absolument. Nous estimons que Soumaïla Cissé en l’occurrence, mais aussi d’autres cadres de la politique malienne, font partie du système qui a dirigé notre pays depuis une trentaine d’années. Donc pas d’alliance au premier tour. Et il y aura sans doute une éventualité d’alliance au deuxième tour pour que celui d’entre nous qui sera devant, Soumaïla ou moi ou une autre personne, puisse être soutenu par les autres pour amener le changement au Mali.


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