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    Burkina Faso: pour son honneur, et par patriotisme…

    L’ancien président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, vit exilé en Côte d’Ivoire. © AFP/Issouf Sanogo

    Au lendemain de la double attaque terroriste survenue à Ouagadougou vendredi 2 mars, Blaise Compaoré est sans doute celui qui pourrait, le mieux, aider à mettre un terme aux attentats à répétition dont est victime le Burkina Faso, son pays. Mais pas pour un quelconque bénéfice personnel, précise Jean-Baptiste Placca, éditorialiste Afrique de RFI.

    Jean-Pierre Monzat : Ouaga à nouveau victime d’un attentat. Et ce 2 mars, ce fut sans doute le plus violent que la capitale burkinabè ait connu, puisqu’il a frappé, simultanément, l’ambassade de France et l’état-major général des forces armées burkinabè. Quelles conséquences cet attentat peut-il avoir sur la situation politique du pays ?

    Jean-Baptiste Placca : Les Burkinabè demeurent solidaires, et si les terroristes espéraient fragiliser le pouvoir, par rapport à l’opinion, ils ont échoué. En tout cas sur ce plan précis. Par contre, le pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré, lui-même, a forcément été ébranlé, et peut être frappé par le doute, un doute plus grand que celui dans lequel il se trouvait déjà, du fait de la disparition de son stratège, Salif Diallo.

    Peut-on, pour autant, imaginer que ces attentats rendent possible un éventuel retour de Blaise Compaoré au pays, sinon au pouvoir ? L'intéressé a perdu le pouvoir, pour avoir, lui le stratège, un peu perdu le contact avec les réalités. Trop de succès diplomatiques au niveau sous-régional, un sentiment de toute-puissance, l’ont un peu grisé, au point de lui avoir fait croire à une forme d’immortalité politique.

    Mais depuis, il a eu le temps de méditer sur sa disgrâce et sait qu'il ne peut espérer revenir au pouvoir au Burkina. Ne serait-ce qu’au regard de la violence du rejet dont il était l’objet au moment de sa chute. Les Burkinabè seraient encore capables de se mobiliser pour le repousser, comme ils l’ont d’ailleurs fait, au moment du coup d’Etat de septembre 2015.

    Il est vrai que les hommes politiques qui perdent le pouvoir mettent de longues années à réaliser qu’ils ne sont plus chefs d’État. Mais Blaise Compaoré, dans ses rêves les plus fous, ne peut imaginer que ses concitoyens se mettent, soudain, à le désirer à nouveau. S’il a quoi que ce soit à voir avec l’attentat de ce 2 mars, il ferait mieux de ne pas s’en glorifier.

    Zéphyrin Diabré, le leader de l’opposition burkinabè, s’est montré, une fois encore, solidaire du gouvernement, et ne l’a pas accusé d’incompétence. Comment expliquer qu’il ne se saisisse pas de ces attentats pour critiquer la politique menée par les autorités ?

    Il faut préciser qu’il y a, dans l’opposition burkinabè, deux branches radicalement opposées : celle incarnée par Zéphyrin Diabré, qui est responsable et sait prendre de la hauteur, et celle née de l’héritage du pouvoir de Blaise Compaoré, anciennement le parti au pouvoir, qui a, naturellement, une revanche à prendre sur l’histoire.

    Zéphyrin Diabré a régulièrement fait la preuve de sa dimension d’homme d’Etat. Et l’homme d’Etat, au Burkina comme aux Etats-Unis ou en France, ne peut se saisir d’un attentat terroriste pour décréter que ceux qui sont au pouvoir sont incompétents. Car les attentats terroristes n’épargnent aucun gouvernement, et ce serait une faute politique grave que de les exploiter à des fins politiciennes. Ceux qui le font finissent un jour ou l’autre par le payer, très cher.

    Quant à l’ancien parti au pouvoir, il doit être bien embarrassé…

    Eh oui ! D'autant qu’une partie de l’opinion n’est pas loin de penser que ces attentats à répétition pourraient être un service rendu par les terroristes à Blaise Compaoré. Puisque, du temps du « règne » de celui-ci, les terroristes avaient table ouverte à Ouaga 2000.

    Et il est, au minimum, troublant de noter que jamais, du temps du pouvoir de Blaise Compaoré, les attentats terroristes ne frappaient le Burkina. Mieux, les leaders terroristes participaient à la diplomatie secrète de Blaise Compaoré, en l’aidant, notamment, dans la libération des otages.

    Ce n'est donc pas une politique sécuritaire particulière de Blaise Compaoré qui valait au Burkina d'être à l'abri des attentats, mais l'ascendant que le président du Faso avait sur les jihadistes. Nul ne sait qui, parmi ceux qui circulaient en liberté à Ouaga, étaient d'honorables leaders politiques, et qui, parmi eux, étaient des commanditaires de prises d'otages, donc, destinataires des millions d'euros de rançons.

    Peut-on penser, comme le font, du reste, certains, qu’une réhabilitation de Blaise Compaoré fasse cesser, illico presto, les attentats au Burkina Faso ?

    Non, parce que le prix de la quiétude était une certaine collusion avec les terroristes, qui évitait au Burkina d'être dans l’œil du cyclone jihadiste. Blaise Compaoré pourrait donc aider son pays, aujourd'hui, en parlant aux chefs terroristes, ses anciens amis, par patriotisme.

    Il pourrait leur demander d’épargner son peuple. Car, ce sont les Burkinabè qu’ils tuent. Et l’on imagine que l’ancien président du Faso peut aider à mettre un terme à ces attentats, non pas pour un quelconque bénéfice politique personnel, mais pour son honneur, et par patriotisme.

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