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    Burkina Faso: «La construction nationale n'est pas achevée»

    Entre les attentats du vendredi 2 mars et les divers incidents, Ouagadougou est plongée dans la fébrilité. Ahmed OUOBA / AFP

    Le Burkina est toujours sous le choc, quelques jours après le double attentat terroriste qui a frappé Ouagadougou, la capitale, vendredi 2 mars. Cette attaque qui a fait sept morts et 80 blessés a été revendiquée par le GSIM, le Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans proche d'al-Qaïda au Maghreb islamique. Depuis 2015, le Burkina est la cible de nombreuses attaques terroristes dans la capitale, mais aussi dans le nord du pays. Selon des sources sécuritaires, plusieurs assaillants de l'attentat de vendredi étaient de nationalité burkinabè. Pourquoi le terrorisme islamiste se développe au Burkina ? Eléments de réponse avec Lazare Ki-Zerbo, philosophe burkinabè, et vice-président de l'association Dialogue sans frontières.

    RFI: Lazare Ki-Zerbo, les assaillants du double attentat qui a eu lieu vendredi à Ouagadougou sont pour la plupart burkinabès. Est-ce que cela vous surprend ?

    Lazare Ki-Zerbo: Je pense que pour comprendre cela, il faut se référer à beaucoup d’aspects qui sont en fait des dysfonctionnements structurels que l’on a eu peut-être tendance à négliger dans nos Etats. Vous savez, il y a quarante ans, en 1978, le Burkina Faso était presque un modèle de démocratie, avec une élection avec ballotage. Aujourd’hui, nous avons un paysage complètement différent. Pourquoi ? C’est qu’il y a eu un certain nombre de facteurs. Il y a eu la sécheresse, donc l’appauvrissement des populations. Il existe des solutions. Encore faut-il que nos Etats aient la volonté de mettre l’accent sur le développement régional, la décentralisation. Il est clair que, quand on n’a pas d’infrastructures routières, quand on n’a pas des équipements pour impulser le développement local et régional, petit à petit, de larges pans de la population sont des exclus de ce développement. Cela doit nous faire prendre conscience que la construction nationale que sont censés impulser nos Etats, n’est pas achevée. Et lorsqu’il y a vraiment des déséquilibres régionaux, des inégalités régionales ou des inégalités sociales, cela sert de brèche pour que les forces négatives s’engouffrent, et donc, contribuent à déstabiliser nos Etats.

    Est-ce qu’on peut parler aujourd’hui d’une radicalisation d’une partie de la jeunesse du Burkina ?

    Dans l’espace sahélien, qui correspond grosso modo à la boucle du Niger, où il y a eu de grands empires multinationaux, avec des peuples différents, des langues différentes, cette culture de la cohabitation pacifique des peuples et des communautés est vraiment présente. Maintenant, s’il y a des facteurs attractifs, tel que l’argent qui rentre en ligne de compte, cela peut être, effectivement, des ingrédients qui vont contribuer à mobiliser les jeunes. Maintenant, je ne voudrais pas que l’on considère que les sociétés du Sahel sont en voie de radicalisation. Je pense qu’il y a des minorités extrêmement actives, qui ont des moyens colossaux – financiers, mais aussi en termes d’équipement militaire –, qui leur viennent de la destruction de la Libye, mais aussi des sommes qu’elles ont pu accumuler par une série de trafics, qui font qu’elles ont puissance qui est presque incommensurable par rapport au budget de nos Etats.

    Depuis 2017 il existe un mouvement terroriste burkinabè. Je parle d’Ansarul Islam, le groupe de Malam Dicko. Ce mouvement est très spécifique à la province du Soum. Il s’appuie, d’ailleurs, sur des fractures sociales locales. Est-ce que cet exemple-là, on pourrait redouter de le voir s’élargir à d’autres provinces du Burkina ?

    Nous sommes dans une phase du déséquilibre qui apparaît. Je me refuse à considérer que ce sont des mouvements installés avec vraiment une revendication ancienne. Je pense qu’il ne faut pas aller trop vite en besogne. C’est vrai qu’il y a dans toutes les sociétés sahéliennes des problèmes de hiérarchisation. Il y a parfois des problèmes de castes, il y a parfois des problèmes d’esclaves ou d’anciens esclaves, mais il serait peut-être prématuré de considérer que ces mouvements-là ont été structurés de l’intérieur pour porter ces revendications. Parce que, malgré ces problèmes sociaux, le Burkina n’est pas au bord de l'implosion. Il n’y a pas une demande sécessionniste récurrente au nord du Burkina. Donc, je pense qu’en termes d’échelle, les questions qui se posent dans le Soum, sont très différentes des questions qu’on voit dans le nord du Mali ou éventuellement au Niger. Donc, pour moi, sans vouloir tomber dans un optimisme béat, il y a des mécanismes de cohésion sociale que l’on a inventés au Burkina pour régler ou résoudre ces contradictions qui apparaissent.

    Mais est-ce que ces mécanismes de cohésion dont vous nous parlez sont véritablement utilisés par les autorités pour désamorcer les conflits et d’éventuelles radicalisations ? Parce qu’on a plutôt l’impression que la réponse apportée, pour le moment est essentiellement sécuritaire et elle est incarnée, entre autres, par le G5 Sahel.

    On est dans une spirale infernale. Je pense qu’aujourd’hui, nos Etats au-delà de la réponse militaire qui essaie de structurer le G5, doivent beaucoup travailler sur la question - par exemple, culturelle -, dans nos sociétés. C’est-à-dire en termes de langue. Est-ce qu’aujourd’hui, au Burkina, le monde peul, le monde du nord qui n’est pas seulement peul, il y a les Songhaï, etc., – je veux surtout parler de l’expression de la diversité culturelle dans nos sociétés –, est-ce que vraiment, d’abord on donne l’autonomie pour que – comme le prévoient les traités internationaux –, on permette dans l’éducation la scolarisation, que les communautés puissent scolariser leurs enfants dans certaines langes ? Deuxièmement : est-ce qu’on facilite des mécanismes d’échange entre les jeunes citoyens et entre tous les citoyens venant de ces régions diverses ? Je pense que ça, ce sont des questions fondamentales. Et il faudrait en quelque sorte une composante culturelle et sociale du G5. Pour moi, le G5 ne peut pas travailler sans l’Uemoa ou sans la Cédéao. Parce que, c’est par des politiques économiques et culturelles que l’on va essayer de déraciner les fondements de la division et de l’antagonisme mutuel entre les communautés.


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