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    Mathieu Pellerin: «Les groupes jihadistes étendent leur influence vers le sud» au Sahel

    Des membres des forces de sécurité burkinabè près de l'Institut français de Ouagadougou alors que la capitale burkinabè est ciblée par des attaques, vendredi 2 mars. Ahmed Ouoba / AFP

    Une semaine après la double attaque qui a frappé Ouagadougou vendredi 2 mars, contre l'état-major général des armées et l’ambassade de France, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a annoncé qu’il se rendrait la semaine prochaine au Burkina Faso. Dans une tribune publiée récemment dans le quotidien Le Monde, un collectif de chercheurs demande à la France de rompre avec la rhétorique martiale qui prévaut au Sahel. Parmi les signataires, Mathieu Pellerin, chercheur au Centre Afrique de l’IFRI, l’Institut français pour les relations internationales.

    RFI: Avec cette double attaque de Ouagadougou, a-t-on changé d’échelle ?

    Mathieu Pellerin: Je serais tenté de vous répondre oui et non. Non parce que l’immense majorité des attaques perpétrées par les groupes jihadistes jusqu’à aujourd’hui l’ont été contre des cibles militaires. En revanche effectivement, l’ampleur de l’évènement est nouveau. C’est la première fois qu’un état-major et une ambassade sont ciblés simultanément, avec des moyens importants et dans une capitale sahélienne.

    Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), le groupe de Iyad Ag Ghaly, a revendiqué des attaques, affirmant avoir agi en représailles à une opération française au Mali. C’est vrai qu’en ce moment, la France et le Mali exercent une pression militaire très forte sur ce groupe. Est-ce que cette double attaque doit conduire à une remise en cause de cette stratégie ?

    Il ne me revient pas de dire qui doit faire quoi, mais je constate simplement que la stratégie actuelle montre ses limites. Cette double attaque démontre qu’en dépit de très lourdes frappes, comme celles perpétrées par la France à Tin-Zaouatène qui ont tué plusieurs hauts cadres du groupe, ce groupe garde une résilience certaine. Et finalement, c’est ce qu’on observe depuis 2013 avant même cette frappe, vous aviez eu de très hauts cadres d’Aqmi, d’al-Mourabitoune et d’Ansar Dine qui avaient été tués ou arrêtés. Et pourtant, regardez les chiffres : la menace ne cesse de s’étendre géographiquement et d’être de plus en plus létale. Sans compter qu’au-delà de l’attaque de Ouagadougou que vous mentionniez, il faut aussi observer comment les groupes jihadistes évoluent, et actuellement ils étendent progressivement leur influence vers le Sud, l’est et l’ouest du Burkina Faso, le sud du Mali. Donc la stratégie en tout cas montre ses limites et peut-être qu’il serait bienvenu d’imaginer d’autres options.

    Il faut sorti du tout sécuritaire, selon vous. C’est une spirale ?

    Je ne suis pas naïf et la pression militaire fait partie d’un arsenal plus large à la disposition des Etats. Et il ne faut pas complètement l’abandonner. Mais pour la France, il est évident que la stratégie actuelle de responsabiliser les forces armées et de police nationales au niveau du G5 Sahel, c’est sans doute la bonne approche. En revanche, le pendant de cette responsabilisation militaire, ça devrait être à mon sens de laisser aussi la possibilité aux Etats de définir ce qu’est la stratégie à l’égard de ces groupes. Je dirais qu’il y a un paradoxe qui est assez révélateur, c’est que d’aucuns considèrent que le jihadisme au Sahel est beaucoup moins religieux que social, économique ou communautaire, certains en disant que ce ne sont pas des jihadistes mais des bandits etc. mais alors si c’est le cas, pourquoi refuser obstinément de parler avec eux.

    Vous parlez donc de la nécessité d’ouvrir des négociations. Des négociations avec qui, avec quelqu’un comme Iyad Ag Ghaly ?

    Je ne sais pas, peut-être. En tout cas, vous avez deux manières classiques de négocier avec des groupes comme ceux-là. Soit vous ciblez le plus haut niveau hiérarchique de l’organisation, et à ce moment-là, vous rentrez dans une discussion et un processus de négociation en vue de démobiliser tout le groupe, ou alors vous négocier simplement avec des branches de ce groupe afin de le diviser et ensuite de l’affaiblir militairement. Donc on peut négocier avec tout le monde, le tout c’est d’avoir la volonté politique à la base, de ne pas éprouver de blocage de la part éventuellement d’autres Etats. Mais voilà, cela relève de choix souverains des Etats.

    Avec une rébellion, on peut négocier l’autonomie d’une région, des postes dans un gouvernement. Mais qu'y a-t-il à négocier avec ces groupes jihadistes ?

    Il faut leur parler pour savoir. Je pense que cela peut être composite, c’est-à-dire que vous avez sans doute au niveau de la très haute hiérarchie de ces groupes des revendications du départ des forces internationales, sans doute aussi la non militarisation du nord du Mali par les forces armées maliennes. Puis des révisions touchant à la laïcité, à la charia. Pour ce qui est ensuite de la composition de ces groupes, et notamment du corps combattant, là sans doute qu’il peut y avoir d’autres options plus classiques touchant à la réintégration civile. C’est quelque chose qui peut aussi être envisageable.

    C’est une idée qui fait son chemin à Bamako, y a-t-il des contacts qui se nouent ? Qu’en dit le gouvernement ?

    Vous avez au niveau du Mali, du Burkina et du Niger, des initiatives qui sont portées soit par la base, soit qui ont été impulsées à un plus haut niveau, mais qui jusqu’ici ont été embryonnaires et n’ont pas permis franchement d’établir un contact constructif. Il y a, semble-t-il aussi, un message un peu brouillé notamment du côté malien, où vous avez une impulsion lors de la conférence d’entente nationale l’an dernier, qui a ouvert la voie à la discussion avec ces groupes ; ensuite la désignation d’une Mission des bons offices qui est dirigé par l'imam Mahmoud Dicko ; puis aujourd’hui, effectivement un discours un peu plus dur de la part du président Malien. Récemment dans une interview, il a mentionné qu’il était hors de question de discuter avec ces groupes jihadistes. Manifestement, on ne sait pas trop et il est difficile de se prononcer sur le soutien dont bénéficient les quelques initiatives qui sont initiées çà et là actuellement.

    Pourtant, selon vous, les accords d’Alger sont obsolètes, sont inadaptés ?

    Oui, ils sont inadaptés parce qu’ils négligent deux éléments essentiels, c’est d’une part le narcotrafic et l’influence des groupes jihadistes. Et je rajouterais aussi qu’il y a certaines recettes qui ne sont pas obsolètes comme la décentralisation ou le processus DDR [Démobilisation, désarmement, réinsertion, ndlr], mais c’est plutôt la temporalité de leur mise en œuvre qui est aujourd’hui inadaptée. Il y a aussi un autre point qui est inadapté, c’est que les Accords d’Alger ont été signés alors qu’il n’y avait pas encore de mouvements armés dans le centre du Mali. Donc cela nécessite de pouvoir a minima négocier des accords additionnels ou ad hoc aux accords d’Alger pour pouvoir inclure les groupes qui sont constitués dans le centre du Mali.


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