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    Modibo Sidibé (opposant): «Le Mali a besoin d’une nouvelle autorité légitime»

    Modibo Sidibé, président des FARE, les Forces alternatives pour le renouveau et l'émergence et ancien Premier ministre d'Amadou Toumani Touré (Ici, en campagne pour la présidentielle malienne, le 19 juillet 2013). REUTERS/Joe Penney

    Invité de la rédaction, l'opposant malien Modibo Sidibé, ancien Premier ministre d'Amadou Toumani Touré et président des FARE, les Forces alternatives pour le renouveau et l'émergence. Sous l'action du Premier ministre Boubèye Maïga, la sécurité est-elle en passe de revenir dans le centre et le Nord-Mali ? Le 29 juillet, au premier tour de la présidentielle, l'opposition doit-elle présenter plusieurs poids lourds ? Modibo Sidibé sera-t-il lui-même candidat ? L'ancien Premier ministre appelle de ses vœux le plus large rassemblement pour battre Ibrahim Boubacar Keïta et donne les grandes lignes de ce qui ressemble fort à un programme de candidat.

    RFI : Le Premier ministre Boubèye Maïga a affirmé que l’Etat était de plus en plus présent dans le centre du pays. Des opérations militaires sont menées, comme celle de la semaine dernière qui a détruit une base jihadiste. Diriez-vous que Boubèye Maïga a repris les choses en main aujourd’hui ?

    Modibo Sidibé : Si aujourd’hui le gouvernement s’y engage, on lui donne crédit de cela. Mais nous attendons véritablement de voir comment le maillage se fait sur le terrain, de façon professionnelle. Nous estimons fortement également que les opérations puissent se dérouler dans le plus grand discernement et dans le respect des droits humains.

    Est-ce que les Maliens y comprennent quelque chose ? Il y a Barkhane, le G5-Sahel, la Minusma, la mission de formation de l’Union européenne au Mali, les forces spéciales américaines, bien sûr l’armée malienne. C’est un véritable millefeuille sécuritaire.

    Il y a un empilement, il est certain. Il appartient au gouvernement malien d’être à la barre, de donner de la cohérence et de la cohésion à tout cela.

    Vous êtes favorable à cette loi d’entente pour un retour à la paix ?

    Je n’ai pas encore l’ensemble des données de la loi d’entente. Nous sommes partie prenante d’un vrai dialogue national.

    Y compris avec des personnalités comme Iyad Ag Ghali ?

    Si le dialogue national est engagé, il va se préparer. C’est au peuple malien de déterminer qui vont être les composantes pour un dialogue inclusif.

    Tout en étant reconnaissant à la France pour ce qu’elle a fait, n’y a-t-il pas aujourd’hui un lourd agacement – c’est peut-être un euphémisme –, face à la rhétorique martiale de Paris ?

    Je crois que les questions de fond, c’est qu’il y a une certaine impatience de la part de tout le monde, y compris des partenaires du Mali. Cette impatience est fortement ressentie par nos populations, parce que les populations sont sans perspectives. Elles ne savent pas de quoi demain et après-demain sera fait. Et elles voient également autour d’elles se déliter tout ce qui a été leur référence de leur appartenance, de leur vivre en commun dans l’espace qu’elles ont toujours occupé. Donc, elles ont ces inquiétudes-là. Ce qu’il y a lieu de faire, c’est que très vite on sorte de là par deux voies qui nous semblent absolument importantes. La mise en œuvre de tout ce qui peut être le dispositif sécuritaire qu’on peut mettre en cohérence, en cohésion, de manière à ce que nous sortions de l’incertitude que nous avons aujourd’hui, pour essayer de faire en sorte que ce soit l’autre camp - les terroristes -, qui soit l’objet de cette incertitude. Deuxièmement : faire tout pour que l’ensemble des dispositifs des espaces qui seraient libérés de certaines présences, puissent tout de suite avoir la présence de l’Etat, de ses services sociaux, éducation, santé, mais dans un autre état d’esprit, qui est véritablement d’être au service des populations. De manière à ce que, en attendant qu’on redresse l’Etat à travers ce dialogue-là, il y ait un minium qui conforte les populations dans une espèce de pré-confiance en l’Etat. Mais cela ne peut se faire que si on a des élections crédibles et à date, si le Mali reste en démocratie et si le processus électoral, pas des élections idéales, pas des élections parfaites, mais des élections acceptables. A la fois parce que le maximum de Maliens y auraient participé, parce que, aussi, ce serait un processus transparent et crédible. Le Mali a besoin aujourd’hui d’une nouvelle autorité légitime.

    Le Premier ministre Boubèye Maïga a affirmé que les élections se tiendraient bien en juillet prochain. Vous, êtes contre, effectivement, un report ?

    Je dis : c’est bien de dire qu’on va faire les élections. C’est encore mieux – depuis le temps –, de dire très clairement quel est l’agenda, le chronogramme des différentes opérations électorales ? Qui doit faire quoi ? Comment ? Quand ? Donc, j’entends bien qu’il y a beaucoup de déclarations. Nous, nous voulons des faits.

    Est-ce qu’il y a le feu au sein de la maison IBK ? L’Adema - semble-t-il -, veut son propre candidat le 29 juillet ou est-ce une stratégie du président malien pour ratisser plus large pour un éventuel second tour ?

    Tout parti politique est libre d’avoir son candidat.

    Vous diriez quoi ? Ibrahim Boubacar Keïta est aujourd’hui isolé ?

    Je dirais qu’il perd du terrain.

    Y aura-t-il plusieurs candidats de l’opposition à la présidentielle à venir ?

    Probablement.

    Vous êtes contre une candidature unique ?

    La question n’est pas une candidature unique. Là, vous mettez la charrue avant les bœufs. L’alternance, oui. Mais pour quoi faire ? Et soyons clairs, aucun processus de sortie de crise qui ne soit pas malien, qui ne remet pas les Maliens au cœur de toute cette dynamique, aura peu de chances d’aboutir. La question est de savoir quel rassemblement le plus large, crédible et solide possible, pour répondre à ce que je viens de dire. Deuxièmement, en termes de stratégie est-ce qu’il ne vaut pas mieux avoir deux, trois candidats, obliger à un deuxième tour ?

    Donc, vous serez candidat, c’est un secret de polichinelle... Il y a aussi Soumaïla Cissé. Qu’est-ce qui vous sépare ?

    Ce n’est pas une question de secret de polichinelle. Ce n’est pas à vous que je vais déclarer ici que je suis dans la course. J’ai dit que pour nous le plus important, c’est le rassemblement. Mais notre détermination est grande. Et on veut que tout le monde sache qu’il y a des alternatives dans notre pays capables de reprendre le Mali en mains avec les Maliens et de lui tracer un autre destin que celui qu’on lui a fait jusqu’à présent.

    Vous définissez là un vrai programme politique, donc vous serez candidat.

    Vous êtes tenace. Laissez aux Maliens la primeur d’une telle information.

    En tout cas, vous n’êtes pas prêt à vous ranger sous la bannière de Soumaïla Cissé ?

    Est-il le seul candidat possible au Mali ?

    Je rappelle que vous êtes ancien Premier ministre d’ATT. Va-t-il se prononcer pour un candidat ? Doit-il le faire ? Peut-il se prononcer pour IBK ?

    Je sais que c’est un très grand patriote et il saura lui-même mesurer ce qu’il va faire ou ce qu’il ne va pas faire.


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