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    François Molins: «Il faut aborder l'antiterrorisme avec beaucoup de modestie»

    Le procureur de la République de Paris, François Molins. AFP/Ludovic Marin

    Améliorer le dispositif judiciaire dans la lutte antiterroriste, c’est l’objectif d’un colloque qui s’est tenu durant deux jours à Dakar. A huis clos, des juges, des procureurs, des enquêteurs, des agents des services secrets ont simulé des attaques terroristes et travaillé l’action judiciaire à mener. Parmi les intervenants, François Molins, le procureur de la République de Paris, chargé des dossiers terroristes qui évoque avec Guillaume Thibault, l’importance de la coopération judiciaire.

    RFI: Comment votre expérience peut-elle enrichir le terrain africain ?

    François Molins: Je dis toujours que la qualité de la coopération judiciaire peut être un facteur de réussite ou bien un facteur d’échec, dans la conduite des investigations. Nous n’avons donc pas le droit à l’erreur là-dessus et c’est effectivement tout le sens de la rencontre que nous avons aujourd’hui et qui nous permet de mieux connaître nos collègues africains, d’échanger avec eux et de prendre des contacts pour pouvoir multiplier ces relations, même sur un mode informel. Cela, pour mieux se connaître et échanger beaucoup plus rapidement dans la conduite des investigations après ou avant les attentats.

    On apprend de ses erreurs. Quels sont les premiers éléments sur lesquels vous dites : « attention il faut être très vigilant ! » ?

    Je n’ai pas de leçons à donner. Dans les bonnes pratiques, il fallait surtout aborder le problème de l’antiterrorisme avec beaucoup de modestie parce que c’est une quête perpétuelle. Il faut être perfectionniste en permanence, avoir le courage de se remettre en cause et, dans le cadre des attentats majeurs que nous avons connus en France, en 2015 et en juillet 2016 à Nice, avoir le courage de nous livrer, chaque fois, à un exercice qui est sans concessions que l’on appelle « retex » (des retours d’expériences). C’est un exercice qui consiste, à froid, après l’attentat et les premières investigations, à se réunir et à réfléchir pour essayer de déceler ce qui n’a finalement pas très bien fonctionné et ce qui mérite d’être corrigé, aussi bien sur les scènes du crime que sur le traitement des victimes. Nous avons vraiment, en effet, une obligation de résultats à l’égard des victimes, en termes de prise en charge et de traitement.

    Le président Macky Sall s’est inquiété, en fin d’année dernière, du retour possible de jihadistes en Afrique, en appelant, justement, à ce qu’il y ait une vraie entraide à ce niveau-là ?

    On a effectivement une problématique aujourd’hui qui fait qu’il y a la menace des « returnees ». Certains seront peut-être tentés de se disperser dans le désert, d’autres d’aller vers des zones traditionnelles pakistano-afghanes, d’autres en Asie et d’autres peuvent être aussi tentés par des retours sur le continent africain.

    C’est effectivement un danger à la fois pour la France et pour les pays africains et c’est un vrai risque. Je crois que cela nécessite effectivement de toujours mieux travailler ensemble sur deux plans. Le premier, c’est la communauté du renseignement. Il est essentiel que les services de renseignements travaillent ensemble et je pense honnêtement qu’aujourd’hui, les services travaillent bien en termes d’échange d’informations.

    Le deuxième enjeu, c’est effectivement d’avoir un objectif permanent, celui de tirer vers le haut la coopération judiciaire entre les différents Etats, au travers des enquêtes judiciaires et des informations que nous conduisons. C’est vraiment capital. C’est quelque chose qui se passe déjà. Nous avons des collègues enquêteurs parquetiers qui viennent. Moi, j’ai envoyé, dès le 3 mars, à Ouagadougou, un vice-procureur de la section terroriste pour venir travailler à Ouagadougou, tout comme des juges d’instruction sont venus, récemment, au Mali dans le cadre de plusieurs dossiers. Il s’agit donc de quelque chose qui fonctionne et qu’il nous faut absolument développer, si nous voulons être plus efficaces.

    Vous avez souvent pointé un manque de moyens pour vos actions. Considérez-vous, encore aujourd’hui, qu’il faut mettre beaucoup plus de moyens ?

    Tout à fait. On a aujourd’hui les moyens dont on a besoin. Je rappelle toujours que les effectifs de la section antiterroriste du parquet de Paris ont doublé, en l’espace de trois ans. Aujourd’hui, ils sont suffisants. Demain et après-demain, ils ne le seront pas.

    Est-ce aussi une nécessité qu’à un moment, dans les Etats où vous venez aujourd’hui, au Burkina Faso, au Mali ou encore au Sénégal, la formation soit faite le plus vite possible parce que c’est très spécifique ?

    Concernant la formation, là aussi, on partage beaucoup avec les pays et avec les procureurs - avec lesquels on a parlé aujourd’hui et avec lesquels on parlera demain - puisque nous avons des systèmes judiciaires de contreterrorisme qui sont basés sur les mêmes principes. Nous avons d’abord les organisations judiciaires qui sont le plus souvent assez proches et qui sont fondées sur les mêmes principes, à savoir celui de la centralisation, c’est à dire qu’il y a un parquet centralisé qui traite toutes les affaires terroristes, et celui de la spécialisation, c’est-à-dire que les affaires terroristes sont traitées par des spécialistes qui ne font que cela. Par conséquent, c’est déjà une façon professionnelle avérée d’aborder les choses et qui nous permet effectivement de mieux discuter entre spécialistes.

    L’exemple de Kidal, à RFI, avec les assassinats de Ghislaine Dupont et Claude Verlon. Des juges français sont venus pour la première fois au Mali, au mois de février. C’était une bonne chose ?

    Je pense que c’est une très bonne chose. C’est toujours important, pour le juge d’instruction de la procédure, de venir au plus près des lieux où le crime terroriste a été commis. Et puis, encore une fois, cela permet effectivement de nouer des contacts avec les locaux, de mieux comprendre les choses et de mieux comprendre aussi les contraintes parce que la situation peut parfois être compliquée. Mieux comprendre les contraintes de nos collègues et, par conséquent, mieux travailler avec eux.

    Est-ce que vous ne regrettez pas, en même temps, ce délai ? On est en 2018. Ils ont été assassinés en 2013.

    C’est un peu le lot de toutes les affaires terroristes, malheureusement, où on s’aperçoit que le facteur temps est important et qu’on sait très bien que, dans ce type de dossiers, les choses prennent du temps. Cependant, on doit la vérité aux familles et nous avons tous, que ce soit au parquet ou à l’instruction, la volonté d’avancer sur ce dossier et de pouvoir, un jour,  leur dire ce qui s’est réellement passé.


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