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    Prof. Alves da Rocha (Angola): «Le peuple souffre de la perte du pouvoir d'achat»

    Une vue du batiment de l'Assemblée Nationale angolaise à Luanda (Photo d'illustration). RFI/NeidyRibeiro

    La situation économique en Angola reste encore très préoccupante, malgré la légère reprise annoncée par le Fonds monétaire international. Une croissance de 2,2% est prévu pour cette année mais, pour la troisième année consécutive, l'inflation sera de plus de 25%. Plus de 50% des recettes de l'Etat devrait directement servir au paiement du service de la dette. Et surtout les Angolais ne devraient pas sentir les effets de la reprise avant 2022 ou 2023 selon les institutions financières internationales. Toute la semaine, RFI vous a parlé des défis que devrait relever le nouveau président João Lourenço et de tous, celui-là est sans doute le plus grand. Pour en parler, Manuel José Alves da Rocha, professeur d'économie à l'université catholique d’Angola, directeur d'un des centres d'études les plus connus du pays, est notre invité.

    RFI: Professeur, selon vous, le président Lourenço a-t-il commencé à prendre des mesures économiques significatives pour faire sortir le pays de la crise ?

    Manuel Alves da Rocha: Non. A mon avis, pas vraiment. Je crois qu’il est trop tôt pour voir si les mesures pour lutter contre la crise économique sont de bonnes mesures. Nous avons déjà analysé la proposition concernant le budget de l’Etat pour cette année et nous avons constaté qu’il y a quelques contradictions entre certains objectifs et des instruments de politique économique que le gouvernement dit vouloir utiliser pour atteindre ces mêmes objectifs. Par ailleurs, la présente situation en Angola n’est pas facile. L’Etat a besoin de beaucoup d’argent. La croissance économique n’est pas suffisante. Le taux de croissance du budget national est de 4,9 % pour cette année. Ce n’est pas possible.

    D’autre part, la production de pétrole va baisser, cette année. La situation économique, financière et même sociale, en Angola, est très, très grave. Vous savez qu’il y a aussi des problèmes politiques. Je crois qu’il y a une lutte entre le président João Lourenço et l’ancien président José Eduardo dos Santos. Le président João Lourenço a également besoin d’essayer de contrôler, de dominer la situation dans le parti. Ce que nous voyons tous les jours, ce sont des attaques à la famille de l’ex-président et président du MPLA, José Eduardo dos Santos.

    Donc, tant que cette lutte aura cours, ce sera difficile de régler la situation économique puisque l’équipe de João Lourenço sera beaucoup plus focalisée sur, finalement, la prise de pouvoir de manière effective ?

    Oui, parce l’équipe de João Lourenço a la constitution de la République en sa faveur mais le MPLA exerce le pouvoir politique mais aussi économique, depuis 43 ans, en Angola. C’est beaucoup de temps. Dans le passé, il y a eu toujours une convergence entre le parti et le gouvernement mais actuellement, cette convergence n’est pas possible tant que José Eduardo dos Santos ne laissera pas le parti. C’est mon avis.

    Est-ce qu’il y a quand même un espoir de voir la situation s’améliorer en Angola cette année ou bien ce sera encore une ou deux années très difficiles, avant de pouvoir espérer quoi que ce soit ?

    Il y a toujours de l’espoir. Il ne faut pas perdre l’espoir mais nous aurons encore une année très difficile. Je n’ai pas de doutes, à ce propos. Même s’il était possible d’avoir un taux de croissance de 5 %, ce n’est pas suffisant pour réparer la perte des conditions de vie car, en effet, la population en Angola croît à un taux de 3,2 % par an. C’est ainsi que, depuis 2014, les Angolais se sont appauvris, chaque année, parce que la croissance économique n’a pas été suffisante pour couvrir le taux de croissance des populations.

    Nous avons eu, l’année dernière, un taux d’inflation, je crois, de 26 ou 27 %. Le taux d’inflation que le gouvernement prévoit pour cette année, dans le budget national, est de 28 %. C’est un taux très élevé pour les conditions de vie de la population. Tout cela, parce que nous n’avons pas eu une politique d’ajustement des salaires au taux d’inflation.

    Je peux vous dire qu’ici, à l’université catholique, nous n’avons pas de conditions financières pour actualiser les salaires des professeurs. Ce sont les mêmes salaires d’il y a trois, quatre ans. C’est pour cela que le contrôle de l’inflation est très important pour essayer de préserver le pouvoir d’achat. Je considère que la perte du pouvoir d’achat entre 2016 et 2017 est de plus ou moins 50 %. C’est la situation sociale que nous avons. Il faut essayer d’éviter des manifestations et des choses comme celles-là car les gens souffrent de cette perte du pouvoir d’achat parce que peuple n’a pas d’autres sources de recettes ou de revenus.


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