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    A la Une: la mort de Winnie Mandela

    Winnie Madikizela Mandela, ex-épouse de Nelson Mandela, en train de voter, lors des élections municipales sud-africaines à Soweto, en Afrique du Sud, le 18 mai 2011. REUTERS / Siphiwe Sibeko

    Elle est à la Une de bon nombre de journaux du continent ce matin : on la voit à tout âge, coupe afro dans ses jeunes années, ou encore coiffée d’un chapeau, d’une casquette ou d’un foulard, mais toujours avec le même geste : le poing levé, symbole de la lutte contre l’oppression.

    Justement, relève le Mail & Guardian en Afrique du Sud, « dans le sillage de son poing levé, elle a élevé une nation. (…) La mort de Winnie Mandela marque la fin d’une époque, la perte d’une combattante de la liberté qui a servi de visage public à un Nelson Mandela emprisonné pendant 27 ans. (…) Travailleuse sociale de profession, son mariage avec le combattant de la liberté l’avait poussée dans un monde d’activisme politique où elle connaîtra la torture, le harcèlement et le bannissement par le régime de l’apartheid. À bien des égards, pointe encore le Mail & Guardian, c’était son image intrépide et inébranlable face à un appareil d’État brutal qui donnait du courage à une nation qui luttait contre l’oppression. »

    Un parcours controversé

    « Retour sur la vie controversée d’une grande combattante », titre pour sa part Fraternité Matin en Côte d’Ivoire. Certes, pointe le quotidien ivoirien, « pendant 30 ans, Winnie Mandela va subir dans sa chair l’âpreté du combat et la violence raciste du pouvoir blanc. (…) Mais, elle déclenche aussi polémiques et controverses, rappelle Frat’ Mat’, notamment lorsqu’elle appelle implicitement à la violence contre ceux considérés comme des traîtres à la lutte anti-apartheid, lorsque le pays sera enfin libéré du joug du pouvoir raciste. (…) Devenue (par la suite) critique farouche de son ex-mari, elle lui reprochait l’accord passé avec les Blancs pour mettre fin à la ségrégation. Pour elle, la nation Arc-en-ciel était un 'mythe'. »

    Walfadjri au Sénégal renchérit : « le parcours controversé d’une mère de la nation », titre le quotidien dakarois. « Indomptable et charismatique », certes, rappelle Walfadjri, mais la seconde partie de sa vie « a été marquée par des événements troubles. (…) En 1998, pointe le journal, la Commission Vérité et Réconciliation, chargée de juger les crimes politiques de l’apartheid, l’avait déclaré 'coupable politiquement et moralement d’énormes violations des droits de l’Homme', commise par le Mandela United Football club, un groupe de fidèles, particulièrement violent. »

    Finalement, relève Ledjely en Guinée, « avec Nelson Mandela, elle aura d’une certaine façon formé plus qu’un couple, un duo d’enfer contre l’inique régime de l’apartheid. Lui, plus porté sur le pardon et la conciliation, et elle, privilégiant l’option de la loi du Talion, auront été probablement plus complémentaires qu’antinomiques dans la lutte qu’ils ont menée contre l’oppresseur. Radicale diront certains, infidèle, rajouteront d’autres, Winnie Mandela tout en assumant sa résistance au nom des townships, aura surtout eu le mérite d’exister et de livrer bataille dans un monde qu’on aurait cru exclusivement réservé aux hommes. »

    Ange ou démon ?

    Alors, « Winnie, ange ou démon ? », s’interroge Wakat Séra. « Peut-être ange et démon. » En tout cas, « des 'mères de la nation', l’Afrique en a peu connues, relève le site burkinabé. Pourtant, sans avoir été chef de l’Etat, Winnie Mandela en est une. Reconnue ainsi par ses compatriotes, elle fait partie de ces figures de proue qui ont écrit, en lettres d’or, l’histoire ensanglantée de ce qui deviendra la Nation Arc-en-ciel. (…) Winnie Mandela a déposé les armes pour rejoindre le royaume de ses ancêtres, mais son combat restera sans doute gravé à jamais dans l’esprit des Sud-Africains. Et si comme on le dit en Afrique, 'les morts ne sont pas morts', conclut Wakat Séra, Winnie Mandela continuera sans doute de hanter Robben Island ou encore les townships où les noirs vivent désormais le cauchemar de l’apartheid économique. »

    Finalement, note Le Monde Afrique, « son génie aura été de se réinventer sans cesse. Mieux : cette femme qui se relève, malgré ses dérives tragiques ou pathétiques, ses faiblesses impardonnables, a fini par devenir une incarnation de l’Afrique du Sud. (…) Winnie est demeurée constamment rêche comme la vie en Afrique du Sud, comme les espoirs qui y palpitent, même les plus irréalistes. Dans ce pays toujours écorché vif où la liberté n’est pas un aliment qui se cuit, ni ne se mange dans les townships, elle est restée une reine jusqu’au dernier jour. »

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