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    Lors d'une déclaration à Istanbul ce dimanche, le président turc Recep Tayyip Erdogan a revendiqué la victoire aux élections présidentielle et législatives, s'ouvrant la voie vers un nouveau mandat de cinq ans aux pouvoirs considérablement renforcés. «Les résultats non officiels des élections sont clairs. Selon eux, notre nation m'a confié la responsabilité de président de la République», a-t-il déclaré, revendiquant également la majorité parlementaire pour l'alliance dominée par son parti, l'AKP.

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    A chacun son MLK

    Jean-Baptiste Placca. Claudia Mimifir

    Son inspiration était   le ciel nous pardonne ! – divine ! Dans chaque discours du Dr Martin Luther King, il y avait de la matière pour une réflexion philosophique de très, très haut niveau.

    Il y a un demi-siècle nous quittait un être d’exception, dont chacune des générations à venir gardera toujours quelque chose. Un héros universel, à l’instar du Mahatma Gandhi et de Nelson Mandela. Mais aussi un héros africain, il ne faut pas l’oublier, dites-vous. Mais en quoi le Dr Martin Luther King était-il précisément Africain ?

    Il l’était, cela se voyait, à l’œil nu. Cela s’entendait, surtout. Car il assumait son africanité, pour ne pas dire sa négritude.

    Il se sentait, d’ailleurs, tellement africain qu’il n’a pu se priver du voyage, à Accra, pour être témoin, dans la nuit du 5 au 6 mars 1957, de l’accession du Ghana à la souveraineté internationale. Il était aux premières loges. C’était la première de toutes les colonies à accéder à l’indépendance. Plus tard, dans ses discours, il fera, d’ailleurs, souvent allusion à ce moment particulier de sa vie, de la vie du continent de ses ancêtres.

    Que retiennent les Africains du Dr King ? Que doivent-ils en retenir ?

    Le commun des mortels se réfère, naturellement, comme nombre de gens, de par le monde, au fameux discours du 28 août 1963, devant le Lincoln Memorial, à DC. Le très inspiré I have a dream, marquant le terme de la Marche des Noirs sur Washington, pour l’emploi et la liberté. Pour la dignité. Mais ce n’est, là, que l’arbre, qui cache la forêt.

    Les spécialistes auraient dénombré quelque 2 500 discours et interventions, faites par le Dr Martin Luther King, dans le cadre de la lutte pour les droits civiques. Mais, quel que soit le texte dont vous vous saisissez, vous y découvrez une multitude d’entrées, différents niveaux de lecture, et d’une hauteur philosophique impressionnante.

    Pour ceux qui aiment la belle dialectique, le discours qu’il a tenu, trois semaines avant son assassinat, dans un quartier de la banlieue de Detroit, dans le Michigan, est un véritable régal. C’était le 14 mars 1968, devant ce qui est connu comme la Grosse Pointe Historical Society. A quelques nuances près, il avait tenu un discours similaire, en avril de l’année précédente, sur le campus de Stanford, sous le même titre : The Other America.

    L’autre Amérique, donc. Quelle est-elle, donc ? Et à quelle Amérique l’opposait-il ?

    L’autre Amérique est celle des Noirs, vivant de privations, par opposition à l’Amérique des opportunités et des privilèges, se délectant du lait de la prospérité et du miel de l’égalité, mais presque exclusivement réservée aux Blancs. C’était un discours de vérité, et les tristes réalités qu’il dénonçait alors sont, hélas, toujours d’actualité, un demi-siècle et un président noir plus tard. Il explique d’ailleurs dans ce discours en quoi les Noirs, aux Etats-Unis, étaient, en quelque sorte, programmés pour demeurer à la traîne.

    C’est très grave, comme affirmation !

    Oui, mais cet esprit brillant savait convaincre par la démonstration. Ainsi de ce passant qui disait le trouver sympathique, mais ne comprenait pas les Noirs. Parce que lui prétendait avoir vu d’autres communautés arriver en Amérique, avec les mêmes types de problèmes, et s’en sortir à la force de leurs poignets. Et l’homme se demandait pourquoi les Noirs ne pouvaient pas faire autant.

    Le Dr King se fait pédagogue, au possible, et explique à son interlocuteur qu’il était, lui aussi, admiratif de ce que réussissaient les communautés en question. Mais il lui rappelle que celles-ci étaient arrivées, de leur propre gré, un siècle ou un siècle et demi plus tôt, en Amérique, alors que les Noirs y avaient été emmenés, enchaînés, en esclavage, plus de trois siècles plus tôt, et tenus en esclavage pendant 244 ans, avant d’être soi-disant libérés des chaînes, mais sans qu’on leur donne un minimum pour se relancer dans la vie.

    Avec quoi auraient-ils pu se relancer ?

    « C’est comme un prisonnier, qui serait détenu des années durant, et à qui l’on irait dire, un jour, que les charges retenues contre lui n’étaient pas fondées et avaient été abandonnées. Ensuite, on lui ouvrirait la porte de la prison, en le laissant partir, sans même un ticket de bus pour gagner la ville. Sans une demeure pour l’accueillir, et sans même un peu d’argent pour se mettre des habits sur le dos. Rien ! Voilà comment le Dr King résumait le sort des Noirs dans une Amérique qui, par ailleurs, distribuait des terres aux Blancs, ouvrait des écoles pour les former à valoriser ces terres, puis leur donnait des fonds pour mécaniser l’agriculture et faire concurrence aux producteurs européens. Et lorsque cela n’était plus rentable, on leur donnait encore de l’argent, juste pour laisser leurs terres en jachère.

    C’est un peu violent, comme démonstration, mais ce sont les réalités de cette autre Amérique qui étaient violentes.

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