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    «Le Portugal est disponible pour accueillir 30 des 244 migrants qui se trouvent à bord de l'Aquarius et des autres embarcations actuellement à Malte», a déclaré le gouvernement portugais dans un communiqué. Cette décision portugaise communiquée à la Commission européenne a été prise en lien étroit avec les gouvernements espagnol et français. L'Espagne a à cet égard annoncé mardi qu'elle allait accueillir 60 des 141 migrants actuellement à bord de l'Aquarius. L'Aquarius cherchait un port d'accueil jusqu'à ce mardi avant que Malte, d'abord réticent, ne décide de finalement le laisser accoster.

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    • Le Portugal se déclare «disponible» pour accueillir une partie des migrants de l'«Aquarius» (gouvernement)
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    J-P. Mignard (avocat): l’intervention au Mali, «la grande œuvre de F.Hollande»

    L'avocat Jean-Pierre Mignard, sur les mémoires de François Hollande et son bilan africain. AFP/Eric Feferberg

    « Les leçons du pouvoir... » C'est le titre du livre de mémoires de François Hollande à paraître ce mercredi chez Stock. Quel est le bilan du quinquennat de l'ex-président français en Afrique ? Jean-Pierre Mignard est son ami intime, mais cela ne l'empêche pas de poser un regard critique sur son action. L'avocat répond aux questions de RFI et s'exprime aussi sur le cas du prisonnier Laurent Gbagbo.

    RfI : Jean-Pierre Mignard, dans Les leçons du pouvoir, François Hollande fait le bilan de son quinquennat. Que pensez-vous de son bilan sur l’Afrique ?

    Jean-Pierre Mignard : C’est un bilan qui a été imposé par les événements, puisque très rapidement la question de la sauvegarde de l’intégrité du Mali s’est posée avec les jihadistes et donc il a pris une décision extrêmement importante pour l’avenir. Dans l’immédiat, pour sauver l’intégrité du Mali, et dans l’avenir, puisque cela engageait directement la France dans une défense des peuples du Sahel contre des entreprises guerrières, terroristes, et de grande déstabilisation de la région. Donc, cela a été sa grande œuvre.

    Alors justement, dans son livre il semble qu’il consacre plusieurs pages à sa visite dans Tombouctou libéré. C’était en février 2013. Comment expliquez-vous cette fameuse phrase « C’est la journée la plus importante de ma vie politique » ?

    Sans doute parce que son activité jusqu’alors avait été celle d’un parlementaire, celle d’un chef d’un grand parti, mais jamais confronté à la question militaire. C’est-à-dire le choix le plus important, sans doute, pour un chef d’Etat, qui est celui de la paix ou de la guerre. Et là, il avait décidé un engagement militaire. Donc, en effet, c’était un moment extrêmement important.

    Dans cette phrase, certains y ont vu une petite revanche, surtout ceux qui, même au Parti socialiste le traitaient de « fraise des bois », et donc peut-être l’aveu d’une blessure intime.

    Je ne sais pas si on peut dire cela. Je pense que c’est quand même quelqu’un qui a de la résistance. Donc, il n’est pas blessé plus que cela. N’exagérons pas, quand même.

    Le Mali et la Centrafrique… Est-ce que François Hollande n’a pas laissé les militaires prendre le pouvoir dans la conduite de la politique africaine de la France ?

    Il est certain que dès lors que l’on fait la guerre, les militaires prennent des responsabilités tout à fait majeures dans la conduite de la politique tout court. Ça, c’est indispensable. Ce ne sont pas les civils qui vont faire la guerre. Et dès lors que ce sont les militaires, c’est souvent la carte militaire qui s’impose par rapport à la carte politique. Oui, c’est le risque, toujours, dans ce type de situation. Il y a un deuxième d’ailleurs, qui est que la France a des alliés dans cette région - c’est le G5 -, et qu’elle peut payer un prix anormalement important à ses alliés pour son engagement dans la région.

    Pour essayer de chasser les jihadistes du Nord-Mali, beaucoup ont reproché à François Hollande d’avoir fait alliance avec le régime autoritaire du Tchadien Idriss Déby. Qu’est-ce que vous en pensez ?

    Oui, c’est vrai que le reproche a été fait pour le Tchad. Mais c’est vrai qu’il y a, effectivement, la question du Tchad, où la question récurrente de la démocratie et des droits se pose. Et il y a aussi la question de la Mauritanie, par exemple, qui est un Etat allié et où, aujourd’hui, près de treize sénateurs sont poursuivis, mis en examen. Un est détenu. Des journalistes, des responsables syndicaux, des responsables patronaux se sont opposés au président mauritanien.

    Alors, est-ce que le prix de l’alliance est peut-être quelquefois de se taire, de ne pas fâcher son allié ? Donc, quelquefois, il faut dire à son allié des choses désagréables. Et lui dire notamment – comme en Mauritanie, par exemple –: si le pays est divisé, alors il y aura un problème. Parce qu’il sera plus fragile et ce sera un allié fragile. Donc, il faut savoir dire les choses. Et là, c’est un problème qui s’est posé pour le président Hollande, c’est un problème qui se posera pour le président Macron. C’est comment la France, qui a besoin de ses alliés, est en même temps amenée à leur dire que la question des droits et des libertés publiques et du fonctionnement des institutions, ça ne va pas.

    Idriss Déby, vous le connaissez bien. Dans les années 1990, vous avez été avocat conseil de l’Etat tchadien lors de ses négociations avec les compagnies pétrolières. Vingt ans après, est-ce toujours le même Idriss Déby ?

    Je pense que la question qui se pose pour les dirigeants africains quelles qu’aient été leurs qualités, c’est le temps, l’usure dans le pouvoir. Et effectivement, je crois qu’il faut laisser le peuple libre de son choix, avec des candidats qui aient le droit de se présenter librement avec des moyens égaux. Je crois qu’il faut des pays de droit en Afrique et non des tyrans, même si ce sont des tyrans éclairés. Mais un tyran éclairé, au bout d’un moment, il perd la vue. Donc ce n’est plus du tout un tyran éclairé.

    Et la France - alliée de ces Etats -, doit, avec fermeté, dire : « Nous avons besoin de votre force et nous avons besoin - pour votre force -, de la liberté de vos peuples ». Et un bon exemple ce serait en Mauritanie qu'on libère le sénateur Ould Ghadda. Ça renforcerait l’alliance. C’était ça, le challenge pour François Hollande, c’est aussi le challenge pour Emmanuel Macron.

    Jean-Pierre Mignard, au Cameroun, vous avez été l’avocat de l’ancien secrétaire général Marafa Hamidou Yaya, qui a été condamné à vingt ans de prison pour complicité intellectuelle de détournement d’argent public. Qu’est-ce que vous pensez de cette opération «Epervier anticorruption» ?

    Que le Cameroun ait mené une opération anticorruption, tant mieux. C’est très bien. Il faut que cette opération, dans ces cas-là, ne soit pas dirigée contre certains et pas contre d’autres. Il ne faut pas des opérations anticorruption à géométrie variable. En ce qui concerne Monsieur Marafa, nous avons, en leur temps, avec mon ami maître Jean-Paul Benoit, fait des propositions de médiation. Parce qu’il faut quelquefois qu’on s’en sorte sans qu’il y ait de vainqueur et de vaincu. Il y a effectivement des biens qui ont été accaparés en violation de la loi, qu’ils soient rendus. Bref, il faut que la lutte contre la corruption soit dans l’intérêt de tout le monde. Il ne faut pas que ce soit une matière à régler des comptes ou à éliminer des adversaires politiques. Parce que, dans ces conditions, quelquefois il n’y aura pas de corruption, mais cela permettra quand même d’éliminer des adversaires. S’il n’y a pas de droit, s’il n’y a pas de loi respectée, le développement ne suivra pas.

    Il y a un an, avant son départ de l’Elysée, François Hollande a été sollicité par plusieurs chefs d’Etat de l’Afrique de l’Ouest qui, au nom de la solidarité socialiste, lui ont demandé de relayer leur demande de libération de Laurent Gbagbo. Qu’est-ce que vous en avez pensé ?

    Je pense que la solidarité socialiste, c’est très bien, mais si un dirigeant, fut-il membre de l’Internationale socialiste, a commis des faits qui lui sont reprochés aujourd’hui devant la Cour pénale internationale, c’est quand même des accusations graves. Puisque ce sont des accusations de crime contre l’humanité, dans ces conditions, il n’y a pas de solidarité socialiste qui tienne. Donc, cette demande n’avait aucune valeur. Et d’ailleurs, François Hollande a eu tout à fait raison de ne pas souhaiter y répondre.

    Et Jean-Paul Benoit et vous-même avez-vous parlé avec ces chefs d’Etat qui avaient fait cette démarche ?

    Je pense que Jean-Paul Benoit a eu une nouvelle fois l’occasion d’en parler.

    Avec Jean-Paul Benoit, vous êtes l’avocat de l’Etat ivoirien dans le procès Laurent Gbagbo, justement, devant la Cour pénale internationale. Et au train où vont les choses, le verdict de ce procès ne sera pas rendu avant plusieurs années. Est-ce qu’il est normal, maître Mignard...

    Pas plusieurs années, mais on va rentrer maintenant, effectivement, dans la période d’audition des témoins de la défense. Et puis une fois que cela sera accompli, alors le Parquet près la Cour pénale internationale plaidera, l’avocat des victimes… Et enfin, bien évidemment, les avocats de monsieur Gbagbo. Donc ce sera quand même plus rapide que cela.

    Oui, mais quand même. Si on dit, par exemple, que le verdict est attendu pour 2021-2022, est-ce qu’il est normal que l’ancien président reste en détention préventive pendant dix ans, voire plus ?

    Vous avez raison. La question peut se poser, puisqu’il faut effectivement que ce soit des délais raisonnables. Et donc, il revient à la Cour pénale internationale de juger dans des délais de temps qui ne soient pas anormalement longs. Ça c’est la première chose. La deuxième chose, c’est que lorsqu’une personne fait l’objet de poursuites aussi graves que celles-ci, on peut toujours – mais ça ne vaut pas uniquement pour monsieur Gbagbo –, on peut toujours craindre qu’elle prenne la fuite et qu’elle ne soit plus à la disposition de la justice. Voilà, effectivement, le dilemme dans lequel se trouve la Cour pénale internationale. C’est donc à elle de prendre la meilleure décision, sachant que ce qui compte à la fin, c’est que monsieur Gbagbo puisse comparaître devant ce juge le jour venu, physiquement.

    Donc, vous n’êtes pas contre une assignation à résidence ?

    Je pense que, sur ce point, c’est vraiment la Cour qui doit décider souverainement. Mais il ne faut pas non plus qu’une assignation à résidence soit l’occasion de réunir ses partisans, de faire des harangues ou de faire des meetings. Ça, ce n’est quand même pas l’objectif, pardonnez-moi. Donc sur ce point il y a aussi des préoccupations d’ordre public à prendre en charge. Ce n’est pas si simple.

    Dernière question. Quel est, à votre avis, le regard que porte François Hollande sur la politique d’Emmanuel Macron ?

    Je ne vois pas très bien aujourd’hui quelle serait la grande différente entre les deux présidents, puisque le président Macron poursuit la politique de la France engagée notamment au Sahel. Le président Macron insiste plus sur les coopérations technologiques, sur ce qu’il y a de plus moderne, de plus inventif en Afrique.

    Vous savez, je suis un ami de François Hollande, j’ai soutenu Emmanuel Macron. Mon cerveau se refuse à faire des comparaisons pour savoir lequel est le meilleur. Sur le plan de la politique africaine, je constate qu’il y a, de leur part en tout cas, une chose qui est bonne : lutter contre la corruption, favoriser le meilleur rapport d’égalité entre l’Afrique et la France. Et d’ailleurs, le président Macron dit sans arrêt que le continent africain est majeur pour l’avenir du monde. Ça, c’est une conviction pour lui.


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