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    Bangladesh: défendre le droit du travail, 5 ans après le drame du Rana Plaza

    Kalpona Akter. RFI/Jelena Tomic

    A l'occasion du 5e anniversaire de l'effondrement du Rana Plaza à Dacca, l’un des pires accidents industriels de l’histoire du Bangladesh, RFI a rencontré à Paris Kalpona Akter, une ancienne ouvrière du textile convertie en défenseuse des droits humains au travail. Directrice exécutive de l’ONG BCWS (Centre de solidarité des travailleuses et travailleurs du Bangladesh), Kalpona Akter nous a raconté son parcours et les raisons qui l'ont poussée à s'investir pour améliorer les conditions de travail et de sécurité des ouvriers du textile dans son pays.

    Le 24 avril 2013, la mort de plus de 1 100 ouvriers dans l’effondrement du Rana Plaza, un immeuble qui abritait plusieurs ateliers de confection dans la banlieue de Dacca, a jeté une lumière crue sur ces « ateliers de la misère ». Un monde qu’a bien connu Kalpona Kater.
                  
    « J’ai commencé à travailler quand j’avais 12 ans, raconte-t-elle. Mon frère ainé de 22 ans m’a rejoint un peu plus tard. Ensemble nous subvenions aux besoins de notre famille de 7 personnes. Mon père, malade, ne pouvait pas travailler, ma mère avait un bébé de 2 mois donc elle a dû quitter son travail. Je ne connaissais rien au monde du travail, j’étais juste reconnaissante envers mon employeur qui me donnait l'opportunité de nourrir ma famille. Je gagnais 6 dollars pour 400 heures de travail par mois. Et puis les agressions verbales ou physiques, les bâtiments insalubres et les salaires de misère étaient extrêmement répandus. »

    Au début des années 1990, attirées par une main-d’œuvre bon marché, les grandes marques occidentales investissent le pays. Le Bangladesh devient l’un des plus grands ateliers de confection au monde. Ce secteur rapporte aujourd’hui 18 milliards d’euros par an.

    Grève

    L’atelier qui employait Kalpona se trouve dans le quartier d’Uttara, dans le nord de la capitale. « Nous étions environ 1 500 ouvriers, en majorité des femmes, se souvient-elle. A l’époque, il y avait aussi beaucoup d’enfants. Le plus jeune dont je me souvienne avait 7 ans. »

    Et puis un jour tout a basculé. L'employeur a décidé de baisser la rémunération des heures supplémentaires. Une décision qui a entrainé une grève à laquelle Kalpona était la seule femme à participer. 23 collègues sont licenciés. Une organisation va leur venir en aide et leur proposer une formation au droit du travail. Pour Kalpona, c'est la révélation.

    « La formation a duré 4 heures, elle a littéralement bouleversé ma vie, affirme l'ancienne ouvrière. C'était comme une renaissance. J'ai appris pour la première fois de ma vie que j'étais supposée travailler 8h, que j'avais le droit à un salaire minimum. Qu'on n'avait pas le droit de m'imposer des heures supplémentaires, que la violence verbale ou physique était interdite et que mon usine devait être sûre. Et j'ai appris aussi une chose merveilleuse : que j'avais le droit de me syndiquer et de négocier. J'avais 14 ans à l'époque. Je suis allée raconter tout ça à mes collègues. Je leur ai dit que nous devrions former un syndicat et ils m'ont suivie ! »

    Menaces

    Commence une longue période d'intimidation et de harcèlement : rallongement des horaires de travail, interdiction aux ouvrières de communiquer dans l'usine, menaces de licenciement, garde à vue. L'adolescente sent alors tout le poids des énormes responsabilités qui pèsent sur ses épaules. Sa mère jouera un rôle déterminant.

    « Je suis allée voir ma mère et je lui ai dit "maman j'ai peur, je suis trop jeune pour ça". Et elle m'a répondu cette phrase merveilleuse qui continuera à m'inspirer toute ma vie : "S'il y a une injustice il faut que quelqu'un se lève et la dénonce. Pourquoi ce ne serait pas toi ?" Je lui ai dit : "mais maman, je suis trop jeune". Elle m'a pris dans ses bras et a dit : "ensemble nous serons plus fortes". C'est une femme très courageuse, avec un grand coeur. Ainsi, aujourd'hui mon frère qui travaillait aussi dans l'usine est devenu syndicaliste. Ma mère a désormais deux raisons d'être fière mais aussi d'avoir peur. »

    Le combat de Kalpona Akter n’a jamais cessé depuis. Malgré son emprisonnement, elle a été condamnée en 2010 pour ses activités. Grâce à la solidarité internationale, les autorités ont abandonné les poursuites. Malgré aussi l'enlèvement et la mort sous les coups il y a six ans d'un de ses collègues. Enfin, après l'effondrement du Rana Plaza, Kalpona s'est engagée de toutes ses forces dans l'élaboration de l'accord sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments au Bangladesh. Un document fondamental qui a permis de sauver des milliers de vies. L'accord qui arrive à échéance en mai 2018 a été prolongé jusqu'en 2021.

    → A (RE)LIRE → Bangladesh: l'industrie textile forcée de se réformer

    → A NOTER En commémoration du 5e anniversaire de l’effondrement du Rana Plaza et de ses 1 300 victimes, une exposition photographique à ne pas manquer : « Les vies brisées du Rana Plaza », organisée avec le soutien de la ville de Paris. Tour Saint Jacques à Paris – du 17 avril au 5 mai.

    Auteur : Jean François Fort, photographe indépendant qui grâce à l’aide de l'ONG Bangladaise Gonoshastaya Kendra a pu rencontrer les rescapés de cette catastrophe.

    Photos à consulter ici.

    Jean François Fort, photographe indépendant qui grâce à l’aide de l'ONG Bangladaise Gonoshastaya Kendra a pu rencontrer les rescapées de cette catastrophe. @Jean-François Fort

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