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    Liban: une économie en sursis

    Le Premier ministre libanais Saad Hariri lors de son discors à la conférence des donateurs CEDRE, le vendredi 6 avril, à Paris. Ludovic Marin/Pool via Reuters

    Dimanche, les Libanais retournent aux urnes pour élire leurs députés. Un premier scrutin après neuf années émaillées de crises politiques. L’occasion de revenir sur l’économie de ce petit pays qui peine à se réformer et qui a récemment encore frisé la banqueroute.

    Le Liban est le troisième pays le plus endetté au monde, après le Japon, qui peut se le permettre, et après la Grèce encore laminée par la crise qui a déstabilisé l’ensemble de la zone euro.

    Sa dette publique culmine à plus de 150 % du PIB, insoutenable pour le FMI. Elle est majoritairement détenue par le secteur bancaire, poids lourd de l’économie grâce à ses dépôts (3 fois et demie le PIB libanais), et surtout bouée de sauvetage d’un système au bord de la faillite.

    La croissance est faible, moins de 2 %, alors qu’elle dépassait les 9 % il y a dix ans.

    Sur le plan social, tous les indicateurs sont dans le rouge. Le chômage a doublé entre 2011 et 2014 et dépasse désormais les 20 %. Le nombre de personnes dans une situation d’extrême pauvreté a bondi de 66 % sur la même période. Les inégalités n’ont cessé de se creuser. Et aujourd’hui les revenus des 0,1 % de Libanais les plus nantis pèsent l’équivalent de ceux de la moitié de la population.

    Une situation effectivement préoccupante, mais à sa décharge, le Liban a dû faire face à un afflux important de réfugiés syriens qui représentent aujourd’hui un quart de sa population

    Certes la crise syrienne et plus généralement les tensions géopolitiques au Proche-Orient ont compliqué la donne, mais les problèmes de l’économie libanaise sont avant tout structurels.

    Les institutions sont vétustes, en témoignent les crises politiques à répétition. Le pays a par exemple fonctionné sans loi de finances pendant 12 années avant le vote en octobre dernier d’un budget.

    Les services publics sont dans un état de délabrement avancé, qu’il s’agisse du ramassage des ordures, du traitement des déchets, ou de l’approvisionnement en électricité avec des délestages quotidiens (jusqu’à 3 heures à Beyrouth).
    28 ans après la fin de la guerre civile, le pays continue de fonctionner avec des générateurs alors que Electricité du Liban représente la troisième dépense budgétaire, après le service de la dette et les salaires.   

    Pour ne rien arranger, la corruption n’épargne aucun secteur de l’économie et de la vie publique. La faiblesse de l’Etat face aux intérêts privés et catégoriels a largement encouragé le phénomène. Et dans le dernier classement de l’ONG Transparency international, le Liban a été classé 143e sur 180 pays.

    Début avril, à Paris, la communauté internationale a débloqué une aide substantielle au Liban : 10 milliards d’euros de dons et de prêts sur cinq ans en échange de réformes.

    Et c’est une première. Les bailleurs de fonds n’ont pas oublié l’échec des trois précédentes conférences de donateurs qui ont vu les fonds alloués détournés par une administration vorace. Un mécanisme de suivi des réformes a été mis en place. 250 projets ont été sélectionnés dans le transport, l’eau, l’électricité, mais aussi les finances publiques et la gouvernance.

    Tout n’est pourtant pas noir au pays du Cèdre. Le Liban, qui malgré les guerres et les crises, montre une résilience à toute épreuve. En effet, il peut compter sur le soutien financier sans faille de sa diaspora, 3 fois la population libanaise actuelle si l’on prend en compte la 4e génération. Son système bancaire est robuste et bénéficie de la confiance des investisseurs.

    Malgré la crise syrienne, le pays attend cette année 2 millions de touristes, un secteur qui pèse plus de 15 % du PIB. Mais le salut de l’économie viendra peut-être des importants gisements de gaz naturel découverts au large des côtes. A moins que cet afflux d’argent n’installe un peu le plus le pays dans une économie de rente, à l’instar de ce qui se passe dans la plupart des pays arabes. Autant dire que les réformes sont plus que jamais vitales pour le Liban.
     

    En Bref

    Le secrétaire américain au trésor est arrivé à Pékin.

    Steven Mnuchin, à la tête d’une équipe de négociateurs, va essayer d’éviter le déclenchement d’une guerre commerciale de grande ampleur entre les 2 premières économies de la planète. En début de semaine il se déclarait prudemment optimiste. Deux jours de discussions ne devraient toutefois pas suffire régler les désacords mais les 2 parties devraient s’engager à poursuivre les discussions.


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