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    «Pas de lien» entre la campagne d’Alpha Condé et la concession du port de Conakry

    Sory Camara, ex-numéro 2 du port de Conakry. ©RFI/Christophe Boisbouvier

    Un nouveau témoignage dans l'affaire Bolloré... Il y a dix jours, l'ancien ministre français Pierre-André Wiltzer a déclaré sur RFI : « C'est un hold up ! », à propos de la décision du président Alpha Condé de chasser le groupe Getma-Necotrans du port de Conakry au profit du groupe Bolloré. Réponse aujourd'hui de l'ex-directeur général adjoint du port autonome de Conakry. De passage à Paris, Sory Camara répond aux questions de RFI.

    RFI : la justice française soupçonne le groupe Bolloré de vous avoir corrompu et plus précisément d’avoir financé la campagne 2010 du candidat Alpha Condé, afin d’obtenir quelques mois plus tard le terminal container du port de Conakry. Qu’est-ce que vous en pensez ?

    Sory Camara : Je ne peux pas faire de lien entre la campagne du professeur Alpha Condé et la résiliation de la convention de concession avec Getma International. Pourquoi ? Parce que, depuis 2008, le général Lansana Conté, saisi par le port autonome de Conakry à travers une correspondance du 4 décembre, avait demandé à ce que cette convention de concession soit annulée.

    Vous dites que le président Lansana Conté regrettait en quelque sorte, à la fin de sa vie, d’avoir accordé le terminal container de Conakry au groupe français Getma Necotrans. Mais pourtant, trois mois plus tôt, il avait bien accordé cette concession et c’était au terme d’un appel d’offres tout à fait transparent.

    Oui. Parce que, qu’est-ce qui s’est passé ? Getma International a proposé 15 millions d’euros comme ticket d’entrée. Bolloré a proposé à l’époque 10 millions. Et Maersk, sur lequel, d’ailleurs, nous fondions beaucoup d’espoir, n’a proposé que 5 millions d’euros.

    Deux ans et demi plus tard, Alpha Condé arrive au pouvoir et il annule la concession accordée au groupe français Getma Necotrans, mais sans organiser un nouvel appel d’offres. Alors pourquoi cela ?

    On n’a pas cru devoir faire de nouvel appel d’offres. Pourquoi ? Parce que, simplement, d’abord le cahier des charges prévoyait qu’en cas de défaillance du premier opérateur, c’est-à-dire Getma International, il fallait faire directement appel au second, qui était Bolloré. Ça, c’était la première raison. La deuxième c’est que, depuis 2008, Getma International exploitait le port, le terminal existant. Il ne s’est jamais préoccupé de son extension…

    Ce que vous dites, c’est que le groupe Getma Necotrans n’avait pas tenu ses promesses ?

    Pas du tout.

    Mais franchement, est-ce que le groupe Getma Necotrans pouvait réaliser les extensions promises en 2009, sous la présidence extrêmement chaotique du capitaine Dadis Camara ?

    Mais an moins qu’on ait la volonté. Qu’il prouve, quand même, quelque chose. Mais je vous dis : rien n’a été fait. L’extension du terminal à continuer était la principale composante du projet. C’était là, notre préoccupation.

    Peut-être que le groupe Getma Nicotrans n’avait pas fait le travail promis. Mais à ce moment-là, pourquoi ne pas remettre les cartes sur la table et organiser, tout simplement, un nouvel appel d’offres comme en 2008 ?

    Je vous dis qu’à l’époque le port était pratiquement en cessation de fonctionnement. Les navires avaient déserté le port. Les opérateurs économiques se plaignaient du port. Sans oublier que les 90% des échanges commerciaux de la Guinée passent par le port de Conakry. Donc, le port c’est un enjeu stratégique pour tout gouvernement.

    Mais franchement, Sory Camara, quand on accorde une concession pour dix ans ou pour vingt ans, est-ce que ça ne vaut pas le coup de prendre deux, trois mois de retard pour être sûr qu’au bout d’un bon appel d’offres on trouve un bon opérateur, un opérateur le plus solide possible ?

    Nous avions un problème de temps à gérer par rapport à la gestion du port de Conakry. C’est pourquoi nous avons dit qu’il faut aller beaucoup plus vite. Parce que les recettes baissaient, les activités baissaient, alors il fallait agir vite.

    Mais vous vous rendez bien compte que, quand on accorde une concession aussi importante sans appel d’offre, cela suscite tout de suite la suspicion, non ?

    A ce niveau, on a la conscience tranquille par rapport à cela. Parce que nous avons agi par rapport au texte réglementaire de la convention de concession du port, les dossiers d’appel d’offres et le cahier des charges. En 2008, Bolloré était le deuxième de l’appel d’offres. Et en 2011, le premier ayant fait défaillance, on a pris le deuxième.

    Pour déloger le groupe Getma Necotrans début 2011, vous avez envoyé la troupe. Ce n’est pas banal. Pourquoi une telle brutalité ?

    Est-ce que c’est l’armée ? Je ne sais pas… Mais ce que je sais, c’est qu’on a mis ces équipements en demeure, on les a réquisitionnés pour que le service public puisse continuer.

    En fait, vous avez voulu confisquer le matériel Getma Necotrans ?

    Oui, parce qu’il fallait assurer la continuité du service public.

    « C’est un hold-up », affirme l’ancien ministre français de la Coopération Pierre-André Wiltzer, sur RFI.

    J’avoue que je ne commente pas cela. Ce que je sais, c’est que nous voulions que le port de Conakry fonctionne.

    Et quand l’ancien ministre Wiltzer dit que c’est   un arrangement indépendant de toute règle commerciale et juridique », c’est un menteur, alors ?

    Je vous dis que je ne commente pas cela. Je me garde de commenter ces déclarations.

    En 2016, le président Alpha Condé a déclaré à nos confrères du Monde : « Vincent Bolloré est un ami et je privilégie les amis ». Est-ce que ce n’est pas l’aveu que le président a chassé le groupe Getma Necotrans pour installer à sa place le groupe d’un ami ?

    Cela n’a rien à voir. Je vais vous révéler quelque chose. Lorsque la convention de concession de Bolloré a été signée, au moment où il fallait mettre le dossier à jour, les cadres qui ont été chargés de rédiger la nouvelle convention ont ajouté le port conventionnel pour donner tout le port à Bolloré. Alors, j’appelle la présidence, je demande un rendez-vous. Le président me reçoit et quand je lui ai expliqué il était en colère : « Je n’ai jamais dit ça ! Mais pourquoi ça ? » Il prend le téléphone. Il appelle Bolloré : « Si demain une délégation de Bolloré n’est pas à Conakry pour modifier ce qui est dans la convention de concession et [pour fixer] les limites de la convention de concession de Getma International, je l’annule purement et simplement, parce que j’aime mon pays... ». Les gens sont venus. On a extrait le port conventionnel de la convention de concession de Bolloré.

    C’est-à-dire qu’en tout cas Bolloré est très gourmand, c’est ça ?

    Il faut aussi que les gens soient vigilants pour défendre leurs intérêts et défendre leur pays. Et moi, je crois que c’est ce que le président Alpha Condé est en train de faire et c’est ce qu’il a fait.

    Pendant cette campagne présidentielle de 2010, est-ce qu’il n’y a pas eu des prestations d’une filiale du groupe Bolloré, la société Havas, en faveur du candidat Alpha Condé ?

    J’avoue que je ne commente pas cela. J’ai été chez moi, pour ma campagne. Et Dieu merci, cette campagne a réussi parce qu’Alpha Condé a été élu président de la République.

    Et ce mardi, si par exemple une commission d’enquête parlementaire est mise en place à l’Assemblée nationale guinéenne, qu’est-ce que vous en penserez ?

    Déjà, le président de la République a donné son accord pour que les gens mènent une enquête. Je serais très heureux de voir qu’il y a une enquête parlementaire. Les gens sauront la qualité du décret et le sens de la responsabilité dont les cadres ont fait preuve. Lorsque les gens sauront la réalité, vraiment on ne pourra que respecter le président Alpha Condé qui n’a mis en avant que l’intérêt de son pays, l’intérêt du port de Conakry.

    Et depuis 2011, est-ce que le groupe Bolloré a tenu ses promesses ?

    Ah oui. Aujourd’hui, le groupe Bolloré a investi 131 millions d’euros sur le port de Conakry. Il a doublé la capacité d’extension du terminal. Il a fait un poste à quai de 334 mètres linéaires avec un quai de 13 mètres. Le trafic container est passé de 110 000 containers en 2010 à, aujourd’hui, 230 000 containers. Aujourd’hui, tous les Maliens passent par le port de Conakry parce que c’est plus facile pour eux. Le blé malien passe par le port de Conakry. Et c’est ce que nous recherchions dans la mise en concession du terminal à conteneurs.

    Mais franchement, en 2010-2011, il n’y a eu aucun échange de service possible entre deux hommes ? Du genre : « En 2010, je t’aide à faire campagne et, en 2011, tu m’accordes le terminal container » ?

    A mon avis, il n’y en a pas. Je n’ai pas de preuve par rapport à cela. Moi, c’est mon port que je connais. Le port de Conakry est aujourd’hui devenu un port compétitif grâce au groupe Bolloré.


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