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    «Publiquement, les soldats malgaches n'occupent pas une place primordiale»

    Des soldats en patrouille à Madagascar (image d'illustration). Siphiwe Sibeko / Reuters

    Vive tension à Madagascar. Jeudi dernier, le ministre de la Défense, qui est un général de l'armée de terre, a menacé de faire usage de la force pour arbitrer le conflit politique actuel entre le président et ses opposants. Jusqu'où peuvent aller les militaires ? L'essayiste Olivier Vallée, qui est né à Madagascar, vient de publier, aux éditions Karthala, « La société militaire à Madagascar : Une question d'honneur(s) ».

    RFI : Est-ce que les militaires occupent une place primordiale dans la vie politique malgache ?

    Olivier Vallée : Publiquement, on ne peut pas dire qu’ils occupent une place primordiale. C’est un peu le thème de mon livre, c’est comment essayer de faire apparaître leur insertion très forte justement à la fois dans l’appareil étatique, mais aussi dans la vie politique, sans qu’ils apparaissent comme étant en première ligne.

    Mais tout de même, vous dites qu’ils sont dépositaires de la légitimité monarchique d’avant la colonisation française…

    Oui, je pense que la discrétion, toute relative certes, qu’ils ont dans la vie politique tient au fait que leur légitimité s’ancre dans un passé historique où ils ont été au premier rang du point de vue politique. La plupart des Premiers ministres des reines étaient des militaires.

    Au 19è siècle.

    Tout à fait. Et ils étaient également des grands commerçants, et souvent des chefs de faction.

    Et puis des lettrés. Vous parlez d’une « noblesse qui allie le papier et l’épée »…

    C’est exact. La puissance de la London missionary school aura été de s’associer à la monarchie merina.

    Et peut-on dire que jusqu’à aujourd’hui les officiers supérieurs appartiennent majoritairement à la communauté merina des hauts plateaux ?

    Non, ce n’est plus exact. Mais l’identité ou le substrat merina sont subsumés, sont anoblis par le fait que la nation s’est incarnée à un moment dans l’armée merina, en particulier dans sa résistance au colonialisme.

    Alors les militaires arrivent sur le devant de la scène en 1972 lors de la première révolution. Peut-on dire que la célèbre académie militaire d'Antsirabé, où l’élève officier Thomas Sankara est passé, a été le creuset de la révolution de 1972 ?

    Non. Vous avez mentionné Thomas Sankara, mais je crois même que Marien Ngouabi [président de la République du Congo de 1968 à 1977] est passé aussi par cette académie qui a un rôle important dans la formation de cadres des autres pays africains. Ceux qui prennent le pouvoir en 1972 sont tous issus des grandes écoles françaises, à commencer par le général Ramanantsoa [Premier ministre malgache en 1972, puis chef d'État de la République de Madagascar de 1972 à 1975] et bien entendu par Didier Ratsiraka [deux fois président malgache : 1976–1993, 1997–2002].

    A partir de 1975, le « président Ratsiraka politise l’avancement des officiers », écrivez-vous. Est-ce en représailles que plusieurs officiers soutiennent Marc Ravalomanana lors de la grave crise électorale de 2001-2002 ?

    Pas vraiment, parce que les généraux qui soutiennent Marc Ravalomanana n’ont pas véritablement souffert de la politisation de l’armée au sens de Ratsiraka qui a su être assez généreux. Et je crois que les hauts gradés qui se rallient à Marc Ravalomanana sont parmi ceux qui auront été les plus gâtés par Didier Ratsiraka et qu’ils agissent par opportunisme militaire…

    Ils sentent que le vent tourne.

    Tout à fait. Et que de nouvelles gratifications sont à la clé de leur retournement, sachant qu’un retournement à Madagascar a un sens symbolique très fort puisqu’il concerne au premier chef les morts.

    Après 1972, c’est en 2009 que les militaires reviennent au-devant de la scène politique lors de la fameuse mutinerie qui renverse Marc Ravalomanana et porte Andry Rajoelina au pouvoir. Est-ce que les milices pro-Rajoelina étaient en fait des militaires déguisés en miliciens ?

    Pas vraiment, parce que les militaires, à commencer par Didier Ratsiraka, ont toujours eu à côté de leur propre équipe militaire des milices. Ce qui est intéressant du point de vue militaire dans le coup d’Etat qui amène Rajoelina au pouvoir, c’est que ce n’est pas un coup d’Etat de hauts gradés. Ce sont des colonels et des capitaines qui sont à la manœuvre. D’ailleurs les plus gradés sont exclus du jeu par justement les colonels lors de la fameuse scène de l’évêché où ils sont arrêtés et éconduits.

    Oui, c’est chaud en mars 2009. Et on voit bien que l’armée est divisée entre les officiers les plus âgés qui soutiennent semble-t-il Ravalomanana, et les plus jeunes, les moins gradés qui soutiennent Andry Rajoelina…

    C’est exact. Mais en même temps, les choses vont rentrer dans l’ordre après la prise du pouvoir par Rajoelina, puisque les généraux et amiraux qui avaient été éliminés par les colonels lors de la fameuse scène de l’évêché en mars 2009 reviennent au gouvernement, alors que les colonels qui ont été actifs dans ce coup d’Etat de Rajoelina, eux, resteront dans l’ombre, n’auront pas de poste de ministres et ne rentreront pas au gouvernement.

    « Les bureaucrates galonnés prennent le dessus sur les centurions parachutistes », comme vous dites…

    Tout à fait.

    Et ensuite dites-vous, sous la période de la transition Rajoelina [2009-2013], « les militaires maillent le gouvernement et la haute fonction publique. Ils ne rechignent pas à se mêler au trafic en tout genre, notamment celui du bois de rose »…

    C’est exact. La paix avec les militaires est acquise par Rajoelina en leur confiant des zones de contrôle de bois de rose pour participer à la grande opération de pillage qui va culminer, il ne faut pas l’oublier, au moment des élections de 2013 et mettre en place à l’Assemblée nationale des hommes politiques qu’on voit à la manœuvre aujourd’hui,  qui sont principalement des élus du bois de rose puisqu’ils ont acheté leur vote et qu’ils ont acheté également leur tranquillité comme exploitants illégaux des bois de rose, en prenant une couverture politique, mais en associant également leurs opérations avec des militaires.

    Depuis cette élection de 2013, qui a vu arriver au pouvoir Hery Rajaonarimampianina, est-ce que les militaires ont perdu de l’influence dans la sphère politique ou pas ?

    Dans la sphère bureaucratique, ils n’ont pas perdu d’influence parce que les militaires, en particulier en fonction de leur rang hiérarchique, sont encore déterminants au pouvoir aujourd’hui, et sont également très présents dans les ministères et dans les régions. Et même avec Hery Rajaonarimampianina, le nouveau président, ils ont consolidé leur maillage et leur intrication dans le système politique et dans le système bureaucratique.

    Vous parlez même de « leur insertion souterraine dans la gouvernance criminelle ». C’est sous Andry Rajoelina ou sous la présidence actuelle ?

    C’est sous Rajoelina qu’ils s’intègrent complètement dans la gouvernance criminelle. Aujourd’hui, ils se trouvent concurrencés dans cette gouvernance criminelle par les députés du bois de rose.

    Jeudi 31 mai, après cinq semaines de crise politique, le ministre de la Défense, qui est un général de l’armée de terre, a posé la police et l’armée comme « les derniers remparts de la nation malgache ». Est-ce que ce n’est pas une forme de menace ?

    Oui, c’est une forme de menace et cela rappelle beaucoup les propos que tenaient l’armée et le général Ravalomanana, un général de la gendarmerie, pendant la campagne électorale de 2013, très souvent les discours du général Ravalomanana à l’époque…

    Qui n’a rien à voir avec l’ancien président.

    Oui, qui est un homonyme. Donc les militaires sont toujours des arbitres et des arbitres partiaux des conflits politiques et électoraux. Dans le cas de l’actuel ministre de la Défense qui a pris la parole à plusieurs reprises, il a tenu un discours assez clair vis-à-vis d’Andry Rajoelina et de Marc Ravalomanana en disant qu’il faut revoir les lois électorales pour qu’ils puissent se présenter. En substance, il dit : « Je soutiens le principe qu’ils soient candidats, mais je ne suis pas derrière l’un d’eux ».

    Ça, c’est le discours du ministre de la Défense, Béni Xavier Rasolofonirina, qui a la limite peut rouler pour lui-même ?

    C’est quelque chose qui est loin d’être exclu.

    Olivier Vallée. Olivier Vallée


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