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    Corée du Nord: le fantasme de l’ouverture économique

    Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour le 12 juin 2018. REUTERS/Jonathan Ernst

    Une poignée de main « historique », « symbolique » dont on doit encore attendre les retombées concrètes entre le dirigeant américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Les retombées économiques d’une possible ouverture du régime nord-coréen, voilà un sujet déjà évoqué par Donald Trump lui-même.

    Dans un de ses tweets, il s’était dit optimiste. « J’estime véritablement que la Corée du Nord à un brillant potentiel et sera une grande nation économique et financière un jour » a-t-il osé. Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, de son côté, avait promis que de « nombreuses entreprises américaines » viendraient dans le pays si le régime laissait tomber son arsenal nucléaire.

    Le voisin du sud, le frère ennemi sud-coréen, avec qui le rapprochement a été tout aussi spectaculaire, mise tout sur la coopération économique pour pacifier la péninsule.

    Ainsi, on connaît le rôle central que joue Kaesong, le complexe industriel situé à la frontière entre les deux pays, inaugurée en 2004 et fermée en 2016 à la suite d’un nouveau tir de fusée nord-coréen. Il a été jusque-là le symbole de l’entente possible entre les deux Corées.

    Au plus fort de son activité, cette zone accueillait 125 entreprises et 42 000 ouvriers nord-coréens.

    Lors d’une rencontre historique sur la zone démilitarisée, le président sud-coréen a transmis à Kim sa vision du rapprochement, une ceinture économique qui viendrait recouvrir la zone de démarcation militaire.

    Cela passerait avant tout par le rétablissement des lignes ferroviaires rompues entre les deux pays. Et qui permettrait aux industriels du sud de remonter vers le nord puis vers la Chine les marchandises ou encore par la mise en place d’un projet de gazoduc entre les Corée et la Russie.

    Les ressources minérales du pays attisent toutes les convoitises

    Acier, or, zinc, graphite et beaucoup d’autres matériaux prisés pour la production de smartphones ont de quoi intéresser le géant de l’électronique qu’est la Corée du Sud.

    On estime à 6 000 milliards de dollars la valeur des réserves souterraines sur lesquelles repose le pays de Kim Jong-un. De nombreux investissements doivent être réalisés pour en tirer le meilleur profit selon la Corée du Sud qui se propose d’y remédier.

    Séoul n’est pas seule à s’y intéresser

    Absente du sommet de Singapour, la Chine n’en est pas moins incontournable. C’est depuis des années, le premier client des ressources minérales de la Corée du Nord. C’est beaucoup moins le cas ces derniers mois avec les sanctions onusiennes qui frappent les échanges frontaliers.

    90 % du commerce extérieur nord-coréen se fait avec la Chine : charbons, et fruits de mer contre pétrole essentiellement. Difficile de penser que cette dépendance réciproque va s’éroder.

    Le régime socialiste de Kim Jong-un est-il prêt pour l’ouverture économique ?

    La priorité, c’est de lever les sanctions qui entravent ce lien essentiel avec la Chine, quasi unique ouverture avec le monde extérieur. Or, c’est le nœud du problème puisque cette levée des sanctions est liée au programme nucléaire du régime.

    Cela dit, dans le pays, à la faveur d’une politique voulue par Kim Jong-un, des centaines de milliers de commerces illégaux ont fleuri à l’ombre des entreprises publiques... desserrant l’étau sur une population qui se révèle étonnamment très entrepreneuse. Mais on est très loin de la véritable liberté d’entreprise.

    Selon les connaisseurs du fonctionnement nord-coréen, en cas de levées des sanctions, très hypothétiques pour l’instant, le pays pourrait s’en tenir à un régime de zones économiques spéciales pour accueillir les investisseurs étrangers.

    Une véritable ouverture qui fait peur

    Politiquement, c’est un risque pour Pyongyang. Surtout, aucune réforme n’a été entreprise pour préparer le système à une économie de marché même sur le modèle du voisin chinois par exemple.

    Le régime est réputé dur en affaires, avec un recours assumé à la prédation. Dernier exemple en date, le 6 octobre dernier, à Kaesong, le complexe industriel à la frontière sud, Pyongyang a annoncé le redémarrage de plusieurs usines textiles de site sans l’autorisation des propriétaires sud-coréens. Ce qui s’apparente à une nationalisation pure et simple sans contrepartie.

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