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    C.Duflot (OXFAM): «Il faut remettre de la rationalité, du sens et de l’humanité» dans la gestion des migrations

    Cécile Duflot, nouvelle directrice générale d'Oxfam France. twitter/oxfamfrance.org

    Chef du parti écologiste, ministre de François Hollande... Cécile Duflot a été une grande figure politique française. Aujourd'hui, en prenant la tête de l'ONG Oxfam France, elle tourne la page et se lance dans l'action humanitaire. Mais renonce-t-elle vraiment à la politique ? De retour du lac Tchad, la toute nouvelle directrice générale d'Oxfam France prendra ses fonctions demain, vendredi 15 juin. Elle s'exprime, au micro de Christophe Boisbouvier sur la crise au Sahel et... sur l'affaire des migrants de l'Aquarius. Le navire, rejeté par les autorités italiennes fait désormais route vers l'Espagne.

    RFI : Vous rentrez du lac Tchad. Qu’est-ce que vous y avez vu ?

    Cécile Duflot : En fait, Oxfam au Tchad intervient dans la zone du lac depuis deux ans et surtout dans la zone la plus difficile, celle qui est à la frontière avec le Niger. Donc autour de Daboua, entre Lioua et Daboua, dans une zone où il y a des déplacés. Des gens qui ont fui les îles et fui les groupes liés à Boko Haram et qui se sont installés dans une zone totalement désertique, sans accès à l’eau, sans accès à la santé, sans école, sans accès aux services sociaux de base.

    Combien de personnes sont touchées par le conflit Boko Haram dans cette région du lac Tchad ?

    Il y a 17 millions de personnes qui sont plus ou moins affectées, dont 10 millions qui ont besoin, sur l’ensemble des pays qui bordent le lac, d’une aide humanitaire d’urgence. Mais il faut aussi penser, et ça c’est vraiment le sens du message, que l’humanitaire ne suffira pas. Ce n’est pas une crise ponctuelle, c’est aussi une crise écologique du fait du réchauffement climatique et donc avec une fragilité et une sécurité alimentaire qui est de plus en plus menacée dans toute cette zone. Donc, il faut être conscient qu’il y a aussi une focale qui est mise par les pays du Nord et par la France. J’étais au Tchad en même temps que le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, qui a pris cette question de l’Alliance Sahel ou du G5 Sahel quasi exclusivement sous l’angle militaire et sous l’angle de la sécurité et c’est faire l’impasse sur la réalité de la situation.

    Le 23 février à Bruxelles, l’Union européenne a décidé de débloquer tout de même 414 millions d’euros pour le programme de développement Alliance pour le Sahel. C’est une aide concrète quand même…

    Effectivement, il y a des moyens qui sont alloués. Mais ces moyens doivent faire l’objet d’un vrai travail sur la gouvernance et en tout cas, ces moyens sont encore insuffisants. L’ampleur des besoins sur la question sahélienne devrait, de mon point de vue, être mise au cœur du débat du prochain G7. Puisque le président Macron a indiqué que la France accueillerait le G7 2019 à Biarritz, il faut que la question sahélienne dans son ensemble soit au cœur des préoccupations du G7.

    Vous étiez la ministre de François Hollande quand a été lancée l’opération militaire Serval au Sahel. Aujourd’hui, elle s’appelle Barkhane. Il faut la poursuivre ou il faut l’arrêter ?

    Bien sûr, il y a eu un moment où l’arbitrage face à un danger, au danger des populations civiles, peut conduire à une intervention militaire. Mais en tout cas, elle ne peut jamais ni être exclusive ni être durable.

    Avec Emmanuel Macron, il y a une évolution vers le « encore plus sécuritaire » ou bien vers le développement avec l’Alliance pour le Sahel ?

    Effectivement, il y a eu… c’est comme toujours avec le président de la République, je pense qu’il a eu raison de dire que ce volet développement devait être mis en œuvre avec Alliance Sahel. Simplement, la question c’est celle des moyens et d’aller au-delà de la communication. Il faut vraiment prendre cette question à bras-lecorps. C’est pour cela que, puisqu’il a choisi de se saisir de cette question, je l’invite à la mettre à l’ordre du jour du G7 2019 qui aura lieu à Biarritz. Je pense que la communication ne suffit pas et les petits projets non plus.

    Depuis quelques mois, Oxfam International est en crise suite à la révélation de graves abus sexuels commis par les représentants d’Oxfam en Haïti. Il y a de moins en moins de donateurs privés. Est-ce notamment pour redorer son blason qu’Oxfam International vous a recrutée ?

    Non, pas du tout. Je reviens d’une semaine avec les équipes de terrain, donc celles qui sont au plus près des communautés, et c’est pour elles que la situation était la plus difficile…

    Les équipes d’Oxfam Tchad ?

    Les équipes d’Oxfam Tchad, oui… Pourquoi ? Parce que, concrètement, il s’est passé qu’il y a eu un ralentissement des dons et aussi certains bailleurs ont été plus prudents. Mais concrètement, la sanction a pesé sur les bénéficiaires, sur ceux qui avaient besoin d’aide alimentaire, sur ceux qui avaient besoin qu’on creuse des forages. Et c’est pour cela que c’était très douloureux. Donc, il était normal qu’Oxfam reçoive cette claque. Parce qu’il était parfaitement insupportable qu’il se soit passé ce qu’il s’est passé. Et cela interroge tous les humanitaires, cela interroge les agences de l’ONU. Chacun le sait. Et donc, il faut y faire face et Oxfam a pris les choses à bras-le-corps, en mettant sur le devant de la scène les réponses à apporter. Mais cela ne doit absolument pas, évidemment, ni discréditer la nécessité d’intervenir, ni même notre organisation. Evidemment que cela ne doit pas se reproduire.

    Vous êtes une femme politique d’une espèce rare, puisque vous quittez la politique. Mais mon confrère Le Figaro Magazine dit que vous entrez dans le grand réseau mondial du contre-pouvoir humanitaire et que finalement vous y restez, dans la politique.

    Vous savez, je crois que la volonté de faire bouger les choses on peut le faire de différentes manières. Je ne l’aurais peut-être pas dit au moment où je suis rentrée chez Oxfam, mais après cette semaine passée au Tchad avec des populations… Il faut imaginer ce que cela veut dire, ils ont juste une petite hutte en paille. C’est une personne qui vous dit les yeux dans les yeux « On n’a même pas de linceul pour enterrer nos morts ». Donc c’est de cela dont on parle, c’est de ces populations-là. C’est mon caractère, je pense qu’on ne peut pas rester les bras ballants. Donc je serai toujours une femme engagée où que ce soit, à Oxfam plus qu’ailleurs et j’y prendrai ma part, oui.

    Vous êtes passée de la scène française à la scène internationale. Mais un jour, vous y reviendrez, à la scène française ?

    Mais, vous savez, tout le monde pense cela. Alors, pour être très franche, je préfère mille fois être une actrice du changement dans une organisation internationale comme Oxfam, qu’être une commentatrice de la vie politique. Peut-être que cela va être dans la durée et peut-être que la suite de ma vie sera uniquement sur ces questions internationales. Parce que je trouve qu’elles ont une résonnance nationale. Ce qui se passe avec l’Aquarius c’est ce qui se passe aussi au Sahel.

    Et ce bateau Aquarius, dont l’Italie n’a pas voulu et sur lequel la France n’a rien dit ?

    Je trouve que c’est tragique. Ce qui est tragique c’est d’oublier les grands principes. Et parmi les grands principes du secours en mer il y a le fait qu’on accueille. On offre un havre au bateau en détresse. Et je dis que les politiques, à mon avis - certains politiques français -, se trompent. Quand on dit que ce bateau était plus près de Valence que de Marseille, alors que c’est matériellement et géographiquement inexact, la parole politique perd beaucoup de sens.

    Ca, c’est pour Jean-Yves Le Drian ?

    Oui, qui a dit devant les parlementaires un mensonge éhonté. Donc c’est un vrai sujet la question de l’immigration et l’espèce humaine est une espèce de migration de tout temps. Je pense qu’il faut remettre à la fois de la rationalité, du calme, du sens et de l’humanité.

    Mais Emmanuel Macron a dénoncé chez les Italiens la part de cynisme et d’irresponsabilité.

    Eh bien, dans ces cas-là on donne des leçons en s’appliquant soi-même les principes. J’aurais préféré qu’il ne donnât pas de leçons aux Italiens, mais qu’il accueille l’Aquarius, tout simplement, ou même en Corse, comme l’exécutif de Corse l’avait proposé. La réalité c’est que personne ne peut élever des barricades infranchissables contre la détresse et la misère.

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