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    Coupe du Monde 2030: comment le Maroc pourrait-il décrocher son organisation ?

    Jean-Baptiste Placca RFI

    Et si le Maroc, pour accroître ses chances de décrocher l’organisation de la Coupe du monde de football, s’associait à un ou deux autres Etats africains ? Quelques heures à peine après avoir perdu, le 13 juin 2018, l’organisation de la Coupe du monde 2026 de football, au profit du trio Canada, Etats-Unis, Mexique, le Royaume chérifien, annonçait par la voix de son ministre des Sports, se porter candidat pour accueillir l’édition 2030 de la compétition. Ce ne sera guère que la sixième tentative. Mais comment expliquer une telle insistance, une telle persévérance, pour accueillir la première manifestation footballistique au monde ?

    De la suite dans les idées, sans doute. Et la preuve aussi, probablement, que ce Royaume, conquérant, a le courage de ses ambitions, et sait s’en donner les moyens. Même si le sort, cruel, a voulu que, deux jours à peine après cette défaite que l’on pourrait qualifier de diplomatique, le Royaume perdait, sur la pelouse de Saint-Pétersbourg, son premier match dans ce Mondial 2018. Battu 1 à 0 par l’Iran. Au regard de la composition du groupe B dans lequel évoluent les Lions de l’Atlas, cette défaite pourrait, hélas, signifier l’élimination du Maroc, dès la phase de groupes de cette 21e édition de la Coupe du monde de football.

    Le plus triste est que cette candidature marocaine était censée être la candidature de l’Afrique. Mais elle a échoué à mobiliser plus de 80 % des voix africaines lors du Congrès de la Fifa, à Moscou.

    La vérité historique impose de préciser que même avec la totalité des voix africaines, le Royaume chérifien n’aurait pas emporté l’attribution de la Coupe du monde 2026. Mais il demeure que le Maroc ne peut espérer mobiliser les autres continents, s’il ne sait mobiliser, en premier lieu, les nations africaines. Les défections ne sont pas toutes anodines. Et le succès d’une future sixième candidature marocaine devra tenir compte des raisons de certaines de ces défections, justement.

    Pourquoi est-ce si important d’analyser les défections ?

    D’abord, parce que cinq échecs ne peuvent s’expliquer par la seule malchance, ou manque de chance. Et les Marocains, mieux que quiconque savent à quel point le succès dépend de la capacité à bien analyser les échecs. Ce pays est un des rares du continent à avoir su mener une réflexion prospective sur sa place et son rôle en Afrique. Une des seules nations à avoir une stratégie, pour ne pas dire une politique africaine. Dans une vie de grand reporter, dans les années 1980, nous croisions systématiquement dans les hôtels, au sud du Sahara, des responsables de quelques banques marocaines. Qui ont, depuis, supplanté les trois principaux établissements français qui contrôlaient, naguère, le secteur bancaire dans la Zone franc, et bien au-delà.

    Le Maroc, durant ses années d’isolation volontaire, du fait de la présence du Polisario à l’OUA, puis à l’UA, a opté pour une solide implantation économique dans les pays. Sauf que, au sein de la population et de la partie la plus éclairée de l’opinion, cette implantation est encore parfois vécue comme un piège, une prise de contrôle, que d’aucuns assimilent à ce que les Africains reprochaient naguère à la France, sinon à la Françafrique.

    Y-a-t-il donc une méfiance ?

    Il y a, en tout cas, une sourde réticence, comme ce que l’on a pu percevoir, lorsque le Maroc, il y a quelques mois, a manifesté le désir d’intégrer la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Comme si la prospective avait oublié de prendre en compte les populations, la jeunesse, et même l’élite intellectuelle. Comme si le Maroc s’était contenté d’emporter l’adhésion de quelques chefs d’Etat ou du pouvoir, en général, sans intégrer le rejet dont sont l’objet ces chefs d’Etat ou ces pouvoirs.

    Ce sont exactement les mêmes lacunes que semble comporter la candidature africaine du Maroc pour l’organisation de la Coupe du monde de football. Si le Maroc veut organiser la compétition au nom de l’Afrique, il doit aussi savoir associer, d’une manière ou d’une autre, les peuples à cette candidature, et non pas se contenter du soutien des seuls dirigeants ou même de quelques grands noms du football africain. Ils sont indispensables, mais ne peuvent être les seuls. Et puis, après avoir perdu face à trois pays, dont un qui compte cinquante Etats, et les deux autres s’étendant sur plus de 12 millions de kilomètres carrés, le Maroc ne serait-il pas bien inspiré de prendre conscience que sa candidature serait tellement plus impressionnante, si elle intégrait d’autres nations du continent, dans un projet courageux, qui rappelle que l’Afrique est grande, belle, et multiple ?


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