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    Mehdi Alioua (Maroc): «Ce mouvement social c’est la demande d’une société plus juste»

    Manifestation contre la cherté de la vie au Maroc le 5 juin 2018. Les consommateurs ont lancé une campagne de boycott de certains produits. REUTERS/Youssef Boudlal

    Depuis près de deux mois le Maroc vit au rythme d'un boycott inédit des produits chers dans le pays. Les Marocains protestent contre leur faible pouvoir d'achat et ciblent des produits bien précis au point de faire chuter les ventes, fragilisant le gouvernement en place. Ce boycott illustre l'ampleur des tensions sociales et pourra même conduire à un remaniement gouvernemental si l'en on croit la presse marocaine. Mehdi Alioua, sociologue marocain, enseignant-chercheur permanent à Sciences Po Rabat de l’Université Internationale de Rabat, est notre invité. Il revient sur les raisons et la portée de ce phénomène.

    Mehdi Alioua, sociologue marocain (capture d'écran). youtube.com

    Mehdi Alioua (Sociologue)

    Rfi: Peut-on dire que ce boycott que vit le Maroc a surpris tout le monde, au sens où il est venu de nulle part ?

    Mehdi Alioua: Oui. Il n’est pas venu complètement de nulle part mais il n’est pas vraiment encadré par des professionnels de la politique, même s’il est venu plutôt du camp du PJD, un parti à référence islamique. Il n’empêche qu’il a été immédiatement approprié par une grande majorité de Marocains et même au niveau de la sociologie ou encore des penseurs politiques, tout le monde a été surpris.

    Ce mouvement de boycott inédit au Maroc, c’est en quelque sorte un soulèvement contre des produits chers. Qu’est-ce qui fait que ce boycott est suivi par 42 % de la classe moyenne, selon une revue marocaine ?

    C’est vrai que vous faites bien de signaler que c’est surtout la classe moyenne et les classes urbaines ou même celle des petites villes, des campagnes parce que c’est celle qui a le plus de mal à advenir. Il faut comprendre que la classe moyenne marocaine vit bien en-dessous, en termes de revenus, par rapport aux classes ouvrières européennes. Pourtant, elle aspire à mieux et la vie est très chère. On pense que la vie n’est pas chère dans des pays comme le Maroc mais en fait, tous les produits importés sont aussi chers qu’en Europe, voire même plus chers qu’en Europe. Il y a donc un ras-le-bol généralisé, notamment chez une population qui estime avoir fait les preuves, dans un système capitaliste méritocratique, de pouvoir mieux vivre. Ce sont des diplômes, etc... mais pas forcément le pouvoir d’achat qui va avec.

    Les Marocains protestent contre la vie chère, les produits chers mais derrière cette contestation, il y a aussi une forme de rejet des hommes d’affaires millionnaires qui font aussi la politique ?

    Je pense que c’est surtout cela qui est visé. Il y a un mélange de genres, depuis longtemps. Ce n’est pas quelque chose de récent. Il y a ce ras-le-bol, notamment autour de la figure d’un ministre aujourd’hui controversé, Akhannouch, qui est un des hommes les plus riches du Maroc et même des plus riches d’Afrique. Il est en même temps ministre de l’Agriculture - il a le plus gros budget de l’Etat marocain, notamment l’aide au développement rural –  et en même temps, il gagne sa vie en ayant des fermes, en ayant la production rurale. Donc, est-ce que l’on peut être ministre et en même temps exploiteur ou encore le plus grand exploiteur rural agricole ? Cela pose de vraies questions déontologiques.

    Le Maroc a connu, ces derniers mois, plusieurs manifestations dans différentes régions contre la pauvreté, le chômage et pour la dignité. Dans quelle mesure ce boycott est-il lié à ce malaise économico-social du pays ?

    En fait, il est totalement lié. C’est un mouvement social de fond qui est en train de se mettre en place. C’est la demande d’une société plus juste, comme on appelait avant un Etat-providence. Majoritairement, les Marocains ne remettent pas en question la Constitution, la hiérarchie du pouvoir ou encore la question de la place du roi qui est chef de l’Etat. Par contre, ils remettent en question l’idée que l’Etat marocain se réduit au Marzen et ils demandent un Etat-providence, c’est-à-dire des écoles de qualité et des soins. Autrement dit, que n’importe qui, en travaillant, puisse bénéficier des fruits de son travail et vivre dignement. Ils s’inscrivent complètement dans la lutte pour la dignité, contre les injustices sociales puisque l’on a l’impression que, gouvernement après gouvernement, quelles que soient les couleurs politiques, aucune réforme de fond n’est mise en place pour pouvoir avoir un réel Etat-providence au Maroc.

    Ce boycott a déjà coûté la place à un ministre du gouvernement, mercredi 6 juin. Quelle sera, à votre avis, l’avenir de ce mouvement ?

    En tant que sociologue, je pense que les Marocains montrent qu’ils sont des citoyens, des citoyens éveillés, qu’ils ont conscience des choses et qu’ils sont aussi des citoyens mesurés, c’est-à-dire qu’on n’est pas dans le rejet de toutes les élites, de tous les partis ou de la politique. Il y a l’idée que l’offre politique ne convainc pas les Marocains et que  finalement il n’y a que le boycott ou certains mouvements sociaux qui arrivent à les relier politiquement pour pouvoir faire passer le message directement aux gens qui dirigent ce pays.

    Le gouvernement marocain peine à réagir face à cette mobilisation d’une portée jamais vue. Pourquoi le pouvoir met-il autant de temps à réagir dans ce dossier ?

    Parce que depuis la Constitution de 2011, l’intervention du chef de l’Etat - du roi - doit être mesurée. Elle ne peut pas se faire à tous les moments. Par conséquent, c’est au gouvernement de se débrouiller là-dessus. Il n’a pas su le faire et une des raisons pour lesquelles il n’a pas su le faire, c’est que ceux qui dirigent le gouvernement - le PJD - ont été accusés d’avoir lancé le boycott par une autre partie de ceux qui participent de cette coalition qui sont visés par ce boycott. Du coup, il y a une sorte de solidarité gouvernementale qui a mis le gouvernement en porte-à-faux avec leurs électeurs. Pour l’instant, le roi du Maroc n’a pas à être l’arbitre systématique de toutes ces phases de la vie politique. Néanmoins, effectivement, cela ne pourra pas durer sans l’intervention d’un arbitre.


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