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    «The End» de Zep: «le trait qui traduit le monde réel»

    La couverture (détail) de la bande dessinée « The End » de Zep. Editions Rue de Sèvres

    On connaît le dessinateur de bande dessinée Philippe Chappuis sous son nom de plume Zep et pour un personnage dont les aventures se vendent dans le monde entier : Titeuf, petit garçon facétieux à la houppette blonde, la star des cours de récré. Depuis quelques années maintenant, Zep publie des albums destinés à un lectorat plus adulte. C'est le cas de son dernier ouvrage, The End, (« La Fin ») un récit apocalyptique décrivant la possible disparition de l'espèce humaine, liée à ses activités détruisant l'environnement.

    RFI : The End est un récit apocalyptique sur la possible extinction de la race humaine. Est-ce que c’est une question qui taraude le citoyen que vous êtes, le père de famille ?

    Zep : L’extinction de l’espèce humaine ? Non [rires]. C’est un thème qui m’intéresse parce qu’il y a l’idée de la page blanche : on efface tout et on recommence. Si on recommençait, comment on recommencerait ? C’est cela qui m’intéresse. Si on devait faire différemment, comment est-ce qu’on ferait ? On se rend bien compte qu’il y a beaucoup de choses qui dysfonctionnent dans notre manière de vivre, notre manière de vivre en société et aussi notre manière d’occuper cette planète. Donc ce n’est pas étonnant qu’on soit dans une période où ce genre de récit se développe beaucoup.

    Dans The End, on suit Théodore qui est un jeune et beau chercheur qui part travailler sur une île suédoise pour un professeur iconoclaste, un paléo botaniste qui théorise une sorte d’ « international des arbres », en tout cas une intelligence végétale qui contiendrait un savoir ancestral. Pour cela, il tente de décoder l’ADN de l’arbre. Est-ce que vous vous êtes beaucoup documenté ? Ce que vous présentez dans le livre, est-ce une théorie crédible ?

    C’est de la science-fiction. Il y a de la science et il y a de la fiction. Il y a beaucoup d’éléments scientifiques. Cette théorie du professeur qu’il appelle le « codex arboris », une espèce d’histoire de la terre renfermée dans l’ADN de l’arbre, c’est de la fiction. Mais on sait déjà que maintenant dans l’ADN des grands arbres, non seulement il y a leur code - c’est-à-dire toute leur histoire est codée - mais l’histoire de l’espèce est codée aussi. C’est-à-dire qu’on peut lire par exemple dans l’ADN du chêne des informations sur le chêne depuis son origine. On a des indications sur plusieurs millions d’années. Les arbres sont là depuis 300 millions d’années. Nous, on est là depuis 300 000 ans. On n’est pas du tout dans le même ratio. Et ce n’est pas possible de se dire qu’une espèce qui est sur terre depuis aussi longtemps n’aurait pas accumulé une dose de connaissances et de savoirs. Surtout, maintenant, on sait qu’il y a une intelligence des arbres, une volonté des arbres.

    Du coup, vous vous êtes beaucoup documenté ?

    Beaucoup. J’ai rencontré beaucoup de paléobotanistes, de botanistes, de chimistes et j’ai pas mal été épaulé par le professeur Francis Hallé, un très grand botaniste français, un personnage magnifique. Le film Il était une forêt est consacré à son travail. Ce projet fantastique s’appelle Le radeau des cimes et consiste à envoyer des dirigeables qui se posent sur la canopée amazonienne et qui analysent toute la vie qu’il y a sur ce sommet de la forêt primaire. C’est un personnage fascinant. Donc j’ai tellement aimé le bonhomme que je lui ai demandé si je pouvais donner ses traits au professeur Frawley, qui est le professeur de mon histoire. Il était d’accord, il a posé pour moi. Donc le professeur Frawley a la tête de Francis Hallé.

    Le professeur Frawley est un personnage assez iconoclaste. Il écoute The Doors, c’est pour cela aussi qu’il y a ce titre de votre album à double fond, The End, le titre des Doors.

    Je crois qu’il y a cela un peu dans tous mes albums. Il y a toujours une petite réminiscence de la pop des années 1960-70. C’est une musique qui m’accompagne très fort dans ma vie depuis toujours. J’ai choisi de manière assez instinctive et arbitraire cette chanson. Le titre me convenait bien. Mais pour tout vous dire, au départ, le professeur était fan des Beatles, il écoutait en boucle L’Album blanc [White album]. Je me suis rabattu sur les Doors parce que le titre me plaisait plus. Mais je trouve que les paroles de la chanson, quand elles apparaissent, donnent aussi tout à coup une dimension poétique à l’histoire.

    Zep, dans cet album The End, on reconnait quand même votre graphisme, même s’il n’a rien à voir avec ce que vous faites pour Titeuf. Le trait est beaucoup plus réaliste ?

    Oui. Je dessine de plus en plus d’après nature. Et mon dessin humoristique, tel qu’il est dans Titeuf, c’est un dessin qui vient de la bande dessinée alors que mon dessin réaliste vient du réalisme. C’est-à-dire que je vais dessiner et je demande à des gens de poser pour moi. Je vais dessiner les lieux, je vais dessiner les impasses parce que j’adore cela. Et si je dois dessiner n’importe quel élément, je vais aller le dessiner d’après nature. C’est vraiment le trait qui traduit le monde réel.

    Planche de la bande dessinée « The End » de Zep. Editions Rue de Sèvres

    The End, bande dessinée de Zep, aux Éditions Rue de Sèvres, 88 pages.


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