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    Ibrahim Assane Mayaki: «L'Europe doit changer son regard sur l'Afrique»

    Ibrahim Assane Mayaki, en septembre 2010. AFP/Issouf Sanogo

    C’est l’un des grands « développeurs » du continent, Ibrahim Assane Mayaki a été Premier ministre du Niger et dirige depuis neuf ans le Nepad, l’agence de développement de l’Union africaine. Aujourd’hui, il publie L’Afrique à l’heure des choix chez Armand Colin. Il y parle d’économie, mais aussi de politique. Pour la première fois dans cette interview, il s’exprime même sur la présidentielle qui aura lieu au Niger en 2021. De passage à Paris, le patron du Nepad répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : L’Italie qui a refusé le bateau Aquarius, la France qui l’a ignoré. Qu’en pensez-vous ?

    Ibrahim Assane Mayaki : Ce que je pense, c’est qu’il est important que l’Europe mette de l’ordre dans sa maison, dans le sens très positif du terme, pour que l’Afrique puisse entamer un dialogue avec l’Europe de manière cohérente. Il faut qu’on déplace aussi le curseur des questions purement liées à la migration à des questions de co développement entre l’Europe et l’Afrique.

    Il faut peut-être que l’Europe change son regard sur l’Afrique ?

    Oui, l’Europe doit absolument changer son regard sur l’Afrique. Il ne faut pas oublier que le Fonds des Nations unies pour la population nous dit que, d’ici une trentaine d’années, d’ici 2050, 30% des naissances dans le monde seront en Afrique. Si on regarde l’âge moyen médian de l’Afrique qui est de 19 ans, et l’âge médian de l’Europe qui est de 47 ans, c’est un défi et en même temps, c’est une opportunité. Plus tôt les débats s’installent sur les questions de fond et plus il sera facile de régler des questions comme celle de l’Aquarius évidemment.

    Y a-t-il une classe moyenne en Afrique ? Y a-t-il un marché pour l’Europe ?

    Il y a une classe moyenne, qui est évaluée à peu près à 400 millions de personnes. Mais ce qui est sûr, c’est qu’avec une population d’un milliard qui va doubler d’ici 2050, la part de la classe moyenne va substantiellement s’agrandir et cette part de la classe moyenne va constituer un marché. C’est vrai que les Africains, dans la définition de la zone de libre échange continentale, vont s’appuyer sur leurs marchés régionaux afin de booster leur compétitivité à travers une industrialisation accrue, mais la complémentarité économique à établir avec l’Europe sera évidente. Et c’est un marché potentiellement proche de l’Europe et on est dans un « win-win », gagnant-gagnant, comme disent les Anglo-saxons. Mais attention à ne pas prendre les raisonnements sous des angles populistes qui ne feront qu’aller vers de mauvaises solutions.

    Cela, c’est pour l’Italie et la France qui refusent l’Aquarius ?

    Je ne vais pas qualifier de pays en particulier. Mais il est évident que le populisme ne mène pas à de bonnes solutions.

    Alors dans votre dernier ouvrage, « L'Afrique à l'heure des choix » que vous venez de publier chez Armand Colin, vous écrivez que « Si l’Afrique ne se développe pas assez vite, ce n’est ni par manque d’argent, ni par manque de bonne volonté, c’est parce qu’il n’y a pas suffisamment de pays dont les institutions sont à la hauteur de ces défis ». A quelles institutions pensez-vous ?

    La plupart des pays africains, qui ont des institutions de qualité, ont des niveaux de développement assez élevés. Je vais vous donner un exemple : prenez la République centrafricaine et vous prenez le Botswana, sensiblement de la même taille, de même population ; sensiblement la même densité de ressources minérales naturelles. A leur indépendance, ces deux pays avaient des revenus par habitant aux alentours de 400 dollars. Et aujourd’hui, le Botswana a multiplié son revenu par habitant par 20, soit 8 000 dollars, et la Centrafrique l’a divisé par deux. Donc si vous regardez la qualité institutionnelle du Botswana, le fait que l’accès à la santé, à l’éducation soit gratuit, le fait qu’ils aient su gérer la manne diamantifère en produisant des politiques publiques qui soient appropriées… Tout cela fait la différence avec la République centrafricaine où vous avez toute une histoire faite de coups d’Etat, de rébellions, etc. Donc vous voyez que les institutions évidemment jouent un rôle. Heureusement, nous avons plus de pays qui ressemblent au Botswana et c’est le chemin vers lequel il faut aller. Et je crois que la classe dirigeante centrafricaine est tout à fait consciente de ce fait-là.

    Parmi les transitions politiques les plus récentes, Burkina Faso, Angola, Zimbabwe, peut-être Ethiopie, quelle est celle qui vous paraît la plus porteuse d’espoir en termes de développement ?

    Je crois que toutes ont un point commun : ça dénote une accélération du changement. Notre société civile, notre secteur privé ont une vitesse de raisonnement et une compréhension qui est plus importante que la vitesse des Etats. Et je crois qu’il n’y aura pas de transformation structurelle sans un minimum de consensus. Et cela, c’est ce que tous les dirigeants de ces pays en transition essaient de pousser.

    La différence peut-être, c’est qu’au Burkina Faso il y a eu une alternance ; en Angola, il y a une transition sans alternance. Quel est le modèle qui vous paraît le plus propice ?

    Je crois que si vous regardez l’Angola, on peut appeler cela une alternance. Les changements, qui sont en train d’être effectués par le président [João] Lourenço, démontrent des fois qu’il y a plus de changements que lors d’une alternance normale. Donc on peut appeler cela tout à fait une alternance.

    Et vous pensez à la lutte contre la corruption ?

    Non seulement à la lutte contre la corruption, mais aussi la lutte contre les inégalités. Le fait de mettre l’accent sur la réduction des inégalités est une source de croissance.

    Dans votre livre, vous évoquez notamment la question de ce que vous appelez « la démographie incontrôlée ». Que pensez-vous de cette petite phrase d’Emmanuel Macron, c’était 8 juillet 2017 en conférence de presse lors du sommet du G20 à Hambourg : « Quand les pays ont encore aujourd’hui sept à huit enfants par femme » et il pensait notamment à votre pays le Niger, « vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ».

    Point un : on n’a pas finalisé notre transition démographique et il faudra attendre en 2050-2060. Point deux : nos taux de croissance démographique font qu’on double de population dans des délais très restreints, 20 à 30 ans. Cela n’est évidemment pas soutenable. Donc on ne pourra pas se permettre de ne pas utiliser des techniques de planning familial. On dit souvent que la religion par exemple peut être un obstacle. Mais un des pays au monde qui a réussi la gestion de sa démographie et qui a utilisé pleinement toutes les techniques de planification familiale, c’est la République islamique d’Iran. Donc la religion n’est pas un obstacle.

    Une question de volonté politique ?

    Absolument. Il y a une question non seulement de volonté politique, mais aussi de courage politique. Mais seulement, on ne peut pas non plus résumer l’ensemble de nos problèmes à une question démographique.

    Une question sur la monnaie. Pensez-vous, comme votre collègue [Bissau-Guinéen] économiste de l’Union africaine Carlos Lopes, que le franc CFA est un « mécanisme désuet » à revoir ?

    Comme Carlos Lopes, je pense que le franc CFA disparaîtra. A quelle échéance ? Je ne sais pas. Au niveau de l’Afrique de l’Ouest, il y a un processus qui est en cours et qui est appuyé par l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest, afin d’aller vers une zone monétaire commune. Il faudra voir comment fusionner les différentes zones monétaires qui y sont. Il faudra voir comment avoir des critères de stabilité économique communs. Il faudra voir comment créer un espace économique qui soit beaucoup plus intégré. Cela prendra du temps, mais on y arrivera.

    D’ici combien de temps ? Le franc CFA a combien d’années de survie à votre avis ?

    Je ne pourrais pas faire une prédiction, mais je pense que si on regarde les objectifs qui sont fixés au niveau de la Cédéao [Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest], sur la constitution de la zone monétaire commune, cela prendra au moins une dizaine d’années.

    Avec votre nouveau livre, « L'Afrique à l'heure des choix », vous allez sur le terrain politique. Et plus que vous ne le faisiez jusqu’à présent. Est-ce que vous voulez sortir de votre image d’économiste ?

    D’abord, je ne suis pas un économiste, je m’aventure dans le champ économique. Deuxièmement, je n’ai pas non plus d’ambition politique particulière. Je suis très heureux de participer à cette construction de l’intégration régionale en étant secrétaire exécutif du Nepad [l'Agence de développement de l'Union africaine]. Il y a là un champ d’action à réaliser qui est considérable, notamment à travers des projets régionaux d’infrastructures, que ce soit en énergie, en transport, en rails, en fibre optique, à travers la constitution de marchés régionaux, à travers la mise en œuvre du marché unique de transport aérien… Il y a énormément de choses à faire sur le plan régional. Et c’est ce qui m’intéresse pour le moment de manière totale et absolue.

    Vous n’avez pas d’ambition politique particulière, mais vous avez tout de même été le Premier ministre du Niger pendant trois ans, de 1997 à 2000. La présidentielle de 2021, vous y pensez ?

    Absolument pas. Je n’y pense pas et je ne cherche même pas à y penser. Je pense à autre chose.

    Mais vous dites vous-même que, dans la vie, il faut du courage politique…

    Oui, il faut du courage politique quand on a l’envie. Le courage va aussi avec l’envie. Si on a l’envie sans le courage, cela ne marche pas. Et si on s’invente un courage sans avoir l’envie, cela ne marche pas non plus. Donc je suis très bien dans ce que je fais, mais évidemment cela ne veut pas dire que je suis insensible aux dynamiques politiques nigériennes. Là aussi, je pense que les élections à venir seront extrêmement importantes parce qu’elles vont correspondre à la fin du deuxième mandat du président [Mahamadou] Issoufou, et ce sera une étape charnière.

    Oui, d’autant que le 4 juin 2018 à Paris, le président Issoufou l’a dit et l’a redit : « En 2021, je m’en irai ». Donc le jeu sera très ouvert ?

    Oui, il l’a toujours dit. Mais quand vous dites que le jeu est très ouvert, je veux repréciser encore que je ne suis absolument pas dans cette logique. Je peux appuyer évidemment, mais je ne suis pas dans une logique personnelle parce que ce sont des choses qui sont derrière moi.


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