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    Inondations à Abidjan: «L'investissement est faible dans le drainage»

    La ville d'Abidjan est régulièrement sous les eaux. Des inondations meurtrières qui font de nombreuses victimes. RFI/Frédéric Garat

    En Côte d’Ivoire, on déplore dix-huit morts après les pluies torrentielles qui se sont abattues sur la ville d’Abidjan, dans la nuit de lundi à mardi. Pourquoi les inondations font-elles tant de victimes ? A Abidjan, Benoît Verdeaux est le directeur adjoint de l’Agence française de développement (AFD). Il est en charge des infrastructures. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Pourquoi ces pluies torrentielles provoquent-elles tant de victimes ?

    Benoît Verdeaux : D’abord, c’est un bilan lourd qui suscite une grosse émotion à Abidjan. Une première pensée est pour les victimes et pour leurs familles. D’abord, il faut dire qu’on est en pleine saison des pluies, on est au mois de juin. Je vois trois facteurs qui aggravent en fait cette situation et ces afflux massifs d’eau. Le premier, c’est d’abord probablement parce qu’il y a un réseau de drainage d’eau de pluie qui est aujourd’hui insuffisant et vieillissant, et peut-être même mal entretenu. Le deuxième point, c’est qu’Abidjan connaît un développement rapide et donc une urbanisation galopante. Cela provoque des imperméabilisations de sol, et donc du ruissellement beaucoup plus important et beaucoup plus difficile à canaliser, à maîtriser. Le dernier point, c’est peut-être aussi, mais là c’est une question qu’il faudrait poser à des climatologues, des phénomènes de pluies plus intenses et plus violents depuis quelques années.

    Vous dites que le drainage est insuffisant. N’y a-t-il pas eu des travaux d’assainissement ces dernières années ?

    En matière d’assainissement et de drainage, il faut voir que généralement c’est le parent pauvre en termes de financement d’investissements. On priorise généralement, et les populations aussi, d’abord l’accès à l’eau plutôt que le traitement des eaux usées ou le traitement des eaux de pluie. Donc en fait, l’investissement, il est faible dans ce domaine-là. Et depuis déjà de nombreuses années, il y a un sous-investissement dans le secteur. Cela dit, depuis peu de temps, c’est-à-dire depuis quelques semaines à peine, le gouvernement ivoirien a validé un schéma directeur d’assainissement et de drainage pour le Grand Abidjan et qui doit justement planifier des investissements à réaliser qui sont massifs et importants, dans les prochaines années, en assainissement et en drainage précisément.

    Vous parlez d’« urbanisation galopante ». Est-ce qu’il y a un plan d’urbanisation à Abidjan ?

    Oui, il y a des plans d’urbanisation à Abidjan, il y a même des schémas directeurs d’urbanisation à Abidjan qui ont été validés il y a peu de temps, parce que je crois que cela date de 2015, et qui orientent un petit peu et qui planifient les grands investissements que ce soient d’ailleurs les investissements de cette nature-là, donc en réseau, mais également des investissements dans le secteur routier ou autres.

    Est-ce que ce plan est respecté ou est-ce qu’il y a toujours des constructions anarchiques ?

    Dans une ville comme Abidjan, qui est une ville tentaculaire qui attire à elle de nombreux habitants tous les ans, évidemment il y a de l’habitat anarchique. Mais la volonté de la mise en œuvre de ces plans, encore une fois qui sont relativement récents, c’est bien de mettre de l’ordre là-dedans et d’essayer de trouver un développement beaucoup plus rationnel et beaucoup plus contrôlé.

    C’est-à-dire qu’il y a des constructions sur des bassins d’orage et sur des bassins versants ?

    En fait, parmi les victimes qui sont concernées par ces pluies fortes, ça a été souvent le cas d’habitations qui sont effectivement positionnées très proches de talwegs, qui s’effondrent au moment des pluies abondantes.

    Les talwegs qui s’effondrent, de quoi s’agit-il ?

    En fait, ce sont les principaux drains naturels des bassins versants des pluies des pourtours d’Abidjan qui se dirigent vers la lagune Ebrié. Et ces talwegs, ces fossés naturels ou ces ruisseaux naturels, se développent fortement et croissent de façon très forte au moment des pluies abondantes du mois d’avril au mois de juillet, et donc s’érodent très rapidement. Quand il y a des habitations construites à proximité immédiate de ces talwegs, le risque c’est les effondrements de ces habitations.

    Et derrière ces constructions anarchiques, y a-t-il de la corruption ou de l’incivisme ?

    Il y a peut-être un petit peu des deux, mais oui, il est probable effectivement qu’il y ait de la spéculation et des sujets compliqués autour de ces emprises foncières à proximité immédiate de ces talwegs.

    Et du côté des bailleurs de fonds, et notamment de l’Agence française de développement, que faites-vous ?

    Nous essayons d’accompagner les autorités ivoiriennes dans la mise en œuvre d’un schéma directeur d’assainissement et de drainage pour le Grand Abidjan, donc en finançant la réalisation d’infrastructures importantes. Nous ne sommes pas les seuls, d’autres bailleurs avec l’AFD accompagnent le ministère de la Construction et d’assainissement [ministère de la Construction, du logement, de l'assainissement et de l'urbanisme (MCLAU)] de la même façon. Les financements et les besoins en investissements sont tels qu’on aura besoin de nombre de partenaires et nombre de bonnes volontés pour arriver à accompagner la réalisation de ces investissements.

    Et ce que vous dites, c’est que le drainage et l’assainissement ne sont pas actuellement des priorités ?

    Je pense que ce sont des priorités pour les populations et pour le gouvernement, et pour tout le monde. Mais c’est souvent ces secteurs qui sont les parents pauvres du financement. On commence par donner accès aux populations à de l’électricité, à de l’eau. Et l’assainissement et le drainage viennent souvent ensuite. Là ces épisodes violents, et qui font de nombreuses victimes, mettent en évidence l’urgence de traiter aujourd’hui ces sujets, et pour les bailleurs de regarder comment accompagner effectivement les autorités à réaliser ces investissements.


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