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    «Tous les amis du Mali souhaitent que sa stabilité soit préservée»

    Le Premier ministre français Edouard Philippe accueille son homologue malien Soumeylou Boubèye Maïga à Paris, le 26 juin 2018. AFP/Christophe Archambault

    Au Mali, un mois avant la présidentielle du 29 juillet, la question sécuritaire reste au cœur du débat politique. Ainsi, l’armée est accusée par les Nations unies d’avoir exécuté douze civils de la communauté peule, le 19 mai dernier, lors d’un marché au bétail à Boulikessi, dans le centre du pays. Depuis mardi, le Premier ministre malien Soumeylou Boubèye Maïga est en visite officielle à Paris, à l’invitation de son homologue français Edouard Philippe. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    Tous les candidats de l’opposition promettent de restaurer l’autorité de l’Etat. Est-ce à dire que c’est là un point faible du bilan du président Ibrahim Boubacar Keïta ?

    Soumeylou Boubèye Maïga : Il faudrait leur demander quelles sont leurs propositions alternatives. Et ce que je constate, c’est qu’aujourd’hui, nous avons pu redéployer dans toutes les régions des représentants de l’Etat. Il n’y a pas une région du Mali dans laquelle l’Etat n’est pas représenté. Ce n’est pas toujours conformément au format que les uns et les autres souhaitent, mais nous le faisons graduellement, progressivement en tenant compte aussi d’un principe de réalité. J’étais récemment à Ménaka, 80% de nos services techniques y sont.

    Vous êtes allé  aussi récemment à Kidal. Mais dans l’opposition, on vous reproche d’avoir fait beaucoup de concessions lors de cette visite aux groupes armés du Nord qui ont paradé à vos côtés ?

    Mais les groupes armés du Nord sont des personnels de l’Etat, ils sont cosignataires de l’accord de paix. Donc honnêtement, je ne vois pas ce qui s’est passé à Kidal et qui jure avec l’ordre légal et juridique du Mali.

    Ces deux dernières années, l’insécurité s’est étendue au centre du pays. Et aujourd’hui, les Nations unies accusent des militaires maliens d’avoir exécuté douze civils peuls. C’était le 19 mai 2018 sur le marché au bétail de Boulikessi. Quelle est votre réaction ?

    Ma réaction, c’est de dire d’abord que l’Etat malien ne combat aucune communauté en particulier. Et donc les incidents dont il est question ont mis en présence des soldats maliens qui sont dans la force G5, dont l’un a été tué, parce que cela a été le point de départ, et en réaction, dans la réaction des soldats, il s’est passé ce que vous venez d’évoquer, ce que nous avons regretté, reconnu et condamné en prenant les mesures conservatoires qui s’imposent en matière disciplinaire, notamment par la relève et du commandement et des éléments qui étaient présents au cours de cet incident, en ouvrant une investigation judiciaire conduite par le procureur militaire parce que ceux que nous combattons ne sont pas en uniforme militaire, ils sont en civil. Donc c’est un civil qui aurait tué notre militaire. Donc pour cette situation comme pour les autres, nous allons attendre les résultats des investigations pour prendre le cas échéant les sanctions qui s’imposent afin que celles-ci soient exemplaires et dissuasives parce que l’enjeu pour nous, c’est de préserver la légitimité et la crédibilité des opérations que nous menons et que nous allons poursuivre. Le deuxième enjeu, c’est de préserver le moral de nos troupes qui malgré tout font un travail appréciable et apprécié par les populations. Et le troisième enjeu, c’est de préserver notre partenariat avec différents amis avec lesquels nous sommes en opération conjointe ou coordonnée dans la lutte que nous menons contre les groupes terroristes que nous combattons.

    Les militaires suspects appartiennent à un bataillon qui combat au sein des forces conjointes du G5 Sahel [Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad]. Ne craignez-vous pas que de tels incidents ne distendent le lien de confiance qui existe entre le Mali et ses partenaires ?

    Non. Cela aurait été le cas si nous n’avions pas pris les décisions qui s’imposent. Sur le plan statistique, même si en l’occurrence quand il y a mort d’homme, cela peut apparaître peut-être pas très adéquat, mais dans cette zone, depuis que nous avons commencé l’opération qui consiste à combattre tous ces groupes terroristes qui se sont incrustés au sein des populations, nous avons mené plus de 60 actions majeures.

    Dans le centre ?

    Oui. Dans le centre. Aujourd’hui, nous pensons pour l’essentiel avoir stabilisé le théâtre sur à peu près trois quart du théâtre. Il y a une concentration [de terroristes] actuellement dans une zone. Nous allons mettre à profit cette période pour réactiver nos dispositifs. Actuellement, tout le monde voit bien, à commencer par les populations, que cette action a contribué à ramener une activité normale dans toutes les zones où nous avons pu déterminer la sécurité.

    Votre visite officielle en France un mois avant la présidentielle. Est-ce le signe qu’à vos yeux, la France soutient le candidat Ibrahim Boubacar Keïta ?

    Je crois que l’invitation que j’ai reçue de la part de mon homologue [Edouard Philippe] est une marque de confiance dans ce que nous faisons. C’est une marque de confiance bien sûr dans l’exécutif qui a en charge les destinées du pays. Tout le monde concède qu’il y a un bilan, il y a une dynamique, il y a un cap, il y a un leadership. Et tous les amis du Mali souhaitent que la stabilité de Mali soit préservée.

    Pour beaucoup de Français, le Mali est une terre de conflits et une terre dangereuse pour leurs soldats. Que leur dites-vous à ces Français ?

    Ce que je dis dans toutes les rencontres que j’ai eues ici [à Paris], c’est que le Mali n’est pas un pays en guerre. La présence française au Mali n’est pas le fruit d’une expédition militaire. En 2014, les entreprises françaises avaient réalisé au Mali un chiffre d’affaires d’un demi-milliard d’euros. Cela veut dire que nous avons une économie résiliente. Aujourd’hui, nous avons un taux de croissance qui est supérieur à 5% depuis plusieurs années. Et la démarche dans laquelle je me suis engagé avec les différents interlocuteurs publics et privés, c’est de dire, sur la base de nos intérêts communs : « essayons de conclure un partenariat dans la durée sur des secteurs importants et stratégiques comme les infrastructures, l’énergie, le numérique parce qu’aujourd’hui, la frontière sud de l’Europe, c’est dans le Sahel ». Donc il ne s’agit ni d’une expédition militaire, ni d’une expédition de charité. Nous avons des intérêts communs à défendre. Pour nous, la France est un partenaire historique, constant et un partenaire solidaire.


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