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    Manu Dibango, immense star

    Jean-Baptiste Placca. (Photo : Claudia Mimifir)

    Souvent, la médiocrité génère un climat morose, alors que les choix des dirigeants visionnaires illuminent toujours de conséquences heureuses le destin des peuples.

    A son arrivée à Abidjan, où il s’est produit, hier, Manu Dibango a reçu un accueil triomphal. Le saxophoniste camerounais est venu célébrer, sur scène, ses soixante ans de carrière, dans un pays qui l’a aimé et qu’il respecte. Comment expliquer ce lien, si particulier, entre cette star et un pays qui n’est pas le sien ?

    Peut-être n’osez-vous pas suggérer qu’il est davantage aimé en Côte d’Ivoire que dans son pays natal. Mais cela n’a rien de dramatique. Manu, vous le savez, est, sans doute, avec Miriam Makeba, un des tout premiers artistes africains à s’être imposé sur la scène mondiale, par son talent, et non par quelque stratagème, ou alors la tchatche. A une époque, très lointaine, où la musique africaine ne franchissait que très péniblement les océans, Manu Dibango avait conquis l’Amérique, avec son fameux Soul Makossa, qui a même atteint, en 1973, la 35e place au Billboard Hot 100, aux Etats-Unis. Suit une tournée américaine. Il se produit au mythique Apollo Theater, et le monde le connaît, définitivement. Aussi, lorsque le président Félix Houphouët-Boigny demande à la direction de la Télévision ivoirienne de créer un orchestre, pour former et promouvoir les jeunes artistes de son pays, Ben Soumahoro s’en va naturellement chercher cet artiste, auréolé de toute la reconnaissance mondiale que l’on sait. On lui donne les moyens pour travailler, et il travaille bien. C’est tout à la fois plaisant et édifiant.

    Et ces « non-Ivoiriens » de Félix Houphouët-Boigny étaient-ils si nombreux ?

    Ils l’étaient. Et partout. Un directeur de cabinet, d’origine antillaise, un secrétaire général de la Présidence, d’origine algérienne. « Le Vieux » avait, naturellement, la légitimité qu’il faut pour faire d’un « Guatémaltèque » un membre important de son gouvernement, sans que qui que ce soit trouve à y redire, parce que tous savaient qu’il le faisait toujours pour faire avancer le pays. Et si la Côte d’Ivoire, aujourd’hui encore, tient une position de leader, dans la sous-région, alors qu’elle n’a pas la moitié des ressources naturelles de la Guinée Conakry, par exemple, c’est parce que son président, à l’indépendance, et pendant trois bonnes décennies, a su attirer vers sa patrie tous les talents possibles du continent et de la diaspora. Comme, justement, Manu Dibango. Et lorsque la xénophobie et la médiocrité se sont glissées dans ce qui était, jusqu’en 1993, une politique intelligente, la Côte d’Ivoire a basculé dans la méfiance, la suspicion, puis un coup d’Etat, et, ensuite, la violence, la rébellion, la guerre. Manu Dibango n’aurait certainement jamais été invité dans ce qu’est devenue la Côte d’Ivoire, après Houphouët-Boigny.

    La médiocrité, souvent, un climat morose, alors que les choix des dirigeants visionnaires illuminent toujours de conséquences heureuses le destin des peuples.

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